‹ Essai de phonétique avec son application à l'étude des idiomes AfricainsChapitre 33 sur 56 · Simplification des consonnes · texte numérisé non relu

Simplification des consonnes

doubles.

La réduction des consonnes doubles se produit souvent en vertu de la lot du moindre effort. Quand l'attention cesse d'être attirée sur le sens ou Torigine de la répétition d'une même consonne, on ne sent plus la nécessité de les distinguer par un temps de pose si faible qu'il soit : le bruit implosif de la première consonne s'efface, jusqu'à ce que Ton n'entende plus qu'un seul son :

lat. paîlorem — ► fr. pâleur.

L'insuffisance de l'oreille peut aussi être mise quelquefois en cause dans la perte des consonnes doubles.

3. — Affaiblissement et chute des consonnes ^'\ — Simplification des groupes.

Nous avons pu remarquer déjà que les permutations, auxquelles une consonne est sujette, se produisent souvent dans le sens de son affaiblissement : changement de sonore

(i) Rousselot, yiodijic. phonét, du Jang.^ 217. — P. Passy, Changem, phonét.^ 162.

«n sourde, d*expIosive en spirante, de consonne simple en aspirée, etc. Au sujet de V assourdissement ou dévocalisatton, il y a lieu de rappeler ici qu'une consonne sonore peut s'assourdir plus ou moins complètement, sans pour cela permuter encore de fait avec la sourde. Notons en particulier les variétés sourdes des liquides / et r, des nasales m et n, les b^ d, g de beaucoup d'Alsaciens. Sont particulièrement exposées à ce genre d'assourdissement incomplet, la dernière consonne d'un groupe final, les -consonnes finales dans les langues à désinences par suite <le la chute de la voyelle, les m t\n initiales dans les préfixes des langues préfixales du groupe bantou par suite de la chute de la voyelle suivante, enfin la première consonne d'un groupe dont le second élément est une sourde.

Mais une consonne peut encore s'affaiblir sans permuter en aucune façon. Il suffit pour cela que les organes vocaux se relâchent au moment de son articulation : H y a -diminution d'effort, et par suite production d'un son plus faible.

La dernière étape de la consonne avant sa chute complète est souvent l'aspiration h : toutes peuvent y aboutir. Vaspiration est l'effort auquel on s'arrête quand on est hésitant, soit pour cause d'insuffisance de l'oreille, soit par inaptitude de l'organe vocal.

Une consonne affaiblie est toute préparée pour la chute. D'où, les mêmes causes^ qui occasionnent son affaiblissement, préparent souvent aussi sa ruine plus ou moins pro- •chaine. A toutes ces causes n'oublions pas d'ajouter encore le défaut d'audition.

Est particulièrement sujette à s'affaiblir et à tomber la •dernière consonne d'un groupe final :

lat. lac « lait », pour lad (cfr. génitif lacl-is) ;

fr. ils ne veulent pas, prononcé vœl au lieu de vœlt du normand.

Si, dans les langues désinentielles, c'est la dernière

t:onsonne qui est le plus sujette à s'afFaiblir et à tomber, par contre, dans les langues préfixâtes, c*est la première consonne du thème qui paraît quelquefois offrir le moins de résistance, au point de disparaître complètement, même «en syllabe accentuée. La cause doit en être soit les variations qu'elle est exposée à subir par suite de son contact avec les préfixes, soit encore une tendance particulière à l'abréviation par paresse des organes ou précipitation dans rélocution. Les exemples fourmillent dans les langues bantoues :

swahili ku-gèza et son doublet ku-èza € mesurer ».

Mais si nous insistons sur le fait de Taffaiblissement et de la chute de la consonne initiale dans les langues préfixâtes, nous devons par contre signaler un cas très curieux de préservation ou de réapparition de la même consonne dans les radicaux des langues bantoues, lorsque ceux-ci prennent le préfixe n ou m (pour n devant labiale). !1 semble que ce préfixe n en s'appuyant sur la consonne lui ait servi de soutien, tandis que la même consonne découverte après la voyelle des autres préfixes s'est trouvée plus exposée aux différentes causes d'affaiblissement. C'est ainsi que nous voyons conservé après le préfixe n\t i initial de 'iaiu ^ trois », là où le thème a été altéré en -raru ou 'hahu :

nyika hômbe tahu « vaches trois », avec iahu pour Tifahu; d'autre part mawe niahahu « pierres trois*»;

makua i'mbeyu iar H «plants trois », taru pour ntaru ; d'autre part ain araru « personnes trois » ;

mpongwé tnboie ntaro ntevo[\) « bouteilles trois vides»; d'autre part ijo traro irevo « pipes trois vides »;

béna-lulua umpe « donne-moi », pour unfe^ contraction de u-ni-fe que devrait donner l'infinitif ku-fa « donner », qui est la forme altérée de Jiupa conservé par d'autres

