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LA MORT

Un feu qui s'allume augmente d'intensité, décline, puis s'éteint faute d'aliments, est l'image exacte de la vie. L'acte générateur allume un nouveau foyer qui couve d'abord et commence à se révéler à la naissance. La nourriture et les soins entretiennent et activent cette combustion, c'est l'enfance. Une flamme scintille, monte, resplendit, c'est l'âge mûr. C'est le moment pour ce foyer de se dédoubler pour en allumer d'autres. Lentement, sans que l'ardeur paraisse diminuée, la combustion achève de dévorer les matériaux, il ne reste bientôt plus que des braises et des cendres, c'est la vieillesse et la mort.

Vouloir entretenir un feu avec des pierres, serait l'éteindre aussi sûrement qu'en y versant

de l'eau. Le bois est l'aliment naturel de toute combustion. De même, certaines substances seront les facteurs actifs de notre vie, tandis que d'autres lui porteront des coups funestes. Une nourriture simple qui se borne à la cuisson des aliments est éminemment favorable au corps humain. Au contraire, l'art des cuisiniers, leur manie de déguiser les substances, leurs sauces épicées, incendient l'estomac et corrodent l'intestm. L'eau, si largement mise à notre disposition par la Providence Divine, devrait être notre unique boisson. L'homme qui ne sait qu'imaginer pour se détruire, préfère le vin et toute l'odieuse collection des spiritueux. Le tabac, lui aussi, hélas I est un ennemi d'autant plus redoutable qu'il endort progressivement notre méfiance et mate notre énergie.

Les exercices sportifs, dont la caractéristique est d'être réglés à volonté, favorisent le jeu de nos organes et les entretiennent dans une jeunesse prolongée. Les bals et les spectacles nocturnes sont désastreux pour la santé. Les jouissances tranquilles des beaux arts émeuvent nos âmes sans ébranler fortement nos nerfs.

La longévité de l'homme tient surtout à la pratique de la vertu. Les passions détruisent les tempéraments les plus robustes. S'en tenir

à son travail, ne jamais excéder ses forces, bannir de son cœur toute convoitise, ce sont autant de conditions indispensables à la santé non moins qu'au bonheur.

L'insomnie est un fléau contemporain qui décime certaines populations. Jadis, dès que la nuit arrivait, la famille se massait autour de la cheminée, écoutait les contes fantastiques du passé. Leur vertu soporifique et la lueur sépulcrale d'une mèche baignant dans l'huile écourtaient la veillée. Les jer.nes gens plus pressés, les vieillards plus récalcitrants, s'engouffraient rapidement dans leurs lits hauts comme un catafalque et s'ensevelissaient dans la plume. Le soleil était le régulateur de la vie humaine. Les perfectionnements de l'éclairage, la rage de jouissances qui s'est emparée des générations actuelles, ont changé tout cela. Partout les hommes veillent plus longtemps. Les villes se sont créé, grâce aux théâtres, aux concerts, aux bals, aux cirques, une existence nocturne. Des milliers de gens, par plaisir, des milliers d'autres par profession, font de la nuit le jour. Des corps de métier, boulangers, postiers, employés de chemin de fer, acteurs, machinistes, se livrent à l'exercice de leur profession, alors que tous devraient dormir.

Le corps humain n'a pas changé ; ce qui était autrefois hygiénique ou malsain est resté tel. Les heures de sommeil avant minuit ont toujours compté double. Ils sont d'ailleurs peu nombreux les noctambules qui consentent à donner au sommeil le nombre d'heures que réclame la nature. Le plus souvent, ils veulent, malgré leur fatigue, profiter de la clarté du soleil ; le bruit de la foule les pousse à sortir du lit.

Aussi, que de physionomies ravagées, que de crânes dénudés, que d'êtres vieillis avant le terme, nous rencontrons dans les foules urbaines. Comme ce serait le cas de répéter encore une fois avec Virgile : « 0 trop heureux campagnards ! S'ils se rendaient compte de leurs avantages. »

Plus le cerveau travaille, plus il réclame de repos. Si les animaux ne prennent que quelques heures de sommeil, c'est que leur vie est machinale et qu'un vague instinct suffit à les diriger.

Il faut reconnaître que certains hommes, même des plus illustres, entraînés par leur ardeur au travail et servis par une constitution de fer, ont pu, pendant une partie de leur existence, allonger les heures d'étude au détriment de leur repos. Heureux du résultat acquis, fiers de leurs efforts,

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ils ont iiisj lutililé dun sommeil prolongé. Ivxagcration regrettable 1 généralisation trop hâtive qui fait d'une exception la règle générale. Malgré des apparences chétives, un Voltaire, un Fontenelle, un Littré, possède toujours une résistance physique en rapport avec l'étendue de son intelligence. Il y a aussi des hommes qui chérissent le paradoxe, qui cherchent à stupéfier leurs semblables, qui croient rehausser leur faible mérite en soutenant des thèses douteuses, souvent même notoirement fausses. Ces brillants esprits citent avec complaisance le précepte de l'école de Salerne : u Six heures de sommeil suffisent au jeune homme et au vieillard, sept au paresseux, ce nest qu'au pourceau qu'il convient d'en accorder huit. )> Ils oublient de dire que la sieste n'est pas comprise dans ces chiffres. L'homme qui dort six heures de nuit et quatre de jours dort dix heures. C'est un repos largement suffisant et nous aurions un tort énorme à en demander davantage.

