AVANT-PROPOS
1 iC déchiffrement que je publie est principalement basé sur l'analogie que j'ai reconnue entre l'écriture cunéiforme de Khorsabad et la troisième écriture cunéiforme de Persépolis.
Si mon système se trouve confirmé par la suite à l'aide de matériaux plus nombreux que ceux dont j'ai été à même de disposer, je serai heureux d'avoir fait le premier pas pour la lecture de la langue d'un des peuples les plus remarquables de l'antiquité.
Si, au contraire, une critique impartiale le condamne, j'ose espérer la même indulgence qu'obtiennent de nos jours tant de systèmes philologiques, qui ont l'unique mérite d'être établis à l'aide d'efforts consciencieux.
DE
MONimiENT DE KHORSABAD
La découverte récente d'un vaste monument sur ce sol antique ', auquel se rattachent les premières traditions de l'histoire y a attiré l'attention du public autant que celle des philologues.
C'est de ces damiers surtout que l'on doit attendre la solution complète d'un des problèmes les plus intéressants pour l'histoire. Qu'il me soit néanmoins permis^ sans avoir publié jusqu'à ce jour aucun travail qui me donne droit au titre de philologue^ d'exposer mon opinion sur la destination d'un monument dont la découverte honore autant le savant et infatigable voyageur auquel nous la devons y que le gouvernement qui l'a mis à même de l'effectuer dans toute son étendue.
Je ne saurais douter que le monument de Khorsabad , à cinq heures de caravane de Mossul, ville de la Mésopotamie, située sur la rive du Tigre , du cdté opposé à l'emplacement que Ton considère comme celui de l'antique Ninive% ne date des Assyriens et n'ait été construit avant la conquête de ce puissant empire par les Babyloniens et les Mèdes, événement qui eut lieu environ sept siècles avant Jésus-Christ.
Il suffit d'examiner le costume des personnages reproduits par M. Botta pour y reconnaître le vêtement assyrien ', si différent de celui adopté , à l'instar de celui des Mèdes y par les anciens Persans y tel que nous le
* Voyez Lettres de M. Botta sur ses découvertes à Khorsabad , près de Ninive , publiées par M. J. Mohl, i845.
* Yoyei la note A , à la fin du Tolume ^ Yoyei la note B.
montrent Niebuhr * et Ker-Porter * sur les ruines de Persépolis. C'est surtout l'armure des guerriers qui correspond exactement à celle qu'a décrite Hérodote* pour les Assyriens dans l'armée de Xerxës.
Les faits qui ont donné lieu à la construction du monument de Kh6rsabad ne peuvent, vu le lieu où ses ruines se trouvent situées , vu le peuple qu'on y voit représenté , et les inscriptions cunéiformes qui y sont conservées, concerner que l'Assyrie.
Nous possédons pour l'histoire de ce célèbre empire deux versions différentes : l'une qui^ selon Ctésias, d'après Diodore^ s'étend sur une période de mille trois cent soixante années, et le règne de nombreux monarques, mais qui ne conserve le souvenir que des événements relatifs aux règnes de Ninus, Sémiramis^ Ninyas, Teutame et Sardanapale : c'est celle des anciens auteurs profanes ', qui, de même que toute histoire des peuples étrangers aux Grecs et aux Romains , empreinte du penchant des anciens pour la fable et mutilée par leur prononciation des noms barbares, ne saurait servir pour l'établissement de faits précis ; l'autre version comprend les notions sur l'Assyrie depuis le milieu du huitième jusqu'à celui du septième siècle avant Jésus-Christ, que nous trouvons disséminées dans l'Écriture sainte : tout ce qui y est rapporté parait précis ; les noms propres présentent un caractère sémitique particulier ; mais ces données ne concernent que les événements dans le courant d'un seul siècle. Et c'est cependant à cette courte période que j'attribue les faits relatifs au monument qui nous occupe.
La destination du monument de Khorsabad a dû être , ainsi que le suppose M. Botta % celle d'un tombeau. On ne saurait admettre d'autre hypothèse , et on peut , selon toute apparence , le considérer comme la sépulture d'un toi guerrier, qui aurait fedt la conquête importante de la ville ou de la forteresse que l'on voit représentée**, et décrite, page 31, avec la remarque m que le haut de la montagne porte quelqueê caractères indiquant probablement le lieu de la icène. »
* Voyèi Voyage en Arabie f par C. Nie- • Voye» Hbbodot., i, 95; Diod. Sic, buhr. Amsterdam, MDCCLxxx. ii; Vbllsius Patkrculvs, i, 6; Justi-
» Voyez Travels in Georgia^ Persia, mus, i, 2; Obosius, i, 4, 19; AcATHiiB
Armeniay ancient Babylonia^ etc., by Sir Hist.y ii, 63; AiBBiiiBUS, xii {Epitaph.
RoBEBT Keb-Pobter. Londoii; 1821. Sard,), ete.
• Voyez la note C. » Lettres ^ p. 61.
' Voyez la note D. •« Idem, pi. xxv.
Dans Thistoire d'Assyrie^ d'après les notions bibliques^ que seules je crois devoir suivre, je ne trouve citées que quatre villes importantes, conquises par les Assyriens : ce sont Damas, prise par Tiglat-Philesar** ; Samarie, après un siège de trois ans par Salmanassar ** ; Asdod ou Azotes conquise par le roi nommé généralement Asaraddon, dont les guerres s'étendirent sur la Syrie, Israël, l'Egypte, TEthiopie, et auquel on attribue même ** la réunion de Babylone avec l'Assyrie ; enfin Ecbatane , prise par Nebucadnezar ** (Chyniladan).
