‹ Essai de Classification des Sérums: Étude Expérimentale de Leur Action sur l'Infection PyocyaniqueChapitre 3 sur 24 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

La sérothérapie, ou traitement d'une maladie infectieuse par le sérum d'individus vaccinés et immunisés contre la mème infection, est aujourd’hui à l’ordre du jour.

Elle subit actuellement un regain d'actualité car elle n’est pas de date relativement récente.

La communication de M. le D' Roux au Congrès de Buda- Pest (1) sur le traitement de la diphtérie par le sérum antidiphtérique produisit un grand retentissement dans le monde entier.

La netteté des déclarations de M. Roux, la gravité de la maladie qu'il s'agissait de combattre, les résultats très favorables fournis par la statistique étaient autant de raisons qui expliquaient l'enthousiasme universel.

Et il faut le dire, la sérothérapie n'était encore connue, surtout en France, que « d’un petit nombre d'initiés » (2), bien des médecins, et à plus forte raison le public, crurent à la découverte d'une méthode thérapeutique.

Mais, comme le D' Roux le reconnaissait lui-même, dans sacommunication, la sérothérapie datait déjà de quelques années, Dans presque tous les pays elle avait été l’objet d'un nombre considérable de recherches.

Depuis son origine, elle a donné lieu à un grand nombre de

travaux, provoqué des discussions passionnées, de vives po-

(1). 8 Congrès international d'Hygiène et de Démographie, 2-8 septembre

(2) ARLOING, Rapport sur l’origine de la sérothérapie. Séance annuelle de la Société de Médecine de Lyon, 1895.

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lémiques entre les partisans de la théorie phagocytaire et ceux qui se rattachent à la théorie humorale.

Dans le modeste travail, que j'ai l'honneur de présenter, j'ai tenté sur les conseils de mon maître M. le D° Charrin, de classer les sérums, d’entrevoir leur mode d'action et de rechercher l'influence de sérums divers sur linfection pyocyanique.

Ces questions présentent un certain intérêt, surtout quand on songe qu'il n’est pas inutile d'essayer de pénétrer le mystère qui entoure encore ces sérums, véritables médicaments, dont il faut dès lors chercher à connaître les actions, les effets sur l’organisme.

« Connaître les effets physiologiques que provoquent les médicaments, c’est savoir comment on intervient », a dit M. Bouchard.

Que sont ces sérums ? D’où proviennent-ils ? Comment agissent-ils ? Quels avantages, quels dangers présentent-ils ? etc.

Innombrables sont les questions qu’on doit se poser en présence de ces substances, sur la composition desquelles le chimiste n’a pu nous fournir que des renseignements incomplets et sur lesquelles la clinique, souveraine en toute chose, n’a pu encore se prononcer d’une façon absolue et définitive.

On a trop exagéré les mérites des sérums, on les a aussi beaucoup trop blâmés, 11 est bon de rester dans une sage mesure et de ne point trop exiger d'eux. Il est nécessaire aussi de faire la part d’un enthousiasme excessif et d’un dénigrement systématique.

Les sérums ont du bon, ils font du bien, maisil faudra dans l'avenir fixer les doses et poser les indications.

Dans son savant article sur l’/nfection du Traité de Pathologe générale (1), M. Charrin a écrit : « Qu'on aille de l'avant,

(1) Traité de Pathologie générale, par M. BoucHaRp.

quand le danger est là, c’est fort bien ; mais qu’on injecte à tort et à travers, dans les cas les plus bénins: voilà ce que l’état de la science n'autorise pas ».

Trousseau dans son Introduction de la Clinique médicale de lHôtel-Dieu écrivait aussi : « Le péril 2mminent, certain, que court un malade, justifie tous les remèdes, ou tout au moins les excuse, puisque, dans le cas qui nous occupe, nous ne pouvonsfaire pis que ce qui va inévitablement arriver ».

Et il ajoute : « Mais dans ces cas mêmes, il faut que l'acte thérapeutique soit justifié par une idée, par une analogie » (4).

Or les sérums qu’on utilise sont des humeurs très toxiques — dont la toxicité varie suivant une foule de circonstances, — on doit donc se montrer très prudent, très réservé lorsqu'on les emploie comme moyens thérapeutiques.

Et s’il est vrai que nous ayons enrichi notre arsenal thérapeutique d'une arme très puissante, il faudra encore, si l’on ne veut courir à des déceptions certaines, savoir manier cette arme nouvelle.

Avant d'entrer dans l'exposé de mon travail, qu'il me soit permis d'adresser ici ma plus vive gratitude à M. le professeur Bouchard qui a bien voulu mettre à ma disposition les ressources de son laboratoire. Je dois de sincères remerciements à M. le D' Charrin qui a bien voulu m'indiquer cette question comme sujet de cette dissertation.

Que M. le professeur Pinard veuille bien me permettre de lui exprimer ma profonde gratitude pour l'honneur qu'il me

fait en acceptant Ja présidence de ma thèse.

(1) TROUSSEAU, Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu, t. I, Introduction, p. 14.

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