‹ Essai de logique objective; ou, Théorie de la connaissance de la vérité et de la certitudeChapitre 45 sur 53 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Es^nlMte de la Critique de la raUea pure de WLmui»

Introduction.

Il y a deux sortes de connaissances, suivant qu'elles sont expérimentales ou a posteriori, ou qu'elles sont rationnelles ou a priori.

Il y a de même deux sortes de jugements, suivant que l'attribut est évidemment contenu dans le sujet, ou qu'il s'en distingue et s'y ajoute. Dans le premier cas les jugements sont analytiques^ dans le second synthétiques. Les propositions : Tous corps sont étendus, quelques corps sont pesants, peuvent servir d'exemples.

Tous les jugements où la simple analyse du sujet suffit pour en trouver l'attribut sont a priori , par leur forme au moins, c'est-à-dire par le rapport de l'attribut au sujet, et se fondent sur le principe de contradiction. Leur possibilité est tellement évidente qu'elle est nécessaire.

11 y a deux sortes de jugements synthétiques, les uns dont la matière est expérimentale, et où le rapport de Tattribut au sujet est donné par le fait même de la coexistence de ces deux choses ; les autres dont la matière est rationnelle, au moins dans Tun de ses éléments, et oti le prédicat n*est point contenu dans le sujet comme il Test dans les jugements analytiques, ni lié empiriquement au sujet comme dans les jugements de pure esférience.

Les jugements synthétiques de la première espèce sont a posteriori, et leur possibilité prouvée par le fait môme de Tunion empirique de l'attribut au sujet. Les jugements synthétiques de la seconde espèce sont a priori. Leur possibilité n'est point fondée sur le principe de contradiction, comme dans les jugements analytiques, ni sur l'expérience même, comme dans les jugements synthétiques a posteriori. Quel en est donc le fondement? quelle est la raison, par exemple, de cette proposition : Tout ce qui arrive a sa cause, où le rapport du prédicat au sujet n'est pas seulement universel, mais nécessaire sans toutefois que le prédicat soit la même chose que le sujet ou une partie du sujet? Par le fait de celte différence d'une part, ce jugement est bien synthétique ; par cet autre fait cependant de la nécessité et de l'universalité du rapport, ce même jugement est bien a priori.

Comment donc procède l'entendement pour opérer une liaison de celte nature, et quelle est la légitimité de cette opération? En d'autres termes : Comment les propositions synthétiques a priori sont-elles possibles ? Telle esl la grande question qu'il s'agit de résoudre, c'est la question fondamentale de la métaphysique.

Répondre à cette question, c'est donc faire l'examen de ce que peut ou ne peut pas la raison en matière de

jugements synthétiques a priori, et par conséquent de métaphysique; c'est faire la critique de la raison pure, raison qui est la faculté des idées pures ou dégagées de tout élément empirique.

Mais quelles sont ces idées pures de l'entendement ou de la raison? Comment les obtenir? Comment en faire l'analyse? Comment établir la légitimité ou l'illégitimité de leur application? Telles sont les questions secondaires qui font l'objet de la critique de la raison pure, et qui sont dès lors la matière d'une philosophie transcendantale.

Cette philosophie se divise naturellement en deux grandes parties, suivant qu'il s'agit de la recherche des opérations de l'esprit en ces sortes de matières, ou de la direction à lui donner, c'est-à-dire de la méthode. Les subdivisions sont celles-là mômes qui vont suivre.

Esthétique transcendantale.

Les deux sources de nos connaissances sont la sensibilité et l'entendement. Des objets nous sont donnés par l'une, Qi pensés par l'autre.

La sensibilité est la faculté d'avoir des représentations des objets. L'entendement est au contraire la faculté de penser. L'une donne des intuitions, l'autre des concepts. Les intuitions se rapportent imrhédiatement aux objets, les concepts aux intuitions. Les concepts no se rapportent aux objets que d'une manière médiate.

Mais il y a deux sortes d'intuitions, suivant qu'elles sont empiriques ou pures. Les premières sont la matière des secondes; ce sont les phénomènes, dont l'espace et

le temps sont la forme. L'espace et le temps sont donc deux intuitions pures.

La science des formes, des phénomènes, des intuitions, ou de la sensibilité, prend le nom diesthéiique transcendantale.