Le déchiffrement, qui est l'objet de ce travail , me porte à considérer l'événement dont la vingt-cinquième planche perpétue le souvenir, comme représentant la prise d'Azot , de cette ville si importante par sa situation sur les frontières de Palestine et d'Egypte, et si Eeimeuse par la résistance qu'elle opposa pendant vingt-neuf ans, selon Hérodote**, au siège dont Psammétique, roi d'Egypte, lavait investie.
Considérant la question sous les rapports topographique et archéologique, rien ne s'oppose à cette opinion. Les ondulations si distinctes que l'on remarque au pied de la forteresse me semblent indiquer une ville maritime , ce que n'étaient ni Samariç , ni Ecbatane (Hamadan). Le Chrysorrhoas (Barrady), près de Damas, ne me parsdt point assez considérable pour avoir été marqué d'une manière si prononcée sur la sculpture. De ces quatre villes , il n'y avait qu'Azot ou Asdod , quoiqu'à quelque distance de la cdte (si effectivement l'Esdud moderne occupe son emplacement ''), qui se trouvât rattachée à la mer par un port, que d'Anville'* appeUe un Azat paralios.
Quant aux conclusions que l'arcbéologue peut tirer des autres objets qu'il voit représentés, les traits et les costumes des personnages au haut de la forteresse incendiée , levant les mains au ciel , s'accordent complètement avec les figures des prisonniers de la vingt-septième planche dont le costume me parait syrien , et qui décidément n'est ni mède ni persan. Les figures sauvages des planches xxx, xxxix et xl, couvertes de manteaux foits d'écaillés ou de plumes, et que H. MohI
** Hékodote, II, 137.
•' Voyei U note E.
*' Voyei d'Auville, Géographie amcieitne abrégée. Pariit, 1769, p. 133.
" ftoi», II, 16.
•* nid., 17.
•* Emie, xi.
<« Camom de PMémée
'» Apocr. Judith, i.
10 LÉCBITURE ASSYRIENNE.
(page 54)^ dans une des notes intéressantes ajoutées aux lettres de M. Botta, considère comme des peaux de mouton, offrent bien quelque difficulté y ces vêtements de peaui étant indiqués par Hérodote " pour les Éthiopiens, couverts de peaux de léopard et de lion , aussi bien que pour les Gaspiens et les autres peuples au nord de la Perse^ qu'il décrit dans son vii« livre", vêtus desaies de peaux de chèvre. Si, d'après l'apparence, ces manteaux représentent en effet des plumes, cette particularité ne saurait s'accorder qu'avec le climat brûlant de l'Afrique. Quant aux simples tuniques des femmes de la sixième planche, et la figure nue de l'enfant^ eUes rappellent le costume biblique. Je m'arrête à ces quelques détails : je ne me sens point compétent pour énoncer mon opinion sur l'art architectonique déployé dans la forteresse ; mais assurément il ne parait point en harmonie avec la description splendide que les anciens nous donnent de la riche Ecbatane**.
Toutes les suppositions historiques me paraissent donc s'accorder^ ou du moins ne point s'opposer à ce que l'on adopte Asdod comme la ville dont l'assaut est représenté ; aussi estrce à ce nom que je me suis arrêté pour le déchiffrement des caractères cunéiformes représentés par M. Botta dans sa trente et unième planche et sur lesquels il appelle l'attention. Il en résulte naturellement qu'au nom de la ville je dois tenter d'ajouter celui de son conquérant.
Pour arriver à ce but y il faut s'occuper de l'investigation de signes complètement inconnus y puisqu'ils ne paraissent y au premier abord , présenter aucune analogie avec les trois écritures cunéiformes de Per^ sépolis y et tout aussi peu avec ceUe qui se trouve sur les briques de Babylone^ dont les formes sont si compliquées**.
De toutes les écritures cunéiformes y il n'y a que celle que Ton appelle la première persépolitaine que l'on soit parvenu à déchiffrer. On sait que ce résultat est dû à M. Grotefend y qui sut découvrir dans les inscriptions cunéiformes les noms des rois Darius et Xerxès , ainsi qu'il les publia dans le célèbre ouvrage de Heeren sur la politique^ le commerce^ etc.^ des peuples de l'antiquité. Ge savant y dont l'alphabet présentait encore bien des signes d'une valeur incertaine y a trouvé de dignes successeurs dans
«• Voyez la note F. ■* Voyez la note H.
*• Voyez la note G. ** Voyez la note I.
UÉGBITUBE ASSYRIENNE. 11
MM. Eugène Bumouf et Lassen^ qui non-seulement ont presque complété la .connaissance des lettres de l'alphabet de la première écriture cunéiforme^ mais qui, aidés du zend et du sanskrit^ sont parvenus à déterminer le sens de ces inscriptions représentant un idiome analogue à ces deux langues japhétiques, dans lequel on croit avoir reconquis le parsi j l'ancien persan. Quant à la seconde de ces écritures ^ ce n'est que tout récenmient que M. Westergaard^ de retour d'un voyage dans l'Inde et en Perse^ s'est occupé de son déchifirement*'. Il lui conserve le nom de mède^ sans conséquence néanmoins à la langue encore indéterminée qu'elle représente. Pour la troisième^ enfin ^ il n'existe pas à ma connaissance de travaux plus récents que les deux traités de M. Grotefend**, publiés en 1837 et 1840^ où il rassemble** dans une même table ^ d'après les inscriptions de Hourghab et de Persépolis, les noms des rois Kyras, HyHaspes, Dareios et Xerxés , en comparant les signes qui forment ces noms dans la troi^ème écriture avec la première per-> sépolitaine.
