CHAPITRE V.—Du régime constructif et du régime énonciatif
Nous avons dit que le régime était un concours de mots pour exprimer un sens: ainsi le régime suppose un but et des moyens pour y parvenir : deux aspects dont chacun a deux faces.
ie régime considéré par rapport à son but tend à la structure
a phrase par le moyen des parties constructives, que nous :-uns trouvées au nombre de sept : ouil tend à la siuple expression de ces parties constructives par les mots qui doivent les énoncer. Dans le premier cas an le nomme régime constructif, et dans le second régime énonciatif. Si l’on dit, par exemple : La beauté la plus séduisante ne vaut pas la plus simple vertu : les cinq premiers mots et. les quatre derniers sont en régime constructif avec les trois autres ; parce qu’ils concourent avec eux à former la phrase comme étant deux de ses membres. Les cinq premiers mots y figurent en qualité de subjeciif, et les quatre derniers en qualité d'objectif: mais les mots de chacun de ces membres sont entre eux en régime énonciatif ; parce qu'ils concourent simplement à énoncer ensemble cette partie, qui étant énoncée, concourt ensuite à la structure de la phrase. Tout cela fait voir que les mots forment les phrases ; mais qu'ils re les forment qu’autant qu'ils en énoncent quelqüe membre ou qu’ils contribuent à l’énoncer.
Le régime considéré par rapport aux moyens qu’il met en œuvre pour parvenir à la structure de la phrase où à l'énonciation des membres, a égaiement deux objets. Car les mots étant nécessairement ses seuls moyens, il les doit empioyer d’une façon convenable à son projet. Cet emploi dépend de l’arrangement respectif dans lequei on peut les placer et de la diversité des formes
qu’on peut leur donner : puisque c’est tout ce dont ils sont susceptiblee. Ainsi ils doivent dans le discours répondre, par le rang et par l’haebillemert, aux fonctions qui leur sont distribuées. On nomme régime dispositif velui qui ordonne des places ou de l’arrangement, et régime de concordance celui qui décide de la arure ou de la forme. Un exemple suffira pour expliquer ceci.
mot adjectif qui exprime la qualification de beauté peut se
: esebter sous cinq diflérentes formes, savoir bel, beau, belle, beaux, belles : le régime de concordance me fait employer la première forme avec les substantifs masvulins singuliers qui commencent par une voyelle ou par une À non aspirée, la seconde avec ceux qui commencent par une consonne ou par une À aspirée, la troisième avec les féminins singuliers, la quatrième avec les masculins pluriels, et la cinquième avec les féminins pluriels :
Ex. un bel animal, un bel habit, un beau château, un beau hameau, u..e belle personne, une belle harmonie, les beaux jours, les beaux habite,
les belles actions, les belles histoires.
Si dans toutes ces occasions le régime de concordance a distribué les formes à l'adjectif : le régime dispositif lui a, de son côté, marqué la place qu’il occupe : c’est par ses lois qu'il y est immédiatement -avant le substantif. Place qu’il ne lui est pas permis de changer, non plus que lorsque le même régime le met après, ainsi que dans les exempies suivans : fersonne colérique,
animal furieux, château ruiné.
D’après ce que nous venons de dire, il est aisé de voir que
l’art de la construction consiste à savoir quel arrangement il faut donner, tant aux membres qui forment la structure de la phrase qu'aux mots qui servent à énoncer ces membres. Comme les mots se partagent, par leur institution, en dix espèces, selon les diflérences modificatives, ainsi que nous l'avons vu dans la nomenclature, et qu’il arrive que plusieurs mots de différente espèce concourent quelquefois à exprirner un seul des membres dont résulte la phrase : il s'ensuit que c’est des propriétés de l'espèce que dépend le régime énonciatif, soit pour la façon de placer les mots, soit pour celle de les habiller. L’exemple et lanalyse feront mieux comprendre ceci. Grand et sage sont de l’espèce des adjectifs servant à qualifier, Lomme est de l’espèce des sub— stantifs servant à dénommer; je veux joindre celui-ci avec chacun des deux autres pour en faire des subjectifs de phrase ; quelle forme donnerai-je à l'adjectif? C'est-à-dire sous quel genre et sous nombre doit-il paraître ? et le placerons-nous avant ou après le substantif? Quelle est la règle qui fait employer le
ont sus»
ar le
ir que Lil faut phrase me les lon les omenespèce s dont espèce cer les nalyse :spèce 3 sub avec rase ; quel avant er le
singulier masculin de ces adjectifs et mettre l’un avant son substantif et l’autre après dans cette phrase ? Le grond homme ne craint point la mort et le sage la prévient. On peut pareillement exprimer le circonstanciel par un substantif accompagné d'adjectif et de particule tous régis par une préposition, comme quand je dis, avec de l’argent et de fortes instances on gagne un cœur farouche. Quelle forme et quel ordre exigent ces espèces entre elles? Voilà l’état dela question. Il y a sur ce sujet des règles fixes et universelles pour certaines espèces, mais de fort variées pour d’autres. Elles seront détaillées avec soin en traitant de chaque espèce en particulier, dans la syntaxe que nous destinons exclusivement au régime énonciatif, et dans laquelle on trouvera le détail de chacune des dix parties d’oraison sur lesquelles roule tout le détail de l’art de la parole.
Pour le présent. nous ne parlerons que du régime constructif regardant uniquement les membres de la phrase,. parce qu’il importe de connaître ce qui concerne les lois générales de la construction avant d'entrer dans les détails de la syntaxe, qui supposent que nous connuissons celles-ci,