La mollesse contemporaine est désastreuse pour la société. Les métiers qui exigent une dépense de force sont délaissés. La conséquence est que tout renchérit. Certains travaux de campagne qui demandaient une main-d'œuvre considérable pour ne rapporter que très peu ne

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s'exécutent plus et la civilisation mal comprise nous ramène à la barbarie.

Pour l'individu, ce bien-ctre où il se vautre l'use plus rapidement que l'effort musculaire. Les substances minérales, qu'une peau proprement tenue est chargée d'expulser, s'éliminent par les reins. Ces malheureux organes surmenés ne peuvent plus arriver à suffire à leur tache. C'est pourquoi les arthritiques, diabétiques, albuminuriques. sont légion.

Le monde moderne a trop de tramways, de moteurs de tous genres. Les rares manouvriers qui pratiquent encore l'effort musculaire se considèrent comme des martyrs. Ils devraient au contraire s'estimer privilégiés.

Les populations urbaines n'ont même plus la force de se hisser dans une voiture. Il leur faut des véhicules bas, si près de terre qu'on n'ait plus qu'à s'y laisser tomber.

Les effets de cette mollesse, qui laisse ainsi rouiller nos organes, sont aggravés par l'abandon de la plus hygiénique des pratiques, la propreté de la peau. Le jeu du disque et les bains ont permis aux Romains de se livrer impunément à tous les excès de la débauche. Chaque jour, ces maîtres en l'art de vivre joyeusement pratiquaient une sorte de « pansage » ; ce

tonne d'écurie est seul assez fort pour donner une juste idée de l'opération. La séance aux Thermes consistait en douches, en de nombreux plongeons dans la piscine, en un massage ou la la friction au strigillum. Leur peau souvent à l'air et au soleil n'était pas une misérable baudruche anémique et facilement écorchée ; c'était une enveloppe protectrice résistante. Les légions conquérantes passaient impunément du froid au chaud, comme elles traversaient jambes nues les opuntias d'.Vfrique ou les ronciers de la Ciaule. Le hammam est la fontaine de Jouvence des Orientaux.

Après des siècles de « pourriture, » la société française se lave enfin, mais ce n'est qu'un essai timide. Que de temps, que d'efforts il faudra pour inculquer à la masse seulement l'idée de s'asperger autre chose que le visage et les mains. Etre propre, pour la foule, c'est avoir du linge blanc et des habits brossés. C'est quelque chose sans doute, mais non le plus important. Ouvrir largement les pores de sa peau, telle est la véritable propreté.

Le vêtement contemporain est d'ailleurs absolument défectueux. Laissons de côté la question esthétique, bien qu'elle ait son importance. Trop de gens se sont élevés à juste titre contre

la laideur de nos costumes et de nos coiffures pour revenir une lois encore sur ce sujet. Les vêtements modernes n'ont même pas le mérite de satisfaire aux préceptes de l'hygiène. Pourquoi ces instruments de torture qu'on nomme les faux-cols P Pourquoi ces pans de jaquette qui ballottent au vent ? Pourquoi ces pantalons tantôt étroits, tantôt évasés ? Que dire des chaussures, si ce n'est qu'elles ont résolu, au détriment du public, le problème du contenant plus pelit que le contenu.

Le costume contemporain, né sous le climat pluvieux de Londres et de Paris, est aussi impraticable par les grands froids que par les grandes chaleurs.

La tunique romaine largement ouverte au col, découvrant les bras depuis le coude et s'arrêtant aux genoux, était le vêtement primitif amélioré et définitivement fixé. Pourquoi ne pas l'avoir conservée P Elle eut été froide dans l'Europe centrale et septentrionale, mais il était toujours possible de la recouvrir d'un manteau. Le pantalon est non seulement gênant, mais, par le temps de boue, il est sale. Pourquoi le laisser tomber jusqu'aux pieds ? Il serait facile d'éviter les plis disgracieux, le flottement.

Quand au costume des femmes, il vaut mieux n'en rien dire. D'ailleurs, il change si souvent, que d'un semestre à l'autre il passe d'une exagération à l'outrance la plus opposée. Mais, qu'il soit large, qu'il soit serre, on peut être sûr qu'il sera toujours absurde et dispendieux. Il semble que couturiers et modistes n'aient en vue que la déformation de la race non moins que la ruine des familles. D'ailleurs, cette habitude insensée de changer complètement la forme de son vêtement, sans autre raison que le caprice de la mode, est un trait de folie. Ne vaudrait-il pas mieux que la femme mît son point d'honneur à conserver le costume de ses aïeules ? Un jury d'artistes et de médecins déterminerait une fois pour toutes le modèle et nous n'aurions plus sous les yeux le spectacle, renouvelé à chaque saison, de l'incohérence et de l'abomination.

Les habitudes européennes sont trop souvent basées sur des préjugés ou le manque d'observation. Alors que tant de millions d'hommes, de nos jours, se déchaussent par politesse, nous gardons imperturbablement nos souliers imprégnés de la poussière ou de la boue du chemin. Nos pieds ne sont cependant pas faits pour rester toujours enfermés dans une prison plus ou

moins étroite. Leur face plantaire est le siège dune sensibilité spéciale. Le froid du sol, les frottements variés exercent une influence utile à l'organisme. Avec les chaussures nous supprimons cette excitation. Mais la nature ne fait rien sans raison. Tant pis pour nous si nous méconnaissons ses vues. Sa vengeance arrive sûrement.

Les Japonais ont formulé un décalogue de la sanlé dont les principes sont très justes avec quelques corrections et sans perdre de vue qu'il s'agit de préceptes extrême-orientaux à l'usage d'extrême-orientaux. Les six heures de sommeil, le bain bouillant, sont des propositions à ne recevoir qu'après correction :

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