‹ Essai de Diagnostic entre les États de Débilités MentalesChapitre 17 sur 78 · RS URI · texte numérisé non relu

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heurtera, il faut le reconnaître, à l'intervention nécessaire de l'instruction ; mais ici, elle est exclusive. Cependant, la méthode de M. Simon a sa valeur et il n’en demeure pas moins que, pour des notions aussi simples, les enfants examinés par lui présentaient entre eux de notables différences qui permettaient d'apprécier leur degré d'intelligence par rapport à deux moyens d'expression de la pensée.

Pour examiner d’une façon complète l’état intellectuel d’un enfant, il faudrait pouvoir explorer, l’une après l’autre, chacune de ses facultés. On ne peut étudier les facultés que dans leurs manifestations. La méthode expérimentale, que nous venons déjà d'apprécier par le procédé de M. Simon, a précisément pour but « de faire apparaître les phénomènes dans des circonstances déterminées à l’avance, de manière à rendre facile leur observation exacte et pour qu’on puisse même les mesurer (1) ». On arriverait peut-être à doser, pour ainsi dire, chaque faculté intellectuelle d’un sujet en recourant aux mental test, dont on s’est servi pour les études psychologiques en Allemagne et surtout en Amérique.

Des auteurs italiens, Guicciardi et Ferrari, ont essayé, en 1896, à l’Institut de Psychiâtrie de Reggio-Emilia, d’appliquer les tests à l'examen mental des aliénés. Leur méthode se composait de cinq tests mentaux roulant sur les mouvements, les phénomënes vaso-moteurs, l'attention, le jugement, l'imagination et l'association des idées, les sens du temps et de l’espace.

« Il n’est pas douteux, disait alors M. Binet dans l'Année psychologique, que cette méthode fera connaitre

(4) Touzouse. L'évolution de la psychologie. Revue de Psychiätrie, 1900.

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bien des faits qui échappent à l’interrogatoire ordinaire que le médecin fait subir à son malade ».

Dans le même ordre d'idées, nous voyons plus récemment M. Masselon, élève de Sérieux, obtenir, dans sa thèse sur la Psychologie des déments précoces, de bons résultats de tests sur l’attention empruntés, pour la plupart, à M. Binet.

M. Binet, en effet, vulgarisa, en France, les études psychologiques au moyen de tests, et M. Toulouse nous a donné un beau modèle de leur emploi pour l’examen des diverses facultés de l'esprit, lorsqu'il écrivit l’observation médico-psychologique de Zola.

Mais, l'étude d’une intelligence entière au moyen des tests est longue. Relativement aisée lorsqu'il s’agit d’esprits cultivés et supérieurs, elle devient plus embarrassante et surtout plus laborieuse lorsqu'on a affaire à des sujets tels que ceux que nous avons en vue. Et d'autre part, c’est un procédé clinique avant tout qu'il nous faut. Les tests nécessitent des études psychologiques et une certaine habileté de la part de celui qui les emploie. Il faut pouvoir recommencer l'expérience autant de fois que cela est nécessaire. 11 faut aussi que le sujet en expérience s’y prête et comprenne ce que l’on attend de lui par ces moyens. Les tests constituent, en somme, un excellent procédé de laboratoire, mais par contre, des épreuves trop laborieuses et surtout trop délicates pour être mises dans la clinique, entre les mains d'étrangers à la psychologie.

On peut encore examiner complètement l’état de l’intelligence d’un enfant en appréciant celle-ci sur tout ce qui concerne la vie courante, mais toujours en évitant, autant que possible, d'y mêler l'instruction, bien que l’abstraction des connaissances acquises soit, nous le verrons, a peu près irréalisable.

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Un procédé étudiant l'intelligence dans ses manifestations habituelles, c’est-à-dire celles qui ont trait aux choses de la vie de chaque jour, nous parait plus pratique. L'esprit de l'individu en expérience nous semble devoir être ainsi plus à l’aise, sur un terrain qu’il connait mieux, et mieux enclin à répondre exactement. Les diverses facultés ne sont plus ainsi étudiées séparément, dans une dissociation expérimentale, nous pouvons dire même une dissection, mais dans leur ensemble, à propos de notions vulgaires et variées. La méthode nous apparaît ainsi avec un caractère tout à fait clinique.

Le moyen le plus commode pour promener ainsi un enfant à travers les choses qu'il fait, voit ou entend chaque jour est évidemment le procédé oral des questions et des réponses, constituant un interrogatoire défini, mais à la fois court et complet. De cette façon on peut espérer pouvoir passer en revue une longue série de notions diverses et juger l’état d'intelligence de l’enfant par la manière dont il comprend les questions et par la façon dont il répond (1).

Cette méthode de questionnaire est en usage depuis plusieurs années déjà dans un certain nombre de Sociétés américaines de psychologie pédagogique qui explorent ainsi le domaine de l’étude de l'enfant normal. |

En 1895 a paru dans les revues de psychologie un questionnaire dù à Victor et Catherine Henri (2), dans le but de procéder à une enquête sur les premiers souvenirs de

(4) L'Atlas-manuel de Psychidtrie par Weyaanpr et Rouginovrren, qui paraît au moment ou nous achevions ce travail, contient un chapitre traitant des débilités mentales. Nous y trouvons la division en : Idiotie, imbécillité et débilité et de plus, l’idée d’un questionnaire portant sur des notions de la vie courante, pour le diagnostic différentiel.