En examinant plus attentivement les nombreuses inscriptions cunéiformes de Khorsabad^ je reconnus que^ malgré la différence que présentent d'abord ses signes avec ceux de la troisième écriture persépolttaine, le plus grand nombre s'y trouve analogue, et que c'est surtout la longueur des crochets formant un rectangle dans la troisième écriture de Persépolis qui la foit paraître difEèrente de ceUe de Khorsabad, où ces mêmes signes sont remplacés par des triangles. Ainsi que le remarque Grotefend** pour la troisième écriture de Persépolis, où il compte environ cent trente signes , on voit dans ceUe de Khorsabad un nombre de lettres s'élevant à plusieurs centaines, circonstance qui par^trait enlever tout espoir d'une solution quelconque , si un examen plus sévère ne faisait reconnaître que la plupart de ces signes reproduisent en partie les mêmes formes différemment combinées^ de manière à faire supposer une unicm syllabique dans beaucoup de ces signes. Ayant trouvé le
** Ueber die KeiUnschriften der erstm 1837; Idu, Seue Beitraegt s. EH. d,
und xweiten Gattumg, Ton Ch. Lassen BahyUmisdœn KeiUchriftj etc. Hanno-
and. N. L. Westiagaaid Bomn, 1845. ver, 1840.
** Voyei ly G. F. GtoraraHD, Neue »^ N. B., 1840, p. 65.
Beitraege zur EriœuUerumg der Perte- '* Voyei la note K. poUtaniseken KeUschrifif etc. HannoTer,
12 RÉCRITURE ASSYRIENNE.
commencement de plusieurs inscriptions d'une apparence presque identique , il m'était facile de comprendre que récriture de Khorsabad devait être lue comme les autres inscriptions cunéiformes de gauche à droite ; et cette similitude , que je viens de reconnaître entre le commencement des inscriptions des planches ix, xii, xiii et xv*' de M. Botta, me donne encore Tespoir de trouver le nom du roi comme contenu dans les signes qui, dans ces quatre inscriptions (dont Tune, celle de la pi. xii, n'est que d'une seule ligne , mais complète) , se trouvent constamment réunis. Néanmoins, avant de poursuivre ces investigations techniques^ et de m'attacher au nom de la forteresse et du roi, il me faut nécessairement fixer une opinion sur la langue que ces inscriptions doivent représenter. Grotefend ne veut trouver dans la troisième écriture cunéiforme, quoiqu'il la nomme assyrienne, aucun indice sémitique *\ Cette particularité serait conforme à l'opinion de Gesenius*', qui considère les noms assyriens, qui se sont conservés jusqu'à nous , comme appartenant à la souche de langue médo-persane , quoiqu'aucun indice précis historique n'explique la présence d'éléments japhétiques dans l'assyrien, tandis que Adelung" adopte l'assyrien comme très-différent de l'hébreu et du chaldéen, mais sans mettre en doute son origine sémitique. J. D. Michaelis" se montre favorable à l'idée si étrange d'une analogie entre l'assyrien et le slave ; comme Goerres", pour l'identité de TArie avec l'Assyrie. Wilford enfin '' explique les noms de quelques divinités assyriennes au moyen du sanskrit , quoiqu'il fasse dériver d'autres de ces noms du japhétique et sémitique combinés. C'est surtout le passage de l'écriture "*, où le délégué de Jérusalem prie le chef des Assyriens de lui parler en araméen et non en judaïque ^ afin que le peuple sur les murs de la ville ne pût les comprendre , qui a dû fournir la preuve si souvent reproduite contre l'identité de l'assyrien et de l'hébreu. Mais, de même que dans la division des langues japhétiques, l'analogie des différents idiomes se reconnaît malgré la transposition , l'affaiblissement , l'élision des lettres et tant d'autres incidents, et se trouve justifiée quand elle est basée sur des lois régulières et surtout naturelles ; de même , les branches sémi-
*' Voyez lu pi. I. '* Voyez la note 0.
Voyez la note L. " Voyez la note P.
Voyez la note M. " Voyez la note Q.
Voyez la noie N. ^* Voyez la note R.
SR
L ÉCBITUBE ASSYRIENNE. 13
tiques moins approfondies encore par la philologie poinrraient avoir une origine commune , quand même des langues qui s'y rattachent ne s^accorderaient point complètement , ni pour les constructions étymologiques y ni pour les lois granmiaticales. Je conviens néanmoins de la difficulté qui existe particulièrement pour Finvestigation des langues sémitiques. Si le système graphique de la première écriture cunéiforme, où domine un idiome japhétique , montre ce mode varié dans la représentation des voyeUes, qui tantôt se trouvent exprimées distinctement, et tantôt sont seulement sous-entendues, ce qui rend les recherches douteuses ; à plus forte raison ce même caractère de Thébreu, qui, dansTorigine, ne pardt point avoir possédé des signes distincts pour les voyeUes, et ne mettait en évidence que ces signes au son indécis, tels que h Volef, 1 le vav et le y jod, doit être supposé pour toute langue appartenant à la même famille.
Les recherches philologiques ne pouvant s'exercer pour la langue assyrienne sur une base assez étendue pour établir des lois précises de comparaison, je crois devoir me tenir pour le moment uniquement aux conclusions résultant de la tradition sacrée**, qui place les descendants d'Assur dans la même division que les fils de Heber; je suppose donc à ces deux peuples des langues analogues dont la parenté résultant d'une même origine, sans se déceler dans toutes les formes du langage, doit exister dans les racines. Je sépare de cette analogie, que j'admets pour l'hébreu et l'assyrien d^ns l'origine, celle résultant par la suite de Fintercours des Hébreux , lors de leur captivité , avec les Assyriens et les Babyloniens^ pour lesquels on ne peut supposer, comparés ensemble, que les idiomes différents d'une même langue , dont des records doivent se trouver dans le chaldéen actuel des Israélites **.
