CHAPITRE VI.—Des langues en général et de leur génie
Avant de donner des règles sur le régime constructif il convient
d'exposer ici quelques notions claires sur les langues et sur leur énie.
: Une langue est l'usage particulier d’une nation dans l’établissement, dans l’ordre et dans l’emploi des mots pour exprimer la pensée. Lorsqu’une nation est partagée en plusieurs peuples souverains, il peut s’introduire des variétés dans la langue commune, c’est ce qu’on nomme dialectes Les Grecs en avaient cinq que les grammäiriens observent encore aujourd’hui. Quant à l’état de corruption où tombent les langues, il y a deux causes ; l’une vient du défaut d'éducation ou d’un manque de bon usage, comme on peut le remarquer dans le bas peuple de Paris et même chez quelques honnêtes gens de province. L’autre vient du mélange de l’ancienne façon de parler avec la nouvelle, ce qui furme le patois chez les paysans dans les provinces éloignées.
La différence la plus apparente entre les diverses langues que nous connaissons, vient de la différence des mots : mais la plus essentielle nait de la diversité du goût de chaque peup:e dans le tour dé la phrase et dans l’idée modificative des mots ou dans la forme des diverses parties d’oraison, Lorsque cette sorte de goût propre et distinctif ne regarde qu’une circonstance unique, on la nomme idiotisme. Lorsque le goût distinctif est considéré dans son universalité, c’est ce qu’en fait de langue on nomme génie.
Chaque langue a le sien, mais on peut les réduire à trois sortes, et par ce moyen distinguer les langues en trois classer, savoir : les analogues, les transpositives et les mixtes.
lo. [es langues analogues suivent ordinairement dans leur construction l'ordre naturel et la gradation des idées : le sujet agissant y marche le premier, ensuite l’action accompagnée de ses modifications, après cela ce qui en fait l’objet et le re, Elles ont un article qu’elies joignent aux dénominati qui ne sont pas individuelles et n’a{mettent pas de cas, tel'es sont la française, l'italienne, l’espagnole et l’anglaise,
20. Les langues transpositives ne suivent d’autre ordre dans la construction de leurs phrases, que le feu de l'imagination ; faisant tantôt précéder l’objet, tantôt l’action, tantôt la modificstion ou ls circonstance : ce qui n’est pourtant pas un défaut, et ne produi! aucune ambiguité, à cause des cas et de la variété des terminaisons qu’elles admettert : par le moyen desquelles le régime étant d’abord indiqué, il ne reste ni équivoque ni confusion dans le sens, mais seulement la peine d’aller jusqu’au bout de la période avant que de commencer à se former une pensée suivie. Ainsi le nom de transpositives convient parfaitemenñt bien à ces langues. Le latin, l’esclavon, et le moscovite sont de cette espèce.
30. Les langues mixtes ou de la troisième classe tiennent des deux autres ; ayant un article comme les analogues, et des cas comme les transpositives : telles sont la langue grecque et la langue allemande.
Paisque la constructioa ainsi que les mots font la différence la plus essentielle entre les langues, il s’ensuit que rien n’est plus erroné que l'opinion de ceux qui assurent que la française, l’espagnole, l’italienne et l’anglaise sont des filles de la latine. Ilese fondent eur l’étymologie, mais l’étymologie ne prouve que les emprunts, et nullement l’origine, Il faut donc rejeter le terme de langue mère dont se sert le vulgaire : car la filiation des
| langues est trop difficile à constater. Ïl ne faut admettre d’autre
| distinction entre les langues, que celle de mortes ou de vivantes.
Il est temps de briser ies chaînes qui asservissent la méthode
française à la méthode latine, c’est un hesoin senti depuis long-
temps, et c’est pour l’exécution de ce dessein que l’abbé Girard avait composé sa grammaire.
Dans une langue, telle que la nôtre, la terminaison ne sert point
à distinguer les membres de phrese : elle reste la même pour un
objectif comme pour un subjectif ou un terminatif. Ainsi le
régime constructif n’a guère recours à celui de concordance ; n'ayant point de différentes formes à donner, sinon dans l’attributif et uniquement au verbe qui sert à cette fonction. L'usage ayant distribué à cette espèce de mots diverses formations pour
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8 sortes, Savoir :
os leur : le sujet mpagnéce objet et nominaas, telles
dre dans ination ; nodificséfaut, et riété des e régime n sd | période dr langues.
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distinguer les divers accessoires de l'évènement, tels que nombre, personne et temps, et les deux premiers de ces accessoires dépendant du sujet à qui se fait l'attribution, il faut que l’attributif paraisse sous la forme qui répond au nombre et à la personue du subjectif. Ce régime de concordance ne regardant que le verbe est réservé pur la syntaxe.
Quant à l’arrangement que doivent avoir entre eux les membres de la phrase, en quoi consiste le régime dispositif, il est d’autant plus de conséquence qu’il supplée à ce que la terminaison ne fait pas. Le régin.e constructif eu tire tous les moyens pour parvenir à son but : voilà pourquoi il n’y a rien ou peu de chose d’arbitraire à l'égard de l’ordre grammatical. Il est presque toujours décidé : quoiqu'il ne soit pas toujours le même : il varie, mais cctte Variation est de règle, et dépend principalement de trois sortes de formes dont on a vu que la phrase était susceptible par sa structure. De façon que selon qu’elle est expositive, impérative PA RRAERENEEN l'arrangement de ses parties en reçoit différentes influences.