‹ Essai de Diagnostic entre les États de Débilités MentalesChapitre 75 sur 78 · Religion · texte numérisé non relu

Religion

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. — Métier.

. — Compréh®et attention.

Un premier coup d'œil jeté sur ces classements nous montre immédiatement que la seconde moitié du, ques-

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tionnaire présente des difficultés plus grandes que la première pour les enfants de toutes les catégories. Il faut cependant faire une réserve pour le métier et le service militaire que nous voyons figurer à des places relativement meilleures que les autres éléments de la seconde série du questionnaire. Des débiles aux idiots, c'est-à-dire à mesure que les facultés intellectuelles décroissent et que les enfants ont de moins en moins chance d’être soldats plus tard, nous voyons la notion du service militaire, d’abord supérieure à la notion de métier, lui devenir sensiblement inférieure chez les douteux et surtout chez les imbéciles. à

L’habitus extérieur donne des coefficients moyens décroissants avec l’intelligence de l’enfant. L’habitus est un élément auquel on s’en rapporte beaucoup dans l'examen habituel des arriérés. Nos constatations sont en accord avec ce fait. |

L’habitus extérieur a été coté dés que l'enfant s’est présenté devant nous et n’a pu, par conséquent, être influencé par les examens psychologique et physique ultérieurs.

Pour le langage, nous remarquons également sa décroissance très nette et proportionnelle à celle de l'intelligence des enfants examinés, depuis les dégénérés et les débiles les plus élevés qui s'expriment correctement, parfois même avec facilité, jusqu'aux idiots dont on ne peut plus tirer que des sons inarticulés, de brusques éclats de rire et des grognements.

Il nous faut remarquer l’abaissement rapide des coefficients moyens sur le nom. Assez bien compris par les débiles qui cependant ignorent fréquemment le lieu et la date de leur naissance, ce chapitre a été beaucoup plus mal interprété par les imbéciles Qui eux, ne savent souvent ni leur âge nil

même parfois leur nom de famille. Sur les confins de lidiotie, les sujets ne connaissaient que leur prénom habituel, celui par lequel leurs parents les ont longtemps désignés.

Ce qui concerne les parents nous a ne des résultats bien meilleurs. La plupart des débiles ne savent pas le lieu de naissance de leurs parents, ce qui peut d’ailleurs s’expliquer. Chez les imbéciles, nous avons eu quelques réponses naives. Le numéro 235 de nos examens, âgé de quinze ans, nous a répondu que son père était « né dans un chou » et sa mére « dans une fleur ». |

Mais, c’est avec la notion de l’âge que nous voyons les moyennes baisser très rapidement. À notre avis, cette notion a une grande importance dans les diagnostics que nous recherchons : c’est du moins ce qui résulte de nos constatations. Les débiles savent généralement bien leur âge, mais à mesure que l’on approche de l’imbécillité, la connaissance de l’âge devient confuse. Cette connaissance est à peu près nulle chez les imbéciles. Ces derniers ne savent souvent ce qu’on entend par vieux et par jeune. Interrogés sur leur âge, ils répondent : J’ai trois ans, j'ai cinq ans; mais en tout Cas, la réponse est presque toujours absurde. Des imbéciles de seize à vingt ans auxquels nous demandons l’âge de leurs parents répondent, par exemple, NE leur père a vingt-un ans, leur mère vingt-deux ans.

Quant à la connaissance du corps, elle est généralement assez exacte chez les débiles et les douteux. Mais, avec les imbéciles, nous voyons apparaître les grosses erreurs : leur cœur est dans leur cou, leur cerveau est dans leur bouche, etc. Ils ne connaissent ni les paupières, ni les gencives et indiquent leur bras quand on leur demande de montrer

l’avant-bras. La connaissance du corps diminue bien davantage, cela va: sans dire, avec les douteux et les idiots.

Le chapitre des mouvements est probablement, parmi les vingt, le plus facile, car nous le voyons figurer presque toujours le premier dans nos classements. Bien que facile, il n’en a pas moins ici une réelle importance. |

Nos enfants, même ceux atteints d’hémiplégie spasmodique infantile, exécutent relativement bien les mouvements qu'on leur ordonne. Adonnés aux travaux manuels, à la gymnastique, ils acquièrent rapidement la liberté et l’habileté des mouvements. Chez les idiots et les sujets douteux entre l’idiotie et l’imbécillité, il existe néanmoins un certain embarras, surtout pour les mouvements délicats (acte d’enfiler une aiguille, expérience des petits points) et même parfois impossibilité.

Certains imbéciles et certains idiots ne comprennent pas l'explication d’un mouvement qu'on leur ordonne, mais ce n’est pas à dire pour cela qu’ils ne puissent le réaliser. Si on l’exécute devant eux, ils savent très bien ensuite le reproduire, alors même qu’on ne le leur demande pas. Nous savons en effet qu’idiots et imbéciles inférieurs sont trés imitateurs ; cela est d’ailleurs mis à profit pour leur éducation.

