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CHAPITRE II

Exposé d’une méthode médico-psychologique pour le diagnostic différentiel.

Le but que nous nous sommes proposé est de rechercher si, par un interrogatoire groupant un grand nombre de notions simples concernant la vie courante, on peut arriver à déterminer l’état intellectuel d’un enfant arriéré d’une façon précise, et surtout d’une façon toujours identique à ellemême, de telle sorte qu’un examen répété sur le même enfant par différentes personnes donne constamment des résultats identiques.

La première idée de ce mode de recherches est due à notre maître actuel, M. Blin, qui a bien voulu nous confier l’expérimentation de sa technique.

Cette méthode, dit M. Blin, « se rapproche de celles en usage en psychologie expérimentale et a surtout pour but de séparer les types supérieurs de débilité mentale, c’est-àdire l’imbécillité et la débilité proprement dite entre eux et le type d’anormaux que nous décrirons tout à l'heure comme imbéciles moraux, comme dégénérés (1) ».

Le questionnaire dressé par M. Blin se compose d’une série de vingt sujets. Sur chaque sujet sont préparées un

(4) Bu. Loc. eit.

AG ee certain nombre de questions, graduées selon leur difliculté en trois séries.

La premiére série de questions, sur un sujet donné, est d’une trés grande facilité : elle convient aux enfants au-dessous de dix ans.

La deuxième série, roulant sur le même sujet, mais déjà plus difficile, s’adresse surtout aux enfants de dix à treize ans. Enfin, une troisième série est composée de questions plus complexes et est destinée surtout aux enfants âgés de plus de treize ans.

Le jugement sur chacune des vingt séries de sujets étant exprimé par des chiffres, on se ferait ainsi une idée plus nette des différentes capacités de l’enfant. Et l’interrogatoire terminé, en additionnant tous les points obtenus, on obtiendrait alors un nombre représentant l’état intellectuel de l'enfant.

L’expérimentation de cette méthode fut faite sur 250 enfants de la Colonie de Vaucluse et nous fûmes heureux de constater, après un certain nombre d’interrogatoires, que les résultats numériques concordaient avec le diagnostic que l'observation de plusieurs mois ou de plusieurs années avait fait porter sur chacun des enfants soumis à l’expérience. Après des remaniements du questionnaire, inspirés par la pratique des interrogatoires, les expériences furent reprises soigneusement et nous donnèrent toujours des résultats exacts.

Est-ce dire que nous ayons la prétention d’avoir déterminé la méthode d’une façon absolue ? L’absolu n'existe pas en clinique et notre procédé est avant tout clinique. Mais, s’il n’est pas parfait, nous avons tout au moins conscience d’avoir poursuivi notre expérimentation avec toute la rigueur

possible et nous n’en publions les résultats que parce qu’ils nous ont paru satisfaisants et susceptibles d'application pratique.

Un premier chapitre à trait à l’habitus extérieur.

Nous examinons ici, non pas les stigmates de dégénérescence ou la conformation du crâne à titre de symptômes isolés, mais l’aspect plus ou moins intelligent de la physionomie et la façon dont l'enfant se présente. Nous avons déjà discuté la valeur de l’examen physique dans une investigation psychique. Du fait qu’un enfant est scaphocéphale très prononcé, on n’en peut conclure cependant à une diminution certaine de l'intelligence. Voici, d’ailleurs, comment s’expriment sur ce point les D Demoor et Daniel qui, nous l'avons vu, ont une grande habitude de l'examen des enfants anormaux. « Nous ne tenons aucun compte, disent-ils, des signes physiques de dégénérescence, quant à leur signification relativement à l'allure psychique de l'enfant. Ce qui a bien plus de valeur au point de vue de l'évaluation d’untype, c’est l'expression de la physionomie. En effet, l'expression du visage traduit presque toujours l’état psychique, quelle que soit la régularité ou la forme des traits de la figure (1) ». Il nous semblerait un peu hâtif de se rallier d’une façon absolue à cette notion, car il nous souvient avoir rencontré assez fréquemment des idiots presque absolus dont la physionomie était intelligente : néanmoins, l'examen de l’aspect général de l'enfant, de sa façon d’entrer, de marcher, de se présenter n’en a pas moins une valeur sérieuse pour l’appréciation du degré de l'intelligence.

Un second chapitre a trait au langage. L'état du langage

(1) Demoor et DanreL. Loc. cit.

TRS RE

a, en effet, une réelle importance dans l'examen des enfants arriérés. Sans accorder la suprématie à l’état de la parole, comme le faisait Esquirol, nous pensons cependant qu'il est bon d’en tenir compte.

