‹ Essai de définition de la science socialeChapitre 12 sur 12 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Terminons ici cette étude et concluons.

Depuis que le genre humain est sur la terre, il marche à tâtons, sous l'impulsion d'inclinations premières qui tendent à conserver, à augmenter, à étendre sa vie. Ces inclinations, agissant à la lumière de connaissances médiocres, lentement et péniblement accumulées, ont changé constamment les conditions de la vie, l'ont rendue meilleure et accessible à un plus grand nombre d'individus. Ce mouvement progressif a très longtemps été méconnu et, même depuis que son existence a été constatée, on n'a pas cessé de le combattre. On a toujours cherché le bonheur pour l'individu et la perfection de l'état social en maudissant tout ce

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qui semblait s'opposer à un bonheur et à une perfection que l'on imaginait volontiers avoir existé dans le passé.

Une fois le progrès constaté, quelques penseurs ont cru que le bonheur et la perfection étaient réservés à l'avenir, peut-être à un avenir prochain.

La science ne nous permet pas de telles illusions. En étudiant l'homme, elle ne découvre aucun motif pour que le progrès s'arrête, pour que l'individu et la société s'immobilisent dans cet état stable toujours cherché et jamais atteint. «Un être imparfait, dit Aristote, ne doit point s'arrêter. » Quand l'homme cesserat-il d'être imparfait? Nous pouvons prévoir la continuation du progrès qui a jusqu'ici augmenté le genre humain en nombre et en qualité, par l'effet de cette concurrence vitale qui appelle et choisit les courageux et les forts en même temps qu'elle déprime les pusillanimes et les faibles. Les hommes des anciens temps l'ont subie sans la connaître en l'appelant le destin. Il dépend de nous de l'étudier, de la comprendre et d'en tirer parti, au lieu de lui résister obstinément et de maudire ses rigueurs. Gardons-nous de blâmer et de combattre les inclinations stables; contentonsnous de les modérer et de les diriger vers le bien général, sans jamais perdre de vue le vieil adage stoïcien : « Le destin conduit celui qui consent; il traîne celui qui résiste. »

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