‹ Essai de phonétique avec son application à l'étude des idiomes AfricainsChapitre 20 sur 56 · Accentuation : intensité, acuité · texte numérisé non relu

Accentuation : intensité, acuité

V accentuation a pour but de faire ressortir un son entre plusieurs.

On distingue deux sortes d''accents ; V accent d'intensité et \ accent de hauteur.

Celle des syllabes d'un mot, qui est proqoncée avec plus d'intensité ou d^effort, est frappée de Taccent d'intensitéi Les vibrations de ce son ont gagné en amplitude : on entend mieux et plus loin.

Si cette même syllabe est prononcée sur un ton élevé, c'est-à-dire plus aigu, l'accent est appelé accent de hauteur, accent d'acuité, ou encore accent musical, tonique, chromatique, prosodique ou aigu. Ici, c'est le nombre des vibrations qui a été augmenté. L'accent de hauteur est particulièrement remarquable dans les langues chantantes, qui le possèdent au plus haut degré.

Bien que ce nom d'accent tonique soit souvent donné indistinctement à l'un ou à Tautre accent, étymologique-» ment et strictement parlant il n'appartient qu'au second. On est d^antant plus porté à confondre les deux choses, que les deux accents se combinent souvent, de manière à n'en former plus qu'un seul, avec prédominance de Tun ou de l'autre pour telle ou telle langue en particulier.

Pour le cas où il serait nécessaire de marquer l'accent, il y a surtout deux systèmes pratiques. Le premier, moins coûteux mais aussi moins esthétique, consiste à isoler la syllabe accentuée par le moyen d'un accent aigu placé immédiatement après; c'est le système employé dans les dictionnaires anglais de poche, hor'se^ to escarpe, to forgi've, ma'ker, new'ly,cha'peî, abomina' ï ion. Le second; employé par l'abbé Rousselot, fait figurer l'accent sous k forme d'un petit trait vertical sous la voyelle, forgiv, tçapel.

Les mots composés, dont les éléments sont facilement séparés par la pensée, ont généralement, dans les langues accentuées, un accent secondaire plus faible sur le premier terme.

Les particules proclitiques, les préfixes et les infixes, font un tout compact avec le radical et ne supportent pas d'accent spécial. Mais ces mêmes particules pourraient être

acccotBrfcf, si, par exemple, le radical était monosjlla-* bique et empêché de porter Taccent. Y. p. 67.

Il est à remarquer qae, dans les langues da groupe banton et dans d*aatres encore sans doute, les enclitiques et suffixes ont la propriété de déplacer Taccent, qui avance d*nne syllabe, quand un suffixe est ajouté au radical :

Swahili : i^/kM c sors », toka'mt « sortez. »

Les monosyllabes isolés dans le corps de la phrase, s*ils ne supportent pas Taccent oratoire, se lient dans la prononciation avec les mots auxquels ils se rapportent et n*ont pas généralement d^accent tonique. Dans plusieurs langues bantoues, ne sont pas comptés comme monosyllabes les mots à radical monosyllabique, lorsqu'ils ont pour préfixe la simple nasale m ou n: car, dans ce cas, la nasale porte Taccent tonique :

Swahili : m'ii c plante », m'p^ c donne-lui », n'tfa

€ pointe », ar'/jra c neuf. »

La voyelle qui supporte Taccent est appelée tonique ou accentuée. Celle qui en est privée est dite mione ou inaccen^ tuée.

Outre Taccent principal, il peut y avoir encore dans le même mot un accent secondaire moins fort. C'est ainsi que, dans le latin populaire des Gaules, la syllabe placée avant la syllabe atone précédant immédiatement la tonique, était frappée d'un accent moins énergique ; et ainsi en remontant de deux en deux syllabes, tant qu*il y avait de place, on avait une ou plusieurs syllabes faiblement accentuées. Cet accent a été appelé accent second, pour le distinguer de Taccent principal auquel on a alors donné le nom é^accent premier. Dans les langues qui usent de la composition, comme Tallemand par exemple, les mots composés ont aussi leur accent second.

Dans quelques idiomes, où les racines s'emploient encore à Tétat isolé — langues monosyllabiques comme le

chinois par exemple — et dans quelques autres langues à peine entrées dans la période agglutinative, comme Tibo parlé sur les deux rives du bas Niger, Taccent musical constitue un procédé commode pour la distinction de deux ou plusieurs mots homonymes. Le chinois a plu« sieurs tons ou modulations, qui lui permettent de fixer les significations souvent très diverses d'une même monosyllabe. L'ibo, qui n'a pas que des monosyllabes, n*a qu'un seul accent, mais très bien marqué, formant un contraste absolu avec le ton plus grave des syllabes atones : Ibo : akwa c œuf » ;

akwa € habit » ;

"akwa € cri » ;

akwa € lit, pont » sans accent.

Une syllabe accentuée s'entend plus clairement. De même, où reproduit d*autant plus aisément un son qu'on Ta mieux saisi. Dès lors rien d'étonnant qu^une syllabe accentuée offre plus de résistance qu'une syllabe atone aux causes diverses d'altérations phonétiques. C'est ce que Ton constate très bien dans les langues dérivées du latin, dans le français par exemple, qui a rendues muettes les finales non accentuées du latin : hôra heure, p^^rtem part. De là aussi la chute de tant de finales, qui sont tombées après la syllabe accentuée : përîcûlZm péril, vtriû^ tem vertu (i).

Accent oratoire. -^ L'accent oratoire, encore appelé accent logique ou pathétique, syntactique, accent de phrase, n'est autre chose que l'expression du sentiment de celui qui parle ou qui lit. Il consiste à faire ressortir dans la

(i) Oa me permettra de rappeler sommairement les règles de l'accent latin :

I* Les dissyllabes ont l'accent sur la première : homoy manum,

3* Les polyssyllabes ont l'accent sur la pénultième, si la voyeUe en est longue ; sur l'antépénultième, si la voyelle de la pénultième est brève: dônàior, pulehrifûdo, hdm^nem^ minibus,

3* Exception faite pour les prépositions précédant leur complément, les monosyllabes ont leur voyelle accentuée : me^ iu^ vos.

phrase certains mots sur lesquels on veut attirer Tattention.

Il ne s^ensuit pas que Taccent oratoire porte nécessairement sur la même syllabe que l'accent tonique. Sa place est variable, comme le sont aussi du reste ses caractères. Dépendant uniquement de la volonté et des impressions de l'orateur, il affecte telle ou telle syllabe sans tenir compte de son rôle dans le mot isolé, si elle y est accentuée ou non ; aussi changeant qu*il est mobile, il est ici accent musical, là accent d'intensité ou de quantité, quand il ne combine pas ces mêmes qualités deux ou trois ensemble. Il atteint les monosyllabes aussi Sien que les autres mots. Tel est souvent le cas pour les substantifs, les pronoms et les adverbes monosyllabiques; tandis qu'au contraire les particules conjonctives et prépositives sont le plus souvent prononcées sans arrêt entre elles et le mot suivant.

Page 1