C'est de cette époque, ceUe de cette captivité, que, d'après les livres rabbiniques, date l'écriture carrée de ce dernier peuple^ qu'il a conservée jusqu'à nos jours, en remplacement de l'alphabet samaritain ou phéniden, et dont le nom HHC^K 3113 Ketaf-Àchowrii , se montre en accord avec la tradition sur la source dont il aurait été tiré ".
Convaincu que les lettres actuelles des Hébreux ont une origine
** Voyei la noie S. *' Voyez la note U.
*• Voyei la noie T.
14 LÉGRITURË ASSYRIENNE.
assyrienne^ je recherche les analogies que récriture cunéiforme de Khorsabad pourrait présenter avec elles , et je trouve un signe
reparaissant très-fréquemment^ tantôt droit > tantôt penchée gauche dans les inscriptions du monument , qui me parait de la plus grande ressemblance avec le $in ou chin des Hébreux '^
Et c'est précisément ce signe qui se rencontre dans le nom au-dessus de la forteresse , et dans ce que je crois pouvoir supposer le nom du souverain.
Je retrouve ce même signe dans la troisième écriture persépolitaine , ce qui me donne l'espoir d'arriver à des indices sur ces deux noms^ dont l'un est aussi marquant par son isolement^ que l'autre par sa présence réitérée. Ayant quelques doutes sur la valeur de quelques-uns des signes déchiffrés par M. Grotefend '* dans les noms des rois de la troisième écriture persépolitaine , je crois devoir tenter une nouvelle comparaison de ces noms de la troisième avec ceux que nous connaissons déjà de la première écriture.
Les signes de l'écriture cunéiforme de Khorsabad , qu'il est le plus important de reconnaître , sont ceux composant le nom de la forteresse (représentés planche xxxi), au nombre apparent de cinq :
ou peut-être ;
Le dernier ayant paru d'une forme indistincte à M. Botta, il y a ajouté, comme pouvant le remplacer, un autre signe peu différent. Quant à
•• Voyez la note V. *" Neue Beitraege zur Babyl. Keilsch.^
1840, p. 65. — Voyei note W.
ceui que je suppose former le nom du roi, vu la place qu'ils occupent invariablement dans les quatre inscriptions mentionnées, trois lettres seulement se présentent constamment unies
de sorte que je crois pouvoir les adopter pour la racine de ce nom. Ces trois signes sont toujours précédés de deux ou trois des signes suivants -
PM-:tM.
qui ne sauraient représenter, vu les analogies que je puis établir à l'égard de deux de ces figures , que les titres du roi ; de même que des signes qui suivent son nom, le premier
me parait un affixe.
C'est ce peu de signes que je viens de citer, auxquels je me trouve obligé de borner les secours que me fournit la paléographie pour les indications de l'histoire ; et encore une partie de ces signes ne saurait être reconnue. Je dois donc placer d'autant plus de valeur dans ceux que j'ai distingués à l'aide de la comparaison avec la troisième écriture persépolitaine.
Le premier signe
dans le nom au-dessus de la forteresse, formé de trois pointes horizontales, la deuxième précédant les deux autres^ et d'une pointe verticale, me reste inconnu , mais représente pour moi , en le considérant comme la première lettre du mot Âsdod , K , l'aie/* des Hébreux , appartenant à cette classe de lettres dont la valeur n'est point fixe : de sorte qu'on regarde l'aie/*, ainsi que le t, vav, et \ jod, généralement comme des aspirations , qui ne reçoivent de son qu'autant que la coutume ou la ponctuation l'indiquent. Aucun signe de la troisième écriture persépolitaine , dans les courtes inscriptions que je suis à même de consulter, ne
représentant cette lettre , je la laisse indécise , et je passe de suite à l'examen de la deuxième , ressemblant au w sin ou chin.
C'est ce signe
d'une figure si distincte^ que je retrouve sous une forme analogue
dans les noms de Xerxès et d'Achéménide (Achasménès), de la troisième écriture cunéiforme de l'inscription E de Niebuhr". Il reparsdt deux fois dans le nom de Xerxès que M. Lassen^* (dans son ouvrage sur les inscriptions cunéiformes^ publié en 1845) transcrit dans la première écriture khsârsà , et dans sa première publication sur cette matière en 1836^ khsarsa (avec esprit rude sur les 5)^ et dont la lecture la plus vraisemblable dans la troisième écriture (Niebuhr E) me semble ceUe de Chachhafa ou Sashafa **, la ligne divisée en deux pointes après le
deuxième jA^^ me paraissant une aspiration^ Qt les autres trois signes
simples et conformes l'un à l'autre une voyelle^ remplaçant un signe massorétique hébreu. Quant au signe pour le 1 res, r dans ce nom^ j'y reviens dans la suite. On ne saurait objecter à la forme que je donne à ce nom celle du nom hébreu Aliasveraus, dont l'identité avec celui de Xerxès est moins probable que celle avec Artaxerxe^ énoncée par saint Jérôme d'après les Septante. Quelle que soit néanmoins la prononciation de ce nom dans la troisième écriture cunéiforme de Persépolis y il ne saurait y avoir de doute que les deux signes du $in y représentent le ks et 5 de la première écriture^ ainsi que le â? (^) dans Xerxès. De toute manière y la sifflante se trouve représentée dans mon sin assyrien , et c'est donc la valeur que je lui accorde sans hésitation y et que confii*me encore sa présence à la fin du mot H*khâm*nisij*h (l'Achéménide).
*• Voyez pi. II et m. sur les lettres, ils marquent des valeurs
*• Voyez pi. II et.iii. massorétiques , qui paraissent celles ren-
** Voyez, sur la valeur des voyelles dues en hébreu par le cheva. le da-
dans ce nom, la note X. Quant aux points gheSj etc. (Voyez p. 17.)