(2) Année psychologique, 1897,

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l’enfance. Cet interrogatoire est composé de onze questions. C'est un essai tenté par les auteurs et dont ils relatent le résultat. 123 réponses leur ont été envoyées et leur ont ainsi révélé les points à remanier : ils ont vu, de ce fait, que quelques questions posées étaient inutiles alors que d’autres méritaient un plus grand développement. Néanmoins, ces auteurs ont, par leur tentative, obtenu des documents déjà très précieux sur la question des premiers souvenirs.

A Paris, la Société libre pour l'étude psychologique de l'enfant, fondée en 1899, sur l'initiative de M. Buisson, ancien directeur de l’enseignement primaire au Ministère de l’Instruction publique, étudie l’enfant au moyen de trois questionnaires roulant : le premier sur le sentiment de la colère chez les enfants ;

Le second sur les enfants indisciplinés et rebelles ;

La troisième sur les mensonges des enfants (1).

La méthode a été employée également par des professeurs de l’Université (2). C’est ainsi que nous voyons M. Chabot, professeur à Ia Faculté des Lettres de Lyon, faire, au moyen d’un questionnaire, une enquête pédagogique sur les matières d'enseignement préférées par les élèves. M. Georges Lefévre, professeur à la Faculté des Lettres de Lille fit, par le même procédé, une enquête analogue relativement aux préférences des écoliers, sur un nombre considérable d’enfants du département du Nord. Quelques tentatives de ce genre pour l’examen des débiles intellectuels et moraux ont été faites déjà en Beigique et en Norwège, ainsi qu’à l’hospice de Bicêtre.

(4) Année psychologique, 1899.

(2) Année psychologique et Revue pédagogique, avril 4899.

a ge) 1: TRS

Les docteurs Demoor et Daniel, médecins de l'Ecole d’enseignement spécial de Bruxelles pour enfants anormaux, se servent, à l’entrée de chaque sujet dans leur établissement, d’un mode d'examen déterminé pour les classer dans une des catégories suivantes : Passifs, indisciplinés, Autorttaires. Cette investigation, poussée sur des enfants que l’on ne peut conserver dans les écoles de normaux, ne se fait pas au moyen d’un'questionnaire, mais consiste en recherches déterminées sur la vie scolaire antérieure, la constitution médicale, le caractère du visage, les sens, l’instinct et l’intelligence (1).

Cette méthode est analogue à celle qu’a instituée M. Bourneville dans son service de Bicêtre (2). L'observation très détaillée de chaque malade y est rédigée au moyen d’un plan d'examen dans lequel on explore successivement les antécédents héréditaires et personnels donnés par la famille, puis l’état actuel. Pour ce dernier une série d'indications très complètes et augmentées de définitions permet de faire collaborer le personnel infirmier à l’établissement du dossier médical de l'enfant. En Norwèêge, dans les deux asiles de Thorshaug et de Linderen, près Christiania, on ne reçoit que les débiles et les dégénérés, c’est-à-dire les enfants susceptibles d’être instruits. Pour pratiquer cette sélection, on se sert d’un questionnaire imprimé qui doit être rempli en présence d’un médecin (1), M. Blin a bien voulu nous communiquer ce questionnaire spécial posé en Norwège pour

2) D° Demoor et DanreL. Les enfants anormaux à Bruxelles, Année psychologique, 1900.

(2) Bourne vice. Recherches cliniques et thérapeutiques sur l'épilepsie, l'hystérie et l’idiotie pendant l’année 1901. Paris, 1902.

(1) Buin. Loc. cit.

DAMAYE. k

arr rip

établir le diagnostic différentiel entre un enfant éducable et

un enfant non éducable, autrement dit entre un débile et un imbécile.

En voici la reproduction.

RapporT pour l’année 190..... de... direction scolaire

de la préfecture de...., diocèse de..... au sujet d'un

enfant faible d'esprit.

[. — Seront considérés comme faibles d'esprit, les enfants âgés de 48 à 21 ans qui, étant donnée la faiblesse de leurs facultés intellectuelles, ne peuvent retirer qu'un profit minime ou nul de l'instruction ordinaire.

IL. — L'enfant reconnu tel sera porté aussitôt sur les rapports annuels.

[T. — La Direction scolaire devra répondre aux questions cidessous aussi exactement que possible, assistée du médecin nommé par l'Etat ou du médecin qui a traité l’enfant et d’après les renseignements fournis par les parents les plus proches. La Direction, après avoir répondu aux questions À et C, enverra le schème au médecin qui, après avoir répondu aux questions B, le lui retourne. Le rapport sera ensuite envoyé au Directeur de l’enseignement primaire du diocèse avant...

4 Prénoms et nom de famille de l'enfant ; date de la naissance, lieu de naissance (ferme, district, préfecture, ville) et maison de résidence de l'enfant.

2. Noms, position, domicile (ferme, district, préfecture, ville) des parents ou des personnes qui ont soigné l'enfant. Indication du

LA TRS

lieu où, en cas de sortie de l'établissement, l'enfant pourrait étre envoyé (station de bateau à vapeur, gare de chemin de fer, ete.).

Date de la naissance, du mariage ou de la mort des parents.

3 Le père et la mère sont-ils consanguins, et dans ce cas à quel degré.

Les aïeux et bisaïeux paternels et maternels étaient-ils consanguins, et dans ce cas à quel degré.

. &. Situation économique de la famille réelle ou adoptive ; son genre de vie.

L'enfant a-t-il été maltraité ou négligé d’une manière quelconque ?

5. Etat des frères et sœurs, y compris les mort-nés avec les dates de la naissance et de la mort.

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