‹ Essai de phonétique avec son application à l'étude des idiomes AfricainsChapitre 3 sur 56 · A L'AUTEUR · texte numérisé non relu

A L'AUTEUR

Mon cher Pèrf,

Vous vene\ de réaliser^ autant qu'on peut le faire dans un livre, un projet que f ai caressé un moment , mais que f ai été bien vite obligé d'abandonner. Il y a une vingtaine d'années, après avoir lu le travail d'un missionnaire de Lyon sur une de ces langues a* Afrique si étonnantes par leur construction et leur harmonie, f avais conçu le dessein de mettre vos confrères à mtme de mieux apprendre et d'étudier d'une façon plus profitable pour la science les langues de leurs néophytes. Porter à des populations ignorantes la lumière de la foi et rapporter pour nos savants des matériaux d'une valeur réelle par leur choix et leur fidélité, cela me paraissait être une œuvre deux fois utile, même à la cause de la religion, à laquelle vous ave\ consacré votre vie avec un si admirable dévouement. Mais, pour atteindre ce but, il m'aurait fallu deux choses qui me manquaient^ une connaissance des langues dites sauvages, puisée ailleurs que dans des livres, et la possibilité d'atteindre les futurs missionnaires.

Ces deux conditions, vous les réunisse\ avec une heureuse perfection. Non seulement vous connaisse^ par une pratique longue et attentive les langues africaines dont vous parle\ et dont vous ave\ pu, sur place, au cours de vos pérégrinations apostoliques, recueillir de nombreuses variantes dialectales ; mais encore, ramené en Europe par la maladie, cette providence des travailleurs, vous ave\pu, après avoir suivi l'école de la nature, vous mettre à celle des linguistes de profession et suppléer à ce qui manquait à votre éducation première. Par surcroît de bonheur, il vous a été donné de reprendre, observateur plus perspicace et plus instruit, vos précédentes recherches, et de nous rapporter une gerbe plus abondante et de qualité supérieure. Le besoin de repos vous a servi encore. Ne pouvant plus être missionnaire vous-même, vous ave\ été chargé de guider les premiers débuts de vos jeunes confrères dans l'étude des langues d'Afrique, en même temps que vous travailliez à

mieux comprendre la nature des sons et à vous initier aux divers systèmes d'écriture phonétique.

Vous ave\ enseigné votre livre avant de récrire, ce qui est la meilleure manière de composer. Vos lecteurs y trouveront une exposition claire, une doctrine qui répond à Vétat actuel de la science, une direction sage et prévoyante fondée sur une connaissance exacte de leurs besoins. Ils ne sauraient mieux faire que de se laisser conduire par vous. Ilsy gagneront dans Vétude pratique et scientifique des langues. Ils ne passeront plus à coté de phénomènes fort utiles à relever, s^ns les voir; et ils ne seront plus hantés par des souvenirs classiques qui faussent leurs jugements sur des langues si étrangères à celles qu'ils ont étudiées dans nos collèges. Ils auront aussi le moyen de fixer les sons à Vaide de signes qui parleront pour d'autres que pour eux et que tous les savants pourront interpréter ; et en même temps ils n'iront pas embarrasser des langues, neuves pour récriture, du bagage suranné et encombrant de lettres inutiles ou trompeuses que les langues, déjà vieilles par un long passé graphique, sont obligées de traîner après elles.

Mais ce ne sont pas seulement vos confrères qui profiteront de votre ouvrage. Les linguistes eux-m^mes ont une ample moisson à faire dans ces pages qui ne semblent pas avoir été écrites pour eux. Ils trouveront dans vos analyses, dans les exemples que vous donne\, matière à d'utiles réflexions, et des documents précieux pour Vétude de la phonétique générale. Ils seront confirmés dans Vidée que les transformations des sons répondent à des transformations physiologiques de Vhomme, toujours le mîme sous toutes les latitudes et dans tous les climats.

Je n"" oublie pas, mon cher Père, que c'est à la haute bienveillance et à la sagesse de Mgr Le Roy que nous devons Vheureux achèvement de votre ouvrage. Je le savais, et vous ne me Vaurie\ pas laissé ignorer. Qu'il me soit donc permis d'adresser ici à Sa Grandeur l'hommage de notre respectueuse reconnaissance.

Maintenant, il ne me reste plus qu'à souhaiter que votre livre obtienne le succès qu'il mérite et qu^il suscite de bons et nombreux ouvrages dans la Congrégation du Saint-Esprit et ailleurs,

P. ROUSSBLOT.

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