Je donne donc à la deuxième lettre du nom au-dessus de la forteresse la valeur d un sin ou chin^ c'est-à-dire de la sifidante simple ou combinée comme chuintante, ce qui forme (ti1)\v. (Alef?) ^^m. =:(A?) s. ou(A?)cft.
Je viens à la troisième lettre de ce nom
formée de trois pointes horizontales , avec une pointe verticale qui les traverse au milieu. Ce signe se retrouve dans cette même inscription E de Niebuhr, dans le nom de Darius, et de la manière la plus distincte dans ce même nom , en se présentant comme première leltre de Tinscription C de Niebuhr **. Quant à la particularité de la ligne perpendiculaire , qui ne traverse point les trois horizontales dans les écritures persépolitaines
elle n'est point un obstacle à la valeur de cette lettre , ainsi que l'on peut le remarquer pour des signes identiques de l'écriture de Khorsabad, où certaines pointes on dépassent d'autres ou s'arrêtent devant elles. Le signe qui parait se rattacher à cette troisième lettre, forme de deux pointes en rectangle,
et rendu à Khorsabad p^r un triangle
ne saurait , vu sa fréquence , avoir d'autre valeur que celle des signes accessoires de l'hébreu, comme le t cheva, • daghes, mappie et — rafé, qui servent à indiquer le changement, l'afiaiblissement, l'élision, le redoublement ou l'aspiration des lettres, de même qu'il semble servir.
Voyez pi. II cl m.
18 L'ÉCRITUBE ASSYRIENNE.
quand il est deux ou trois fois répété, comme affixe marquaDt le nombre **.
Cette troisième lettre
ne saurait donc être adoptée, en la considérant comme identique avec
que comme t dakt, d, et elle forme alors avec les deux précédentes
(«?) \i;T (A?) $ d ou (A?) ch d.
Le quatrième signe
If
composé de deux lignes verticales, formées chacune de deux pointes. Tune au-dessus de l'autre , et suivies d'un petit triangle placé obliquement, ne se trouve point dans des noms propres assez bien définis pour servir de base. Je suppose néanmoins qu'il représente le i vav , savoir une des aspirations sans son distinct de l'hébreu, qu'accompagnent ordinairement les signes massorétiques d'un son profond comme o ou au, (kholem et chourek) à cause de sa ressemblance avec le signe
qui , dans Dareios de la troisième écriture cunéiforme , remplace le vav, V , du nom hébreu D*rivs ou D*riut , d'autant plus que ce même signe pour le vav reparaît uni avec celui que je cherche à déterminer dans la deuxième écriture cunéiforme, où, d'après la lecture de M. Westergaard ** il aurait la valeur d'un o (okavenisija) ; et qu'il se trouve encore pour la troisième écriture dans la sixième ligne de l'inscription G de Niebuhr, comme cinquième lettre , suivie des signes pour
** Voyei la note Y. - *» Voyei Lasseu , etc. Ueb. d. Keil-
insch., 1845, ii, p. 129.
et pour
que je lis thav ( le changement de ces deux lettres en hébreu étant aussi bien connu que celui pour l'assyrien de $ et t, énoncé par Dion Cassius**) : il formerait alors le mot no &^ ou veit, nom chaldéen qui signifie édifice , et qui, dans la troisième écriture cunéiforme, parait à la place où, dans la première écriture, Lassen lit t'k'r'm. aedem*'; fait qui, s'il est confirmé par d'autres recherches, prouverait une analogie des plus prononcées avec le chaldéen des Hébreux. Je crois donc qu'il existe autant de similitude entre le signe assyrien formé de deux lignes verticales, séparée chacune en deux pointes, avec celui où l'une seulement des deux lignes est divisée en deux pointes ** ; qu'il se trouve de rapport entre le ^ bet sans daghés et le i vav en hébreu, où ces deux lettres labiales, l'une muette, l'autre aspiration, se prononcent indifféremment comme v.
J'assigne donc à cette quatrième lettre la valeur d'un vav avec khôlem, ce qui me donne les lettres (k ?) U;*!! : ( Alef ?) $in, dakt, vav. = ( A ? ) 8 d (plaçant r« indifTéremment pour 5 ou ch, afin d'éviter la répétition).
Il ne me reste alors que le dernier signe, ou plutôt la dernière combinaison , représentée de deux manières ,
puisque, dans la première, cette ligne horizontale, formée de deux pointes, que j'ai considérée dans le nom Chaehhara^ Sashara comme représentant un esprit rude , et qui , comme cinquième lettre du nom de la ville , se trouve placée entre deux traits formés chacun de deux triangles, est traversée dans la deuxième pointe horizontale par deux
*^ Voyez la note Z. difTérentes combinaisons, tantôt comme
*'' Voyez la pi. m. une seule pointe , tantôt divisées en deux.
Ces lignes se rencontrent encore dans Voir pi. i.
pointes verticales; tandis que dans la deuxième ajoutée par M. Botta^ dans rincertitude sur la véritable forme de cette lettre , la ligne horizontale n'est point traversée par les deux lignes verticales^ dont la première seulement est une pointe entière^ et l'autre formée en deux pointes; ce qui formerait le bet énoncé plus haut^ et me semble indiquer une lettre représentant une forte aspiration , à laquelle je n'oserais donner un son particulier^ mais toujours une articulation quelconque^ sans pouvoir^ vu l'incertitude sur la forme authentique de la lettre , espérer de préciser l'organe. Je le figure donc en hébreu par n heh (ft), en laissant indécis s'il faut le combiner avec une labiale , palatale^ ou^ ainsi que le demande notre mot^ avec une linguale^ dans lequel cas il formerait th ce qui compléterait (K?) VU) (H ou fi?) : (Alef?) «in, dalet, vav, heh (A?)sdoft, et combiné avec une linguale *• (A?) sd o (tft) (ASDOD)
Si j'ai réussi à établir la partie essentielle du squelette dans le nom de la ville conquise ^ il en resuite par la tradition historique le nom du conquérant. C'est donc Asaraddon.
