VIII. Eviter toute explo^^ion de passion. I\. Se marier
X. Prendre modérément du thé, du café ; ne pas fumer, ne pas boire d'alcool.
L'évaluation de la longévité humaine est une de ces questions où les opinions les plus con-
Iradictoires se donnent libre carrière, La durée normale de l'organisme est-elle im siècle ou a peine un demi-siècle P Chacun soutient son avis avec d'autant plus d'ardeur que nul ne songe à apporter des preuves à l'appui. Pourtant, il existe une base irréfutable : la longue période qui s'écoule avant que l'homme atteigne son développement complet.
La vingtième année réalise, pour l'ensemble de l'humanité, l'épanouissement de l'intelligence et de la force. Voilà un point culminant qui va nous servir de repère. Jusqu'à ce moment, il a fallu à l'animal-homme ses géniteurs. La nature est trop prévoyante pour manquer à cette règle, sans laquelle aucune espèce, d'autant plus lente à se développer qu'elle est supérieure, n'aurait pu exister. C'est donc pour les pères et mères une durée normale de quarante ans. Mais une génération peut manquer. Les accidents de la vie sont fréquents. Le Créateur qui a classé tous les êtres, assignant à chacun son but, a prévu que certains manqueraient et qu'il fallait pourvoir à leur remplacement. C'est pourquoi le terme moyen parait reculé à soixante ans.
Beaucoup de gens s'imaginent que jadis tous les hommes atteignaient un âge avancé. C'est
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une erreur. Autrefois, la vie était plus normale, plus rude, se passait davantage au grand air. Surtout la mortalité infantile considérable exerçait une sélection, en ne laissant vivre que les plus robustes. De nos jours, l'atmospbère empestée des grandes villes et leurs excitations malsaines détruisent prématurément un grand nombre d'hommes. La falsification des denrées, la diffusion des poisons tels que l'alcool, le tabac, l'opium, produisent des ravages.
Malgré cela, la moindre fréquence des guerres, l'endiguement des épidémies, l'atténuation des famines permettent à beaucoup d'individus d'aller jusqu'à la limite des dernières ressources de leur organisme.
Mais, riches ou pauvres, puissants ou infirmes, vertueux ou scélérats, tous les humains arrivent à cette échéance fatale : lamort. L'homme répugne à l'évocation de cette fin de son être, aussi cruelle qu'inévitable. Cette pensée de n'être plus rien, de ne plus jamais revoir les créatures qui nous sont chères, révolte à tel point l'humanité qu'elle s'est empressée d'admettre l'hypothèse d'une vie future. Si quelque idée eût dû paraître invraisemblable, à coup sûr c'était celle-là. Elle a pourtant été admise sans discussion et. lorsque des voix discordantes se
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soDt fait entendre, ce n'était point dans les peuplades barbares, mais au contraire dans les sociétés retombant à la décadence après une civilisation trop raffinée.
Le matérialisme moderne a cherché à s'abriter sous l'égide des découvertes nouvelles. Si les sciences ont progressé, si les conditions de la vie ont changé, les arguments matérialistes sont restés les mêmes. Ils ont pour base l'égoïsme qui ne veut admettre aucune barrière.
Vouloir que les phénomènes affectifs et volontaires soient une simple fonction du cerveau, c'est essayer de faire tenir l'immensité de l'Océan dans un dé à coudre. Cette faculté que possède l'homme de percevoir, analyser, synthétiser, se déterminer, non pas seulement en présence des objets émotifs mais souvent à distance, est en contradiction formelle avec les actes matériels. Il y a incompatibilité d'essence. Par notre imagination, nous errons à volonté dans l'espace et dans le temps. Lisons-nous de l'histoire, nous nous reportons à l'époque, nous ressentons des préférences, des antipathies, nous revivons les scènes.
Notre corps, cette animalité qui nous cloue en place, pourrait-il se reporter en arrière, lui qui est impuissant à retarder d'une minute sa dé-
chéance ; comment, en un clin d'oeil, franchiraitil les monts, les fleuves, les déserts, quand pour un petit trajet il a besoin de tant de complications.
L'animal est tout entier à la sensation présente ; dès qu'elle disparait, il n'y pense plus, L'homme n'est pas de même, il tire une leçon de l'expérience et perçoit ce que l'animal ne comprendra jamais, l'abstrait.
Tous les hommes n'ont pas au même degré l'esprit ouvert aux conceptions métaphysiques^, c'est souvent une question d'éducation ; aucun n'est absolument réfractaire. La faculté qui coordonne les opérations intellectuelles et les perceptions sensorielles est l'âme. Il n'y a aucune raison de rejeter que le cerveau en soit la résidence, puisque là viennent aboutir, comme autant de communications télégraphiques, toutes nos sensations, qu'elles soient organiques ou causées par la vie de relation. Mais le cerveau n'est pas l'âme elle-même, il n'est que son instrument, peut-être sa prison.
