DE L’EXEMPLE
Un trouve plus commode de le traiter plus bas. $ 5. DU SOPHISME,
Il est entendu que nous ne prétendons pas élever
(1 ) Sic.
ne
on
le sophisme au rang des argumens, Une fausse argumentation où un faux raisonnement, n’est pas un argument tel qu'on le définit philosophiquement, M. de St. Albin en convient lui-même sous le paradoxe : “ Un vrai raisonnement, un raisonnement logique, n’a rien de faux! La logique étant l’art de découvrir le vrai, elle n’a en vue que la vérité, et elle n’emploie pour la découvrir, que des opérations vraies. Le vrai raisonnement n’admet que des propositions vraies, dont la conclusion soit liée avec les prémisses.”
Le sophisme, dit-il, sous le présent article, est le plus grand ennemi de la logique. Sophisme vient de sophix, user de fourberie ; c’est un raisonnement subtil et insidieux, capable d’induire en erreur, et qui n’a que l’appurence de la vérité. Sophistes était autrefois le nom que Pon donnait aux homines sages ou savans, aux philo sophes et aux rhéteurs; mais l’abus que les déclamateurs tirent de la science, lui fit donner une acception en mauvaise part, le rendit synonime de charlatan. Soplhistikos signifia captieux, trompeur : sophistiquerie fut pris pour argutie, sophistiquer voulut dire trowper par de faux raisonnemens.
Cette étymologie qui est en substance, celle de notre auteur, fait voir qu’il aurait dû distinguer du sophisme proprement dit, le paralogisme, qui vient de l’ignorance seule, et qui différe du sophisme à peu près comme en droit le quasi-délit diffère du délit. (°)
(1) Citons, dit M. de St. Albin, deux exemples pour achever d'expliquer notre pensée à l’égard du sophisme. Si je dis: “ Platon est un philosophe; il y a des philosophes qui sont saints ; donc Platon est un saint... Le bien le plus précieux mérite tous nos soins : or les richesses sont le bien le plus précieux; donc les richesses méritent tous nos soins.’’—Pourquoi ne pas choisir des exemples tirés du droit, ou au moins plus spécieux. Sophismata sunt ratiocinii artificia. Ici le vice, au moins dans le premier exemple, est sûrement trop patent pour que le pauvre ergoteur puisse étre soupçonné d'artifice. Il y aurait tout au plus paralogisme dans l'exemple de Platon, etun paralogisme d'idiot: ce n’est point là sophistiquer.
n Angleterre, où Perreur de droit nexeuse pas plus qu'ailleurs, la loi n'est point promulguée comme le veulent les jurisconsultes, Mais c'est ce que le Jurisconsulte Wood excuse par une argumentation à la manière de son pays Le peuple représenté par la chambre des communes, à part à la confection des lois; 1 n’a donc pas besoin qu'on la promulgue.— Voilà un véritable sophisme ; il est spécieux et a trompé tous éeux qui n'ont pas eu l'esprit assez présent ou assez sagace pour s’apereevoir que le raisonnement n’a pour me qu'une fiction, eest-a-dire, des mots. D'abord, il faut étre Anglais pour convenir que parce que le peuple est représenté au parlement, c’est lui qui fait la loi. L’ignorance ne peut être représentée ni agir par la science : elle ne peut que se confier à elle. Ensuite, de ce que les habitans d'un comté sont ex- “hypothesi duement représentés au parl ement, il ne s’en suit pas qu ‘ils font la loi que le représen- ‘ant d’un autre comté propose ; 1] ne s’en suit pas qu’ils la connaissent.
M. de St. Albim expose bien les divers sophismes venant de lambiguité des termes, l’amphibologie ou
Jrammatica fullacia des auteurs, du manque de rapport
des objets, de la déviation du sujet, ete.
Quant à la pétition de principe, elle consiste bien en etfet, à supposer certain çe qui est en question, mais uon ce me semble “à répondre en termes différens, la méme chose que ce qui est en question, comme si, interrogé sur ce que c’est que la surenchère, on répond que
“est l’action de surenchérir.” M. de St, Albin tombe lui-mème dans Pamphibologie, Il attache probablement mal à propos le même sens à interrogation et être en question. Dans la pétition de principe, Ü faut qu’il y ait quelq ue chose en question dans le vrai sens de l'expression, c'est-à-dire, quelque chose d’incertain, de probléma- ‘ique, que l’on suppose certain mal à propos. Dire que
Cependant M. de St. Albin s’est eru obligé d'expliquer comment cette argumentation n’est point coneluante! !!
la surenchère est l'action de surenchérir, ee n’est pris faire un sophisme, parce que ce n’est ni argumenter ni vouloir tromper, mais ne savoir pas définir ou décrire.
Parmi les sophismes énumérés par Aristote, il ne fallait pas oublier celui qu'on appelle non causa pro causa que les légistes ont trop souvent fait, quand ils n'appartenaient pas à l’école historique. Ces glossateurs ignorans des antiquités ont souvent mis de vaines arguties à la place des inductions certaines qu’on aurait pu tirer à l’aide des sources des différentes législations et des monumens,
On ne reviendra ie ici sur l'erreur que M. de St, Albin à commise en plaçant le sorite parmi les sophismes; nous l'avons réparée en traitant le sorite en son lieu, et nous en fesons disparaitre une autre en traitant dans ce même paragraphe le paradoxe, qu'il a sépare mal à propos du sophisme,
“ Paradoxe vient de gara contre et dox& opinion, ve qui veut dire une chose surprenante, inattendue; un para: doxe est une proposition qui choque les opinions reçues, ue est contradictoire ou fausse en apparence, quoique:
‘aie quelquefois dans le fond.”