La notion de lieu nous a donné des coefficients supérieurs à ceux de la notion de temps, sauf chez les idiots qui ne connaissent ni l’un ni l’autre. Ce n’est qu’à force de patientes répétitions, qu’on parvient à inscrire dans la mémoire de ceux-ci le nom du lieu où ils se trouvent. Plus le niveau intellectuel des enfants est inférieur, plus ils sont exclusivement visuels et, par conséquent, plus ils se confinent dans ce qui les entoure au moment présent, dans le présent qui les environne. « Les idiots, dit M. Sollier, n’ont guëêre la

notion du temps écoulé et encore moins celle du temps à venir (1) ». En somme, la notion de lieu est un peu moins abstraite que celle du temps ; elle fait appel à la vue, au présent, aux choses matérielles présentes. La notion de temps, au contraire, fait appel au passé et, par conséquent, au souvenir. La mémoire est une faculté souvent rudimentaire dans les états de débilité mentale et cela d'autant plus qu’on se rapproche davantage des échelons les plus inférieurs.

Une exception doit être faite cependant pour les cas où cette faculté est développée d’une façon anormale ; tel est le numéro 151, qui jouit d’une mémoire du temps et des dates véritablement surprenante. Cette désarmonie dans les facultés de l'intelligence, on le sait, se rencontre assez souvent dans les états de dégénérescence.

L'idée de patrie, idée abstraite, nous donne des moyennes très rapidement décroissantes des débiles aux idiots. Les imbéciles, même les plus âgés, n’ont pas cette notion. Pour ceux d’entre eux qui ont longtemps vécu à Paris, le mot Patrie évoque l’idée d’un Journal. Quant aux idiots ils ne comprennent pas et sont incapables de définir ce mot. Tout ce qu’on peut tirer des moins arriérés d’entre eux est le mot « France », lorsqu'on leur demande s'ils sont de la France, de l'Allemagne ou de l’Angleterre.

Le service militaire a été mieux compris que la notion de patrie, ainsi qu’en témoignent les chiffres obtenus. C’est qu'il s'adresse à des choses plus popülaires et qui frappent lPimagination de tous les enfants. Ces notions font un très grand appel au sens de la vue: objets brillants, couleurs

(4) SOLLIER, loc. cit.

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vives, toutes les choses qui plaisent à l’activité du jeune âge. Chez les imbéciles, nous avons cependant retrouvé les inexactitudes et les absurdités. Des imbéciles de dix-huit ans placent le caporal au-dessus du général ; ils font entrer dans les différentes sortes de soldats les conscrits, les bleus, les simples, etc.

Nous arrivons maintenant à l'instruction proprement dite et immédiatement nous constatons que chez les imbéciles et

:. les douteux qui les suivent, l'écriture est un peu supérieure

à la lecture. Cela tient probablement à ce que dans l’écriture il y a un travail manuel à côté du travail intellectuel. Beaucoup d’imbéciles savent former des lettres qu’ils ne pourraient lire, ni assembler d’une façon logique. Ils ont appris mécaniquement à former ces lettres, par automatisme, par répétition incessante.

Tous nos débiles, ou à peu près, ont su écrire, un grand nombre avec plus ou moins de fautes d'orthographe, la phrase que nous leur avons proposée. Sur nos 23 douteux

entre la débilité et l’imbécillité, onze ont écrit la phrase

proposée, mais presque tous avec beaucoup d’incorrections. Sept n’ont écrit que leur nom et ont pu copier un modèle. Deux n'ont pu écrire leur nom, mais ont copié le modèle. Un n’a écrit que des lettres isolées et deux n’ont rien su écrire.

Sur nos 43 imbéciles, six ont écrit la phrase avec beaucoup de fautes d'orthographe et d’incorrections, Neuf n’ont pu écrire que leur nom et copier un modèle manuscrit. Neuf également, sans pouvoir écrire leur nom, ont copié le manuscrit. Huit n’ont écrit que des lettres isolées et l’un‘d’entre eux les a tracées de la main gauche, en imprimé et en miroir. Onze enfin n’ont pu rien écrire : parmi ces derniers

l’un a tracé des griffonnages avec la main gauche et a dessiné de cette même main, un autre a tracé des griffonnages avec les deux mains.

Parmi les douteux entre l’idiotie et l’imbécillité, aucun n’a pu écrire la phrase proposée. Deux ont écrit leur nom et copié un peu le modéle. Deux autres ont copié le modèle sans avoir su écrire leur nom. Trois n’ont écrit que des lettres isolées. Douze n’ont rien su écrire. Dans cette catégorie de douteux, nous avons constaté l'écriture spéculaire chez quatre sujets. Sur ces quatre, deux seulement nous ont fourni des autographes lisibles, avec mots ayant un sens. Les autographes des deux autres étaient des ébauches de lettres tracés avec la main gauche, de gauche à droite, mais sans aucune signification. Tous quatre écrivaient aussi de la main droite, de gauche à droite. Les deux moins arriérés ont écrit en outre l'écriture normale avec la main gauche. Quant aux idiots, quatre sur cinq n'ont rien pu écrire ; le cinquième nous a écrit en miroir, de la main gauche, quelques mots illisibles et avec la main droite, un griffonnage également indéchiffrable (1).