L'explication de la plupart des signes qui , dans les inscriptions ix ^ XIII et XV *•, précèdent le nom du roi, oflre peu de difficulté. On reconnaît de suite dans le premier signe de la neuvième et treizième inscription
composé de quatre pointes verticales et de deux horizontales, le même signe
■ Il
rm
qui , dans les inscriptions C de Niebuhr, première ligne , et E , deuxième ligne, représente (les pointes horizontales y traversant les autres) le mot : grand , w'z'rk*, d'après la lecture de Lassen "; mais uni à un autre signe
*• Voyez la note AA. »• Voyez la pi. m.
*° Voyez la pi. i.
LÉCBITURE ASSYRIENNE. 21
composé de deux pointes en croix accompagnées de trois autres pointes^ et qui remplace le signe
qui, dans les inscriptions de Niebuhr, se trouve formé de quatre pointes horizontales terminées par une pointe verticale, suivie d'une autre petite pointe horizontale.
La première lettre distincte de l'inscription xii,
'Mr
formée de trois pointes perpendiculaires traversées de deux pointes horizontales de longueur inégale , surmontées de cette ligne divisée en deux pointes que je suppose une aspiration^*, ne peut appartenir qu'au titre , vu la comparaison des quatre inscriptions ; de même que les deux triangles
à la troisième place de l'inscription ix , ne sauraient être qu'un affixc du titre ou d'un mot pompeux.
Quant au signe
à la troisième place de Tinscription xhi, qui est encore le premier signe distinct de l'inscription xv, il se présente d'une manière prononcée conune ce monogramme pour roi ,
déjà reconnu par Grotefend", et formé dans l'assyrien de Khorsabad de la ligne horizontale divisée en deux pointes comme base , mais surmontée de quatre autres pointes, qui, dans les inscriptions de Niebuhr,
**' Voyez la note BB. ** Voyez la note C(i.
22 L'ECIUTURE ASSYRIENNE.
sont placées d'une manière plus irrégulière , mais présentent le même nombre et la même direction dans celles de Khorsabad.
J'arrive à la partie la plus compliquée de mes recherches : au nom , dans la langue assyrienne^ du roi Asaraddon. De tous les rois d'Assyrie que nous cite l'Écriture sainte^ aucun ne se trouve indiqué par tant de noms variés que ce célèbre monarque.
On le voit nommé Assarhaddon ou Esarhaddon; puis Asardon et Arna par les Septante ; Asaradin dans la liste de Ptolémée ; Sarchcdon par Tobie (i, 21); Asnappar par Esra (iv, 10), et Sargon par Ésaïe (xx)".
C'est sous cette dernière désignation que ce prophète cite le conquérant d'Asdod , et c'est celle enfin à laquelle je m'arrête. Le nom du roi, ou plutôt ce que je suppose sa racine, ne peut se trouver que dans les trois lettres
qui occupent la quatrième , cinquième et sixième place dans les inscriptions IX et xui ; la troisième , quatrième et cinquième dans l'inscription xn, en comptant le premier signe, quoique indistinct ; et la deuxième, troisième et quatrième dans l'inscription xv, qui vient après le monogramme pour roi. La lettre qui suit ces trois signes radicaux est la même dans les planches ix , xii et xiu , mais différente de ces autres dans la planche xv : comme dans les trois premières elle représente
ces deux triangles que je considère comme affixe ; et, dans la planche xv.
cette ligne à deux pointes déjà connue , surmontée d'une autre ligne parallèle et d'un triangle , adoptant par analogie ce signe aussi comme
•** Voyei Uebersetzung der allg. Welthistorie. Halle, 1746, t. m, p. 602, note 0, ibtd.
afBxe y en même temps que sa diversité avec celui qui, dans les autres, suit mes radicales du nom du roi y me sert d'indication pour la fin de ce nom y de même que les signes des titres ont dû me fure connaître son commencement. Quant à la lettre qui suit ce signe, qui , seulement pour les trois premières inscriptions, présente les deux triangles, déjà connus, et pour la quatrième (pi. xv) ce signe distinct
que j'assimile à un *7 daUi (d) ; elle ne saurait appartenir, vu cette diversité dans les quatre inscriptions , que comme affixe au nom du roi , ou comme préfixe au titre ou nom suivant.
Je procède donc à l'examen de ce q«e j'appelle la racine de ce nom. Choisissant l'inscription de la planche xv, qui , quoique plus incomplète que les autres , figure ces lettres de la manière la plus distincte , et où elles sont précédées du signe pour roi , nous voyons le premier signe après ce titre
-ïï-
formé de deux pointes verticales, traversées par une pointe horizontale ^. Cette lettre se retrouve dans les inscriptions C et E de Niebuhr ^ ; elle est dans Xerxès , Chachhara ou Sashara ; dans Darius , Ùariv$ ou Dariut. Grotefend *' la rend par r, et c'est cette valeur, celle du 1 iv» , que je lui assigne de même , et qui^ vu sa position dans les deux noms , ne saurait être douteuse. La deuxième lettre, déjà reproduite
c'est ce U; stn ou chin du nom d'Asdod.
La troisième me reste inconnue
** Voyex la noie DD. »' Neue Beitr., 1840, p. 65.
*• Voyez pi. II et m.
elle est composée de quatre pointes formant un carré ouvert à sa base ^ où il est précédé d'une pointe^ figure qui rend à peu près la forme d'un p koph hébreu renversé^ et tel qu'il parMtrait dans une écriture lue de gauche à droite.