La double forme des phénomènes n'étant pas une sensation, n'est pas fournie par les sens ; elle est le produit d'une autre faculté, de la sensibilité pure , et préexiste à la représentation qui en reçoit sa forme, qui n'est possible que par elle. C'est donc l'intuition pure ou a priori.

De cette double forme des phénomènes, l'une se rapporte exclusivement aux externes, c'est l'espace ; l'autre, le temps, se rapporte immédiatement aux internes, et médiatement aux externes. Les phénomènes externes se conçoivent et se coordonnent dans l'espace, et les internes dans le temps.

Le sens intime n'est pas le sentiment de l'âme ellemême, c'est celui de ses états. De même le sens externe ne donne des choses du dehors que leur forme, leur grandeur, leurs rapports respectifs , et nullement leur nature propre.

Comme on l'a déjà dit, l'espace et le temps sont des représentations a priori antérieures à toute expérience et qui en sont la raison, la coudition de leur possibilité. De plus, ces deux intuitions pures sont absolument nécessaires, en ce sens qu'on ne peut les anéantir par la pensée, comme on fait de la matière des phénomènes. Les axiomes qui s'y rapportent ont une certitude démonstrative, par exemple : Différents espaces ne peuvent être successifs ; — différents temps ne peuvent être simultanés.

Les notions d'espace et de temps sont encore très remarquables aux titres suivants : T nous ne pouvons

nous représenter qu'un seul espace et un seul temps ; le tout ne résulte pas ici des parties, ce sont au contraire les parties qui supposent le tout ; 2° tous les principes qui les concernent, tels que les axiomes ci-dessus , sont des jugements synthétiques; 3° le temps et Tespace sont conçus comme des grandeurs infinies.

D'où il suit V que les notions d'espace et de temps sont non pas des idées générales, mais des intuitions, et des intuitions a priori; T que ces intuitions ne sont pas des créations de la fantaisie, mais deux formes de la sensibilité; 3" que le temps et Tespace n'existent par conséquent ni en eux-mêmes ni à titre de propriétés inhérentes aux choses; 4° que les choses extérieures n'ont par elles-mêmes aucune étendue , aucune des propriétés qui dépendent de celle-là ; que , de même, les choses internes ne sont en soi ni simultanées ni successives. Ces manières de voir, ou plutôt de concevoir ne sont que des apparences inséparables des phénomènes , les seules choses du dedans comme du dehors que nous connaissions. Tout ce que nous croyons connaître en dehors des phénomènes nous est en réalité parfaitement inconnu, c'est un objet transcendantal que nous n'avons pas le droit d'affirmer ni de nier.

Logiqae transcendantale.

La science des formes de la pensée prend le nom de logique transcendantale. A la différence de la logique générale ou subjective, qui ne s'occupe que des lois de la pensée, comme conditions de son accord avec elle-même, abstraction faite de la matière, la logique transcendantale au contraire s'occupe de la

matière de la pensée, suivant qu'elle est empirique ou rationelle , et par conséquent de son origine et de son objet ; car il s'agit précisément de savoir de quelle manière l'entendement peut juger synthétiquemenl «jonon; comment il peut produire les concepts qui lui sont propres, qui sont, eu ce sens, fout subjectifs, et les appliquer cependant aux objets ; comment ces concepts peuvent ainsi avoir une réalité objective, et jusqu'à quel point.

On ne peut résoudre ces questions qu'en faisant pour ainsi dire la reconnaissance ou l'inventaire de tous ces concepts, en traçant les limites du domaine oti leur application est légitime, en montrant qu'en dehors de ces limites l'application de ces concepts est vicieuse, erronée. De Ih deux parties de la logique transcendantale, V analytique de l' entendement ^ et la dialectique de la raison pure.

Analytique des concepts de Pentendement.

L'entendement , par la pensée ou jugement , donne aux intuitions déjà formées par les intuitions de la sensibilité pure, une forme nouvelle, en y appliquant les concepts nécessaires^ et par conséquent a priori^ qu'il produit dans tout jugement.

Autant donc de sortes de jugements, autant de formes de la pensée, ou de concepts a priori.

Or, les jugements étant de quatre sortes, suivant qu'ils sont considérés quant à la quantité, à la qualité, à la relation et à la modalité, et se distinguant dans chaque sorte en trois espèces, il s'ensuit qu'ils donnent naissance à douze formes de la pensée, formes qu'on appelle aussi catégories. On saisira mieux cet ensemble par le tableau suivant :

4» Quantité

2» Qualité

3» Relation

4» Modalité

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