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V. ULCÉRATIONS D’'ORIGINE INFECTIEUSE

L’infection est une des causes les plus importantes d’ulcérations gastriques. — Nous entendons préciser que, dans ce cas, l'infection greffée au niveau de la muqueuse gastrique provoque une ulcération qui, sous influence de lhypersécrétion évoluera ultérieurement vers l’ulcère; cette infection originelle est bien différente de linfection-complication greffée secondairement sur un ulcère vrai. |

Berkeley Moynihan avait déjà signalé la fréquence d’ulcères à la suite de poussées aiguës de suppurations bucco-faciales : abcès dentaires, amygdalites,

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sinusites; Helmholtz avait même pu observer de véritables épidémies d’ulcères gastriques.

L’infection de la muqueuse gastrique nous ot avoir deux origines :

— une origine aéro-digestive,

— une origine sanguine.

La première est avant tout de cause buccale. Depuis longtemps, on avait été frappé de l’état défectueux de la dentition des ulcéreux et des infections gingivales qu’ils présentaient. C’est ce que Haden et Bohan ont récemment confirmé; sur 19 malades porteurs d’ulcères, 12 présentaient des abcès gingivaux; 45 lapins reçurent des injections de cultures sur bouillon provenant de ces malades; 53 % d’entre eux présentèrent à l’autopsie des lésions gastro-duodénales; en même temps, 335 autres lapins ont reçu des injections intraveineuses de cultures d’infections dentaires de 191 sujets non ulcéreux; 7 % des animaux ont présenté des lésions analogues. Toutes les cultures employées renfermaient des streptocoques purs ou associés au staphylocoque.

Sans vouloir nier la possibilité de septicémies à. point de départ dentaire, nous croyons vraisemblable: que les germes sont déglutis avec la salive et les aliments : arrivés au contact d’une muqueuse gastrique peut-être déjà dévitalisée par des traumatismes liés à la tachyphagie, ils se développent in.

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situ, engendrent une gastrite localisée, suivie d’ulcération. Quoiqu’au cours de leurs expériences Haden et Bohan aient utilisé la voie humorale pour produire des ulcérations à l’aide de germes d’origine dentaire, les résultats obtenus confirment de toute: façon le rôle de l’infection. D’autre part, si l’on admet l'infection de l'estomac par voie aéro-digestive, cette notion semble infirmer la théorie classique de la stérilité du milieu gastrique; Abelous y avait déjà découvert 16 espèces de germes différents; Roger, 70; Gilbert et Dominici avaient compté 49.000 bactéries par millimètre cube dans le contenu stomacal du chien quelques heures après le repas. |

L’infection par voie sanguine réalise également des ulcérations gastriques. Certaines septicémies streptococciques, pneumococciques, la fièvre typhoïde, certaines infections locales comme la diphtérie peuvent déterminer des foyers de nécrose, des abcès miliaires, des infarctus qui, à leur ouverture, forment une ulcération. D'ailleurs, dans la production de ces ulcérations, il semble que l’on doive faire intervenir le rôle des leucocytes; ce sont eux qui entrent en lutte contre les éléments microbiens et concourent à former les abcès miliaires qui s’ouvriront dans la cavité gastrique par digestion de la paroi de celle-ci : c’est ce que Mathieu et Moutier ont intitulé la « sape sous-

muqueuse ».

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Parmi les infections chroniques, on a beaucoup insisté sur le rôle de la tuberculose et surtout de la syphilis.

Il est indiscutable que la tuberculose produit des ulcérations au niveau de l’estomac comme au niveau des autres portions du tube digestif. Quénardel, dans sa thèse, rappelle que ces ulcérations surviennent avant tout chez des malades déjà porteurs de tuberculose viscérale, péritonéale, ganglionnaire, intestinale, mais surtout pulmonaire. On admet que ces lésions gastriques sont consécutives à une poussée septicémique bacillaire; on peut encore soutenir que l’ingestion de crachats baoillifères peut également les réaliser. — Ces lésions tuberculeuses de l'estomac - dont l’existence est prouvée anatomiquement et cliniquement, ne nous paraissent pas devoir être considérées comme des ulcères vrais de l’estomac, attendu qu’elles s’accompagnent d’hypochlorhydrie; malgré l'opinion de Sophus Bang qui a décelé l’association de l’ulcère et de la tuberculose dans 34 % des cas, nous croyons que les lésions gastriques de la tuberculose ne sont qu’une localisation contingente de cette maladie.

Quant à la syphilis, elle a donné lieu à de nombreux travaux et de nombreuses discussions.

Pour Mariano Castex, tous les ulcères gastriques ou duodénaux seraient d’origine syphilitique héréditaire ou acquise. Cade et Morenas estiment que 10 % des ulcères sont syphilitiques. Lenoir élève cette proportion à 25 %; par contre, Surmont n’a trouvé la

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réaction de Bordet-Wassermann positive que dans 5,5 % des cas, c’est-à-dire dans une proportion analogue à celle d’autres maladies; pour G. Lion, les lésions syphilitiques gastriques sont très différentes de celles de l’ulcère simple; pour Cornil, Hayem, Lion, Loeper et Bory, l’ulcère est formé aux dépens de tissus scléro-gommeux, les lésions d’artérite thrombosante associées sont également caractéristiques. Enfin, cliniquement, on sait que l’un des principaux symptômes est constitué par l’hypochlorhydrie : ce caractère nous semble suffisant pour ne pas considérer les ulcérations spécifiques de l'estomac comme des ulcères vrais; l’hypochlorhydrie nous paraît liée aux troubles circulatoires consécutifs à la thrombose artérielle; ces modifications de la sécrétion ont été d’ailleurs observées par Contejean à un point de vue purement physiologique. En outre, ces ulcérations guérissent sous l’action du traitement antispécifique. — Nous estimons donc que les ulcérations syphilitiques de l’estomac sont d’origine ischémique, c’est-à-dire consécutives à l’artérite thrombosante; elles disparaissent dès que la perméabilité vasculaire est rétablie. Elles ne sauraient en tout cas évoluer vers l’ulcère vrai, attendu qu’elles sont associées à l’hypochlorhydrie. Toutefois nous pensons que la syphilis joue un rôle dans la production de l’ulcère vrai, mais par un processus très différent : nous l’étudierons plus loin en traitant de l’hypervagotonie.

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