J'adopte donc la racine du nom du roi comme composée d'un l res (r), d'un \v sin (s), et d'une troisième lettre inconnue. Je la nomme au hasard ^ et ^ vu sa ressemblance avec le koph , je lui attribue cette valeur, celle du p fc".
J'ai alors devant moi "i r«s, B^ sm (p?) (koph?) = r « (k?). Comment accorder ces trois lettres avec Sargon? La transposition des deux premières lettres n'a rien qui arrête. Dans les idiomes d'une même langue (ainsi que je considère l'hébreu et l'assyrien), ces changements ont parfois lieu, particulièrement ceux de liquides , comme de la sifflante avec une linguale dans le cas actuel , et n'arrêtent point le philologue. Je n'hésite donc point à approprier les deux premières consonnes , quoique toutes deux transposées, à Sargon , plutôt que de citer encore un autre nom d'Asaraddon , énoncé dans les notes au syncelle dans l'édition de Bonn, 1829, page 396, correspondant avec les Septante ^^ : De Sargon sive ARNA *" (Anonymus) ; où néanmoins le r se trouverait à la même place que dans les inscriptions de Khorsabad.
Mais c'est une autre dénomination conservée dans cette même note au syncelle *^ qui me fournit une forme de ce nom plus rapprochée que Sargon. C'est celle de SARAK, Ilûcpazoç, que j'y trouve adoptée comme du dernier souverain de l'Assyrie , le Sardanapale des auteurs profanes.
Ex Polyhistore Sarax, sive SaracuSy non est Nabopalasarus , at Saracus est ipse Sardanapalus.... (Anonynms.)
C'est donc à l'occasion de ce nom que je trouve la note suivante dans la traduction allemande, dirigée par Baumgarten, de V Histoire universelle publiée en Angleterre " : « Ce nom (Sarak) a pu être abrégé de Sarchedon, comme celui d'Assarhaddon de Asserhadonpul, ou de Sardanapal (Newton, Chron. ofanc. Kingdoms, 295). Telle est la cause évidente qui nous fait trouver chez des auteurs profanes.... et particulièrement chez
"■ Voyez la noie EE. phia, p. 210. (Rec. Dindorfii Bonnae,
«• Voyez la note FF. 1829, p. 396.)
•*" Jesaîas, xx, 1. ®* Voyez Uebers. d. aUg. Welth. vt
•* Voyez Georgii Sincelli Chronogra- sup., l. m, p. 6i7.
rÉCRITURE ASSYRIENNE. 25
Suidas^ deux Sardanapale^ dont l'un: est décrit comme gueitier^ l'autre comme un homme efféminé. Le grand Assarh^ddon était le premier, et ce roi (Sarak), qui, selon notre opinion, a dû être le second, était le dernier. »
Or, lû les savant» auteurs de l'ouvrage si célèbre que je viens de citer adoptent deux souverains du nom de Sardanapale, je suppose que le nom plus sémitique de Sarak, et si analogue à celui de Sargon, est identique avec celui que je crois lire dans les inscriptions de Khorsabad , et que je présente comme formé de i re<, w «ti, (p?) (koph?) r « (k?), c'està-dire c(»nme ^na(k?) ou RaM (k?).
C'est donc à ce monarque dont les noms se présentent sous une forme si variée, mais analogue, que j'attribue les événementir représentés sur le monimient de Khorsabad ; c'est à son règne que j'àppli<)ue la prophétie d'Ésa!e(xx, I)": «L'année en laquelle Tartan, envoyé par Sargon, roi d'Assyrie, vint contre Asdod, et combattit contre Asdod et la prit ; » puis le troisième verset : « Gomme mon serviteur Ésaïe a marché nu et déchaussé , ce qui est un signe et un prodige contre l'Egypte et contre Gouch ( l'Ethiopie ) pour trois années. » Enfin le quatrième : « Ainsi le roi d'Assyrie emmènera d'Egypte et de Gouch, prisonniers et captifs, les jeunes et les vieux , les nus et les déchaussés.... »
J'ai voulu rendre dans ce traité mes impressions sur une question qui m'a vivement préoccupé. On appellera la solution que je propose, une hypothèse : ce n'en est pas une pour moi , dans ma conviction.
Dans le portrait du roi (pi. xxii), je vois celui qu'Esra désigne , le grand , le célèbre Asnaphar ; dans le personnage qui lui parle la main droite étendue comme en signe d'un rapport qu'il fait à son souverain, je veux reconnaître son capitaine , le Tartan de la Bible ; ceux que le guerrier** perce de ses traits, ces prisonniers** sont pour moi les Éthiopiens ; ceux enchaînés** sont les survivants d'Asdod , tels qu'on les voit encore dans les flammes de la forteresse.
Je soutiens donc la thèse que je viens de poser : je n'attribue qu'au règne de Sargon les faits que reproduit ce tombeau ; et, quelque imparfait
" Voyez note GG. "' Ibid., pi. v. vi cl x\x
«* Voyez Le^/re.v(le M.Bolla, pi. xxxiï. '•'' Ibid., pi. xxvii.
que soit encore le résultat philologique de mes recherches, je suis heureux dans Tespoir de la possibilité que je crois démontrée, que des travaux exécutés par des hommes compétents pourront toucher au but dont j'ai voulu approcher.
IM. Lassen*' nous promet, au nom de M. Westergaard, une inscription complète dans les trois caractères persépoUtains , avec la liste des diflerentes nations de l'empire persan. J'espère alors que ce que je n'ai pu exécuter, Umité aux deux inscriptions de Niebuhr, et aux derniers travaux du digne savant qui sut tracer la voie dans les ténèbres de ces inscriptions , Grotefend , sera facile aux philologues, à l'aide de ces nouveaux moyens.
