QUEBEC
IMPRIMÉ PAR FRÉCHETTE ET CIE. IMPRIMEURSeLIBRAIRES, NO, 8 ù RUE LAMONTAGNE,
mn tm
Notice sur l'abbé Girard et sur ses écrits.
Gabriel Girard, l’un des grammairiens français les plus disingués, naquit à Clermont en Auvergne, vers 1677. Pourvu de très-bonne heure d’un canonicat à la collégiale de Notre- Dame de Mont-Ferrand, il le résigna en faveur de son frère, pour aller à Paris, afin de s’y livrer entièrement à la culture des belles lettres. Il joignit à la connaissance des langues anciennes, celle de plusieurs langues vivantes, entre autres de Pesclavon et du russe. En 1716 il publia l’ortographe française sans équivoque et dans ses principes naturels, Paris, in-12. Ce livre, adressé en forme de lettres à un ami, est agréablement écrit; et les innovations qu’il propose comme plus conformes à l’analogie et au bon usage, ont été la plupart adoptées.
L'abbé Girard, frappé de cette vérité générale, entrevue par Fénélon dans ses dialogues sur l’élognence, qu’il n’y a point de mots parfaitement synonymes, l’exposa dans l’ouvrage qu’il publia en 1718, sous ce titre : la justesse de la langue frahçaise, ou les différentes significations des mots qui passent pour synonymes ; ouvrage qu’il reproduisit en 1736, avec des augmentations et de nouveaux développements, sous le titre de synonymes français.
En 1726 il publia une traductiou française de l’oraison funèbre de Pierre-le-Grand composée en russe par l’archevêque de Novogorod, Théophane Procopowich.
Notre grammairien était plus que sexagénaire lorsqu'il fit, pour être admis à l’académie fiançaise, des démarches qui furent d’abord infructueuses. Il ne laissa pas de louer ses concurrens, en justifiant avec noblesse les motifs de leur adoption. Cependant quels titres pouvaient balancer l’ouvrage dont Voltaire a porté ce jugement, que les synonymes subsisteraient autant que la langue française et serviraient même à la faire subsister! Mais des académiciens qui se piquaient exclusivement de grammaire tâchèrent, dit-on, d’éloigner un émule dont leur médiocrité redoutait la comparaison.
Enfin le suffrage universel du public décida celui de l’académie ; et Girard j remplaça l’abbé de Rothelin. Plusieurs biographes prétendent que cette admission eut lieu en 1744. mais cette date n’est pas exacte, puisque dans la troisième édition des synonymes français qui parut en 1741 Girard se dit membre de l'académie française et secrétaire interprète du Roi.
Ce mêmé esprit de réflexion qui lui avait fait si bien distinguer les différentes modifications du langage, le porta à rechercher par l’analyse logique, les règles de la langue ffançaise elle-même, à les classer méthodiquement, et à les réduire en principes. Ce motif lui fit produire, en 1747, un ouvrage sous le titre de vrais principes de la La es française réduite en méthode conformément aux lois de Pusage. Girard a sur ses prédécesseurs le mérite d’avoir établi an système plus conforme au génie des langues modernes. Î1 a affranchi la langue française des méthodes latines. Il a joint la raison à Pusage : il n’a point plié la règle à l’exemple, mais fait servir l’exemple à l’appui de la règle. Il a enfin débrouillé lé cahos de la proposition grammaticale, a exprimé par des dénominations plus analogues les fonctions des mots, et mieux déterminé leur emploi dans la construction de la phrase. Si ses dénominations et ses analyses sont défectueuses à quelques égards, il a mis sur la voie ceux qui sont venus après lui: et souvent ils n’ont fait que développer ses principes, déguisés quelquefois sous un style moins simple que brillant, ou perdus dans un ouvrage dont la lecture, par le défaut de subdivisions, lasse la patience française. Duclos disait de cet ouvrage : c’est un livre qui fera la fortune d’un autre. L’abbé Girard se proposait de donner une nouvelle édition fort augmentée de ses synonymes, lorsque sa mort arrivée le 4 février 1748, mit fin à ce projet. On voit par cet exposé, extrait de la Biographie Universelle, que la vie de ce savant fut toute littéraire et pour ainsi dire grammaticale.
On peut ajouter à cet éloge de la Biographie Universelle, qu’en examinant aîtentivement la grammaire de Girard, il est facile de s’appercevoir que cet auteur après avoir lu toutes les grammaires connues de son temps, avait laissé là les livres pour ne prendre pour guides que la nature et l’usage. Aussi
eva SL 'e UD De