Dans le système matérialiste, la mort est l'anéantissement de notre être complet. Pour tous les philosophes qui n'ont pas cette manière de voir, l'existence de l'âme implique son immortalité. Cette faculté d'assembler des impressions
diverses, d'émettre des jugements, d'imposer sa volonté au corps, est non seulement distincte de notre enveloppe matérielle, mais possède forcément l'unité. Si cette faculté, (continuons à nous servir de ce terme), n'était pas une, la coordination de nos opérations intellectuelles ne pourrait pas avoir lieu. Qui donc alors dissociera cette unité ? Il y aura forcément séparation du corps qui est un assemblage d'organes corruptibles et de l'âme immatérielle.
Après la mort, cette âme retournera naturellement vers son Créateur, de même nature qu'elle-même, vers Dieu.
Les prêcheurs, à quelque religion qu'ils appartiennent, n'ont donc pas tort lorsqu'ils nous parlent de la survie et même du jugement pos thume. Le corps retombe en poussière, mais l'âme immortelle, consciente, capable d'opter entre le bien et le mal, sera traitée selon sa conduite passée.
Dieu ne fait rien sans raison. S'il a donné à l'homme une intelligence, s'il lui a permis de s'élever aux conceptions les plus pures et les plus nobles, c'est afin que cette créature y conformât sa vie. Le cheval est fait pour courir, 1« poisson pour nager, l'homme pour être bon.
S'abaisser à la méchanceté, devenir assez in-
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fâme pour éprouver de la jalousie, ne pas être saisi d'indignation à la seule pensée du vol et du meurtre, c'est abjurer la dignité humaine.
Non moins effrayant que l'ignorance de l'audelà, est le passage de la vie à la mort. La terreur de l'inconnu est doublée par l'acuité des souffrances. A moins d'être brusque et causée par un accident fortuit, la séparation des éléments humains s'accompagne de douleurs d'autant plus affreuses que l'être avait plus de vitalité. Le vieillard arrivé à la limite de ses forces s'éteint doucement, mais ceux que terrasse une maladie aiguë souffrent de la façon la plus horrible. C'est pourquoi les hommes évitent d'évoquer cette pensée. Cependant, comme les opinions les plus contradictoires ont eu leurs partisans, il s'est rencontré jadis des Etrusques pour associer l'image de la mort à leurs réjouissances.
De nos jours, le Chinois exhibe son propre cercueil et s'y couche de temps à autre avec complaisance.
La terreur de la mort est excitée au plus haut point par le Christianisme. Une pensée coupable effleure l'âme, la volonté chancelante d'un malade ne la repousse pas et voilà que par ce seul péché l'œuvre d'une vie entière est annihi-
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lée. Cette théorie est sévère et mesquine. Elle s'accorde bien mal avec l'idée de la bonté infinie de Dieu.
Cette fois encore, aveuglés par l'excellence du but, les prêcheurs l'ont dépassé.
Nous rencontrons rarement parmi les chrétiens ces belles morts, calmes, presque souriantes, dont les écrivains de l'antiquité nous ont laissé le récit. Les chrétiens les plus sages, surtout ceux-là, sont assaillis de craintes à l'approche de la mort. Il y a là une déchéance qu'on ne saurait trop regretter. L'homme ne devrait jamais perdre de vue que la seule préparation à la mort est une vie vertueuse. Puis, nous devons avoir confiance en Dieu. Nous n'avons pas été créés pour le malheur et la souffrance. Si notre Créateur veut nous reprendre de certaines fautes qui ont pu échapper aux sanctions humaines, il ne le fait qu'avec justice et modération.
La corrélation existera toujours entre la faute et le châtiment. L'erreur d'une minute, si complète fût-elle, n'entraînera jamais les épouvantables conséquences que certains dogmes se sont complus à nous montrer. L'homme doit mourir comme il a vécu, non dans la crainte de Dieu, mais dans l'amour de Dieu.
Dans les rues, sur les places, passent des gens fringants, sûrs d'eux-mêmes, infatués de leur personne, aveuglés sur leur valeur. Ils paradent dans les hippodromes, au théâtre. Aucune fête publique ou privée ne se passerait de leur personne. Tous ces êtres se croient indispensables à la marche de l'univers ; ils s'affichent, sont pointilleux à l'excès, revendiquent sans cesse quelque faveur, ne se lassent pas d'exalter leur fortune, leurs ancêtres, leurs services. La mort, que nulle considération n'arrête, les saisit enfin. De pompeuses funérailles sont célébrées. Une main, plus ou moins discrète, insère dans les journaux une nécrologie élogieuse. Puis, quelques jours se passent, déjà il n'est plus question de ces humanités naguère si encombrantes. Au bout de plusieurs semaines, il faut un effort de mémoire pour se les rappeler... Un tel !... \h oui !... Suit un jugement généralement dur et l'oubli se fait. C'est le sort qui attend tous les hommes en dépit de ce qu'ils pourront accumuler de puissance et de richesse.
Tout vivant devrait songer de temps en temps à cette fin inévitable, il y gagnerait un peu d'humilité, un peu plus de respect et d'admiration pour le seul être indispensable, éternel, Dieu.