Le troisième chapitre se rapporte aux noms et prénoms, à l'adresse et aux lieu et date de naissance. Nous verrons ainsi jusqu’à quel point l’enfant est capable d'établir son identité.

Les quatrième et cinquième chapitres concernent, l’un les parents, l’autre les notions sur l’âge. :

Le sixième chapitre examine l'enfant sur la connaissance des différentes parties du corps ; le septième sur la plus ou moins grande liberté et la plus ou moins grande habileté des mouvements.

Dans une huitième série de questions, nous donnons à reconnaitre des objets usuels et demandons, à propos de certains d’entre eux, leur définition ét leur usage.

Le neuvième article a trait aux sensations de faim; de soif, de sommeil, qu’éprouve l'être le moins intelligent, mais qu'il n’est pas toujours apte à analyser. A propos des sensations internes, nous serons renseignés sur les données les plus élémentaires et les plus grossières de la personnalité, celles pour la remarque desquelles l’esprit n’a besoin d’aucune culture intellectuelle.

Il sera bon, dans ce chapitre, de recourir aux questions contradictoires : As-tu moins soif en été qu’en hiver ? As-tu bon appétit ? et un moment plus tard : Tu n’as pas bon appétit, n'est-ce pas? Ce sera le meilleur moyen de dépister le défaut de compréhension sur des notions où nous sommes livrés à la bonne foi du malade et privés de moyens de contrôle. Il faut se méfier des réponses de certains imbéciles ou

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de certains idiots profonds qui répondent out à tout ce qu’on leur demande. Les questions contradictoires révéleront en même temps la suggestibilité parfois si grande chez les imbéciles.

Dans les chapitres dizième et onziême, nous étudions chez l'enfant la notion de temps et la notion de lieu. Elles font peu appel à l'éducation et à l'instruction. Mais, plus un être se rapproche de l’animalité, plus il se cantonne . dans le présent, et par conséquent, moins il se rend compte : de la durée et de l’espace.

Puis, nous explorons en deux autres groupes de questions, la notion de patrie et l’idée de l’enfant sur le service militaire. La notion de patrie est déjà une notion supérieure, mais que l’enfant commence souvent à acquérir dans le milieu où il vit, bien avant l’âge de l’école.

Viennent ensuite quatre paragraphes (lecture, écriture, calcul, dessin) qui se rapportent à l'instruction. Nous n’avons pas craint, en eflet, de faire intervenir, en une certaine

- mesure, les connaissances acquises à l’école, puisqu’à notre

époque l'instruction primaire est obligatoire et aura été pour le moins tentée, chez les sujets dont nous nous occupons.

Pour la lecture, on fera lire à l’enfant un modéle imprimé, puis un manuscrit. On tiendra compte évidemment de la plus ou moins grande difficulté mise à déchiffrer le texte.

A propos de l'écriture, on devra, bien entendu, tenir compte de l'orthographe.

Le calcul portera sur les quatre opérations fondamentales de l’arithmétique. Par le raisonnement et l’idée abstraite qu’il nécessite, il sera, croyons-nous, un assez bon critérium d'intelligence chez les enfants auxquels il aura été enseigné,

toute aptitude spéciale étant évidemment mise à part, car nous savons que des débiles peuvent présenter parfois des dispositions remarquables pour certaines branches de l’instruction, alors que pour d’autres ils sont dépourvus d’aptitudes, ou alors d’une étonnante médiocrité.

Par le dessin, qui portera sur des figures très simples : les trois variétés de triangles, un rectangle et des lignes . droites de longueurs différentes, l’enfant devra mettre en œuvre sa faculté de comparaison et la notion d’étendue. Il devra également faire montre de délicatesse dans les mouvements de la main, chose indispensable pour dessiner.

La connaissance des métiers, les goûts de lenfant pour le choix d’un métier seront examinés dans le dix-huitième chapitre.

Le dix-neuvième aura trait à l’idée de religion. Il sera, cela est facile à prévoir, d’une difficulté plus grande que les séries de questions précédentes.

Nous avons pour but de rechercher 1ei si l’enfant sait ce qu'est une religion, qu’elles sont les religions répandues dans les nations civilisées et ce qui.les différencie grosso modo l’une de l’autre. L'idée de religion est ainsi examinée au même titre que celle de patrie.

Chaque individu possède cette idée, mais l’interprète différemment. Notre but n’est pas de mesurer la pratique religieuse de chaque enfant, mais d'évaluer en lui l’idée religieuse. C’est l’idée et non la pratique qui mesure ici l’entendement. Chez les plus jeunes enfants cependant, on sera forcé de s’en rapporter à des questions telles que : Sais-tu tes prières ? Vas-tu à la messe ? La religion commence, en eflet, par être un fait de pratique pure et simple. À mesure

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