L'avenir nous apprendra si c'est, ainsi que je crois pouvoir l'admettre, une langue sémitique que nous avons devant nous, telle que parait être celle de la troisième écriture persépolitaine. Nous pourrons alors ajouter une nouvelle preuve éclatante à la table ethnographique de la Genèse !
« Encore quarante jours , » s'écriait le prophète ", « et Ninive sera renversée!» Encore quelques lustres, et, sans être devin, on peut prédire que nos philologues auront ressuscité la langue de ses habitants , comme M. Botta vient de rendre au jour les trophées longtemps enfouis de la gloire à'Aimr.
•' Voyez Lassen und Wèstergaard , Bonn, i845, p. 3. Ueh.diekeUinschriftendA und2 Gattung. ^' Voyez JonaSj m, 4.
Paris, s octobre 1845.
Note A, page 7.
Voir, sur Mossul et les ruines deNinive, C. Rittbe, Die Erdkunde, Berlio, 18U, tome xi, pages 171 à 247.
Note B, page 7.
Vêtement assyrien. « Dans le troisième des tombeaux cités {Rosellini Mon. R., pi. cLYui) y nous voyons paraître sous ce nom (Tamhou) un" nouveau peuple ^ auquel il semble impossible qu'on dénie le nom d* Assyrien. Le costume de ce peuple , qui consiste en un riche et ample manteau ^ roulé plusieurs fois autour du corps , serré par une ceinture , couvrant les épaules y et descendant jusqu'à la cheville , se retrouve presque identiquement sur les cylindres. » (Ch. LsnoRHAifTy Introduction à V Histoire de VAsie occidentale. Paris, 1838, p. 332.)
Voir, pour le costume assyrien, celui de la figure allégorique sur les cylindres représentés dans Dorow, Morgenlaendisehe Alterthûmer Wiesbaden, 1820, 1~ Heft pi. i; et la description suivante d*Hérodote, i, 195 :
Éo6^Tt ^i TOf^^t jj^itù^roLi, xiAmvi iro^vtxtï Xivéc** xaî im toûtov âXXov eîptvtov ^ xtdMva tirtv^uvtt, xal yiXaMi^tw Xcuxôv irtpi6aOLXo(&tvo(, (nro^iipLara 1^^^ ^^^X^^*» ^'^ pairXiioifli T^oi BotttTiviai jpLCàai. xop«vTtç ^t, ràç xe^oOiàc (urptio\ àva^tovrai, pLcpiupt9(&svot irâv TO 9M(ta. a^vi^î^o! ^* (xolctoç Ixit» xal ajç^trrpov x^tpoirctYirov' lir* ixaarw ^ï ax'nirrptt lireart irtiroivipLtvov ^ (A'kXov, îi pc^ov, î| xftvov, î| aiCT^, îi ôfXXcrt. àvty ^ôp êirtoi^(iou oC 991 vo|MC iaxt Ix^tv axvitrrpov.... (HbIODOTI Hist., I, 195, CUra
Schweighseuser. Arg. et Paris., 1816. ) Je ne cite point Strabon (746) dont les notions sur les Assyriens sont évidemment copiée d'Hérodote.
Voir, pour le costume des prêtres de Babylone , correspondant avec celui de la figure imberbe reproduite par M. Botta, pi. x, et décrite p. 8 et 22, où elle est supposée représenter une femme ou un eunuque , la description de ' Baruch , vi , 30.
Note C, page 8.
L'armure des guerriers (Assyriens). Àodupiot ^i <ïtp*two>ivci, iripi |itv r^m
x£CpaXfoi eix^v j^àXxeâ te xpàvsa xai 'ireirXi'^'pt.éva TpoTrov Tivà ^âpêapcv eux eùair-vii/irov.
(Hbrod. Schweigh., vu, 63).
Note D, page 8.
Ctésias d'après Diodore, IlapairXyjaîwç <^« tout© (t» Nwû*) xaî ol Xotiroi paatXtl;, tcaI; iTOfà Trarpô; ^ia^exop.tvoç rviv àpx^v, M '^tftkç rpiaxGvra iêaoïXeuaav, {^-s'xP^ 2ap(^ava;7àXou. ^ttI toutou ')fàp in tûv Àaaupieav )i']fi{Aovia [AtTéiriacv ttç Muic^ouç, erv} <^ta{Aetvaaa irXetco tûv ^tXûdv xat Tpiaxootcdv, ^rt <^* iÇnixovTa, xaOàirep <pv)9l Kriiaiac o
Kvt^tcç iv rf ^euTÉpa ^tëxo». (DiODORi SicuLi, BM. HisU, II, 21; Rec, WtSêe- Hngii Biponti, 1793.)
Note E, page 9.
Si effectivement rEsdud moderne occupe son emplacement. Il parait qu*aa- CQD vestige d'antiquités n'atteste l'identité d'Esdod avec Azot , adoptée oniquement d'après la tradition. «Elsdad, as to the identity of which with « Ashdod, no one doubts, bas.... no remains of antiquity. » (Robinson's Researches, dans Scripture topography. London.)
Note F, page 10.
Les Ethiopiens couverts, etc. Aidéonec ^t irof ^aXéaç re xat XeovTSAc Jva(Ap.lvot
(Hbrod. Schweigh., yii, 69.)
Note G, page 10.
Les Caspiens et les autres peuples , etc. Kaairiot ^k aïoûpvaç n i^MinLoriç. . t .
nàxTut{ ^i, aioupvoçopoi te hoLs.. . . {Id,, VII, 67.)
OuTtoi ^i, x%l M6xoi Tc xat Ilapixàviot ^ax«uaop.svoi faav xaraircp nàxTUt{. . . .