Il nous saute aux yeux, à l'inspection des résultats, que le calcul est, avec la religion, le côté le plus faible des enfants examinés. Le caicul nous paraît donc, comme la notion des âges, une excellente pierre de touche de l’entendement. Il exige le déploiement de la faculté d’abstracton, laquelle est d'autant moins développée que le niveau | intellectuel est plus inférieur. Chez 58 débiles, nous avons

(1) Les enfants B..., 15 ans, n° 239 et M..., 18 ans, n° %50 ont été étudiés au point de vue de l'écriture par M. G. Abt, professeur de l'Université, dans son travail sur l'écriture en miroir, Année psychologique, 1901. «

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noté les détails au sujet du calcul: nous avons ainsi constaté que les capacités des enfants décroissent de l’addition à la division. Chez les douteux, l’addition seule donne un faible résultat ; les trois autres opérations ne donnent que mal et nul. Pour les imbéciles, nous avons quelques résultats assez bons en addition ; les autres opérations sont à peu près nulles, la division l’est complètement.

Chez les douteux et les idiots, nullité à peu près complète sur toutes les opérations. En résumé, la force en calcul des enfants examinés décroit de l'addition à la division. On peut expliquer ce fait par l'augmentation de la complexité et par conséquent de l'effort intellectuel à produire entre l’addition et la division et aussi par l’ordre lui-même suivant lequel on enseigne les opérations arithmétiques dans les écoles ; on commence par l’addition pour terminer par la division beaucoup plus complexe.

À mesure que nous descendons des débiles aux idiots, nous remarquons que le dessin surpasse de plus en plus la lecture et l'écriture. Le dessin est un art plus intellectuel que la musique, mais de même que l'écriture, il comporte un acte manuel que ne réclament ni la lecture, ni le calcul. Le sens visuel intervient dans le dessin beaucoup plus que dans l'écriture. Chez les débiles, les dessins proposés ont été exécutés assez correctement : toutefois, très peu d'enfants nous ont reproduit exactement les trois variétés de triangles ; les longueurs différentes des lignes droites ont été mieux reconnues et reproduites. Avec les douteux, nous avons eu un certain nombre de dessins déjà beaucoup moins nets, bien que quelques autres soient encore assez bons. Chez les imbéciles, quelques bons dessins également, mais le plus grand nombre est assez défectueux. Les longueurs ne sont plus respectées et il n’y a plus de régularité.

Certains enfants nous donnent des dessins informes et ne rappelant en rien le modèle. Les douteux entre l'imbécillité et l’idiotie nous ont fourni des ratures informes ; deux ou trois dessins sont cependant encore relativement bons, bien que les longueurs n’y soient pas respectées. Des idiots enfin, nous n’avons obtenu que des ratures informes.

Le chapitre concernant le métier nous a donné le plus souvent des réponses satisfaisantes et, en effet, il s’agit ici de choses que nos enfants sont à même d’apprendre chaque jour. Quelques-uns d’entre eux ont déjà exercé un métier avant leur entrée à la Colonie. D’autres ont déjà pensé au choix d’un état pour l’époque où ils seront rendus à leur famille. De même que pour le service militaire, la défectuosité des réponses sur le métier nous indiquait, par ce fait même, une intelligence très inférieure.

Beaucoup moins compris a été le chapitre Religion. Il nous à donné les résultats les plus faibles et nous voyons les débiles eux-mêmes présenter une moyenne assez infime.

Un grand nombre des enfants interrogés ne savent ce qu'est une religion ni à quelle religion ils appartiennent. Quelques-uns nous ont mécaniquement récité des prières qu'ils ne comprenaient pas. Mais, ce n’est pas à dire pour cela que l’article Religion soit inutile dans le questionnaire et hors de la portée des enfants. Les faibles résultats obtenus dans nos examens tiennent au peu d'instruction reçue par nos enfants sur les religions. Dans d’autres milieux, il est fort possible que les questions sur les religions fussent beaucoup mieux interprétées.

La compréhension et l'attention nous montrent aussi des moyennes décroissantes des débiles aux idiots ; la décroissance est assez brusque entre les débiles et les douteux qui

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viennent ensuite. Chaque interrogatoire a une durée suffsante pour permettre d'apprécier l'attention et surtout la compréhension dont l'individu a fait preuve : moins ces facultés sont développées dans son intellect, plus la durée de l'examen est longue.

Une fois en possession de tous nos résultats, nous avons essayé de dénombrer les enfants suivant leur âge et d'établir ainsi de nouvelles moyennes dans chacune des cinq catégories.

Dans le tableau suivant (tableau D), nous avons mis en regard dans chaque colonne le nombre d'enfants de l’âge

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