CHAPITRE II.—Le Substantif
Le substantif est une espèce de mots destinés à dénommer les choses, Ils les distinguent les unes des autres par des noms convenables, sans en marquer ni qualification ni rapport. On nomme cette espèce de mots noms ou substantifs. Le premier de ces termes, plus vulgaire, est précisément pris du but de leur institution
qui est de nommer. Le second, tenant plus du style de l’art, tire son origine de ce qu'ilne considère les objets que comme purs êtres subsistans, soit dans la nature soit dans l’idée.
Dans les substantifs on considère trois choses, la classe, le genre et le nombre.
Les substantifs 6e divisent en deux classes : l’une des génériques, communément dits noms communs, et l’autre des individuels, communément dits oms propres. °
Les substantifs génériques ou noms communs sont ceux qui servent à plusieurs personnes ou à plusieurs choses semblables : Ex. homme, cheval, maison. Les substantifs individuels ou noms propres sont ceux qui ne sont destinés qu’aux— êtres particuliers ou considérés comme faisant corps unique. Ex. Adam, Eve, Pierre, Londres, Québec.
Les substantifs génériques ou noms communs se divisent en appellatifs, en abstractifs, et en actionnels.
Les substantifs appellatifs dénomment les êtres matériels et immatériels, soit collectifs, soit distributifé, comme existant par eux mêmes ou par leurs parties. Ex, Royaume, province, ville. maison, armée, homme, tête, main, livre, page, crime, fièvre,
affrande, solide, surface, ligne, angle, point, philosophie, géomé- >rie, soutien, sont des substantifs app:latits parce qu’ils nomme les choses comme êtres subsistant dans la nature ou dans la pensée,
Les substantifs abstractifs sont ceux qui dénomment les modes, c'est à dire les qualités du sujet ou de l'être dans le quel et par !e quel ils subsistent. Ex. humanité, blancheur, bonté, constance, pesanteur, audace, faiblesse, tristesse sont des substantifs abstracui parce qu'ils nomment les choses comm modes ou simples qualités.
Les substantifs actionnels aont ceux qui ne dénomment les choses nicomme êtres, ni comme qualités permanentes, mais seulement comme évènemens ou actions passagères, Ex. approbation, nutrition, abandonnement, badinage, abatage, marche, course, existence, assistance, et leurs semblables sont des substantifs actionnels,
Remarque. Il faut observer qu’un substantif peut, quelquefois, être de plus d’une classe par les divers sens qu’on y a attachés. Ex. humeur est appellatif quand on l‘emploie physiquement pour le corps : comme quand on dit &/ y a de l'humeur âcre dans ce sang : etil est abstractif dans le sens moral en fait de caractère personnel : Ex. é Aumêéur fai séute d'agrément ou l'inconvénient de la plupart des snciétés bourgeoises. Jugement est actionnel au barreau, et eppellatif en lagique : figure abetractif en physique, et ap ellatif en logique. Il'en est de même à P'usieurs autres substantifs pour
la conmaissance desquels nous renvoyons aux uicnonu:" 8e
Les substantifs individuels se partagent aussi en trois classes, savoir les pense les topographiques et les chorographiques.
Les substantifs individuels personnifiques sont tous les noms de divinités, d'hommes, et d'animaux, tels que Jupiter, Mars, Vénus, Pompée, Louis, Silvie, Lamoignon, Pégase, Bucéphale.
Les substantifs individuels topographiques sont ceux des villes, des villages et des lieux particuliers, comme, Londres, Paris, Québec, Montréal, Halifax.
Les substantifs individuels chorographiques sont les noms de contrées, de rivières, de montagnes et de vents. Ex. Asie, Europe, France, Angleterre, Canada, Tamise, Sud, Occident.
Du genre des substantifs.
Quant aux genres en général, voyez le chapitre précédent. Les substantifs sont du genre masculin ou du genre féminin. Ex. père, soldat, canif, papier, sont du genre mascu'in. JWère, sœur, plume, rose, sont du genre féminin.
Remarque. Il y a des observations et des règles pour trouver le genre des substantifs, mais elles sont si nombreuses et accampagnées de tant d'exceptions, qu'il vaut mieux renvoyer le lecteur
studieux à la grammaire de l'abbé Girard et aux dictionnaires, aux quels il renvoie lui-même en plusieurs cas. |
Du pluriel des substantifs.
Quant aux nombres, en généra}, voyez le chapitre précédent. Les substantifs génériques ont un singulier et un pluriel qu'il faut distinguer en lisant comme en écrivant.
Les substantifs forment leur pluriel en y sjoutant une s finale. Les subatantifs dont la terminaison est féminine, c’est à dire qui finissent par un e muet, n’offrent aucune exception à cette règle générale. Ex. homyne, femme, au singulier, font hommes, femmes, au pluriel, par l’addition d’une s.
Les substantifs dont la terminaison est masculine, c’est-à-dire qui ne se terminent point par un e muet, offrent quelques variétés, qni font autant d’exceptions à la règle générale.
Première exception. Les substantifs terminés au singulier par 8, 2, æ, n’ajoutent rien au pluriel, Ex. Le fils, les füle, le nez, les nez, la voix, les voix.
Seconde exception. Les aubstantifs finissant par une de ces trois diphiongues au, eu, ou, prenñent un æ au lieu d’une s pour former leur pluriel. Ex. agneau, veau, lieu, dieu, chou, clou, font au pluriel agneaux, veaux, lieux, dieux, chiouz, ous, ‘mxcepie “ren, qui conformément à la règle générale ne prend qu’une s, au Dluriel, TK
Troisième exception *- | ; en ms __.... 2168 SUbstantifs qui se terminent en al, ou . wesy changent leur terminaison en aux ; et ceux qui se terminent en el la changenten eux. Ex. maréchal, sénéchal, animal. caporal, cheval, bail, émail, ciel, font au pluriel, maréchaux, sénéchaux, animaux, caporaux, chevaux, baux, émaux, cieux. Exceptez bal, local, régal, carnaval, mail, camail, ciel de lit, qui suivant la règle générale, ne prennent qu’une s au pluriel.
Fiel et miel n’ont point de pluriel Œl fait yeux au pluriel. En style d’architecture on dit au pluriel, pour énoncer une espèce de fenètres, des œils de bœuf. On dit aussi des arc-en-ciels.
Remarque.—L’usage a prévalu de former fe pluriel des substantifs polysyllabes terminés en an£ et en en£, en retranchant le £, et en ajoutant une s. Ex. méchans, contrevens, au lieu d'écrire méchants, contrevents Maïs quant aux monosyllabes il est plus convenable de conserver le £. Ex. dents, plants, vents, c’est un moyen d'éviter des doubles sens. Ex. plan, et plant, sont deux choses très-différentes: si vous supprimez le £ on ne sait plus laquelle des deux choses vous voulez dire.