“ Ni elle est vraie dans le fond, elle pourra paraître extraordinaire sous ce rapport qu’elle présente une idée nouvelle ; elle ne sera pas de suite comprise du vulgaire. Le système de (Galilée, celui de Copernic, l'attraction de Newton, la méthode de Descartes, la langue des calculs de Condillac, ont d’abord été regardés comme des paradoxes dond il fallait se défier, “puis le ane humain tout entier s’est prosterné devant le génie; J.. Rousseau aussi a été traité d'esprit paradoxal, et ne ètre at-il en effet un peu trop sacrifié au paradoxe; mais ses ouvrages n “étincellent pas moins de vérités et «de beautés sublimes,
Empruntons à Cicéron un exemple de cette espece de figure, Il dit dans son traité de PAmitié : ?
# Malgré leur absence, ils sont présens ; malgré leur
pauvreté, ils sont dans l’abondance ; malgré leur faïblesse, ils ont de la vigueur; et ce qui est plus difficile a cire, () après leur mort, ils vivent encore, tant es{ vif le respect, le souvenir, le regret de leurs amis.”
M. de St. Albin devait-il prendre à la lettre létymoloyie grecque du mot paradoxe, ne devait-il pas plutét raisonner & vulgari usu loquendi, : a dù savoir que Pacception vulgaire et commune du paradoxe suppose une idée où une proposition réellement fausse. C’est ainsi, par exemple, que Jes traducteurs français de Zuchariæ lPentendent quand ils traitent de paradoxe la doctrine du professeur Renaud, de Îa faculté de Berne, qui prétend que l'opinion des jurisconsultes français, qui ont etiseigné généralement que jusqu'à Pacceptation, l'hériter n'était pas saisi passivement de la succession, ne peut se concilier scientifiquement avec la maxime coutumière : Le mort saisit le vif. (°)
M. de St. Albin dit que les systèmes de quelques grands génies “ont d’abord été reg ardés comme des paradoxes dont il fallait se défier.” "Il convient par là mème que ce n'étaient pas vraiment des paradoxes, et par conséquent que le paradoxe véritable contient une proposition, un système faux réellement. Le système d'application des principes de la géométrie au droit, qui est du chancelier d’Aguesseau, est un véritable paradoxe, (*)
Le passage que nous avons cité au long sur le paradoxe, ne contient pas que cette seule contradiction. En tête de la page, le paradoxe est un argument, une proposition, puis une figure au bas, sans que rien n’explique cette transition.—M, de St. Albin prend-il les systèmes de Copernic et de Galilée pour des figures!
Quant au portrait des amis peint par Cicéron, il est en
(1) Difficile dictu pourrait être rendu plus élégamment, (2) Revue de Wollowski.
(3) Voir le supplément.
bunt. Ant) 0 DD Len
eftet figure, mais sans pour cela être paradoxal. Une antithèse n'est pas un paradoxe, et ainsi le paradoxetigure de notre auteur doit disparaitre comme son bon paradoxe. (*)
Son exemple de mauvais paradoxe: “ L’affection déshonore parce qu’elle annonce la disette,” n’est ni un bou ni un mauvais paradoxe, mais une chose dépourvue de sens. Ceux qui sacrifient au paradoxe ont le som de parler comme des hommes sensés: ainsi fesait J, d. Rousseau.
Mais ce n'est pas tant dans les livres de logique que l’on trouvera une véritable instruction sur le sophisme, que dans les écr'ts de Jérémie Benthan, qui a classé avec une admirabie précision tous les sophismes imaginables. Avertissons néanmoins qu'en attribuant 1ci a ce célèbre jurisconsulte et publiciste, comme dejà nous l'avions fait dans notre revue critique du Projet de Code Criminel de honorable William Badgley, publiée dans la Minerve de 1851, une force invincible de dialectique, nous ne dissimulons pas qu’il est tombe quelquefois luimême duns le sophisme ou tout au moins dans Je paradoxe, dont jamais personne n’a été entièrement exempt. Tel est certainement Bentham quand il admet l’inculpation de soi-même comme une obligation ; que le silence est une confession de fait; que l’on peut exécuter le muet volontaire ; et que si on le fait, il est coupable d’un suicide.—Tel est Bentham quand il blâme la prérogative d’absoudre, erreur commise également par lillustre Vattel. (?) Malheureusement il était faible sur le droit Ro-
(1) Voilà le paradoxe pris dans sa bonne acception, dit-il, à propos de l’antithèse de Cicéron. Ce qu’il dit dans ce paragraphe, joint à la circonstance qu’il traite le sorite comme sophisme, exeuse suffisamment M. de La Romiguière d'avoir cru qu’il fesait un argument du sophisme et du paradoxe, ce à quoi il ne paraît point trouver à redire Iui-méme.
(2) Nero qui condemnare potest, absolvere non potest, dit Ulpien. Qui lacet non ntique fatetur, dit-il encore; 4s qui lacet, non faretur dit la règle du droit 44e dans le Sexte de Boniface VIT.
A9 LOGIQUE JUDICIAIRE
main. À part ces quelques erreurs, il a le mérite inappréciable de n’avoir pas pardonné aux jurisconsultes et aux législateurs une seule mauvaise loi, un seul sophisme, une seule fausse induction.
Ante judicium nemo cogitur de suo Jure aliquid respondere dit la loi première De interrogationibus. Nemo tenetur edere contra sr Jjit le Droit Canon.
GASAND
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