{i) Cfr mpongwé -tevo « vide > et swahili -/m/« < vide, nu. »

— ia8 —

langues : swahili ku-pa € donner >, u-ni-pe € donne-moi »•

Dans les deux premiers exemples le préfixe n est tombé après avoir produit son efifet sur la consonne initiale du thème.

Dans son ouvrage sur les Modifications phonétiques du langage, "ç. 317, Tabbé Rousselot attire l'attention sur une forme d'évolution, qui conduit rapidement à sa déchéance la consonne qui en est Tobjet. C'est le déplacement, soit en avant, soit en arrière de sa région, d'une articulation qui permute avec d'autres de plus en plus éloignées du point de départ. Dans un patois du Lot, où sous l'influence de la consonne initiale du mot suivant, le / de la 3* pers. du sing. du parfait du v. être, s'est assimilé de diverses manières^ en b devant ^, en/ devant /, en m devant i;^, en k devant k, etc., ce / perd bientôt son individualité propre et paraît en voie de disparaître.

Rappelons aussi la chute fréquente de Yn ou de Vm^ après qu'elles ont rendu nasale la voyelle qui précède immédiatement :

lat. bonitatem, semita, it, bonté (bote), sente (sât).

Une consonne peut encore tomber, sans affaiblissement préalable^ par suite de la tendance à l'abréviation, qui fait supprimer tout ce qui est jugé superflu ou inutile. C'est ainsi que Ton supprime quelquefois la plus faible ou la moins importante de deux consonnes semblables répétées dans des syllabes différentes du même mot. Dans les réduplicatifs, c'est même parfois la syllabe entière qui disparaît :

lat. unquam « quelquefois, un jour », pour quonquam ;

swahili Tiu-guguna^a grignoter », pour ku-gnna-guna ; 7> ku-meia et hn-niemeta « étinceler »; » ku-poioa et ku-popotoa « tordre »; » hu-gota « cogner », ku-gogota « cogner plusieurs petits coups ».

Dans les groupes de consonnes, soit que les consonnes

appartiennent à la même syllabe, soit que Tune finisse une syllabe et Tautre commence la syllabe suivante dans le même mot ou dans deux mots contigus, l'assimilation de la première à la seconde prépare souvent sa chute :

lat. accurro pour ad-curro, ► ai-curro, fr. j'accours

prononcé facours ;

C'est surtout^ lorsque par suite d'assimilations continues et variées, la même consonne en arrive à perdre son individualité propre, qu'elle est exposée à tomber dans Toubli. Nous en avons un exemple frappant dans la consonne / de l'article arabe al, laquelle est sujette à être assimilée à la consonne initiale du mot suivant, toutes les fois que cette consonne est une des lettres dites solaires, dy i, 5, z, ts, dz, ç, n, r. On dit donc ar rahim^ « le miséricordieux » pour al rahim, az zuhr « le midi » pour al zuhr, as subuh « le matin » pour al subuh. Mais le vulgaire supprime facilement la première des consonnes, et prononce arahim, azuhr, asubuh.

Même sans assimilation préalable, certains groupes internes peuvent être simplifiés à cause de leur trop grande complication :

lat. sparsi pour spargsi (de spargere), egredior pour eks'gredior (i).

Dans quelques cas, les éléments d'un groupe disparaissent pour se fondre en une consonne simple intermédiaire.

lat. episcopus (gr. fimaïtoTro;), angl. bishop (biçop) ; » spina € épine », patois des Alpes efœna, ou Vf de efœna réunit les éléments de chacune des consonnes originelles, l'élément fricatif des, et l'élément labial de/>.

La première consonne d'un groupe peut aussi tomber, sans assimilation préalable, par simple affaiblissement et

(i) V. Henry, Gram. C, du gr. et du laf., 75.

par suite de la tendance générale à abréger, surtout chez les peuples qui ont un parler relâché :

créole de la Réunion, soiez^ kai ou kaW, soa\ pour sorti^y quatre, sorcier.

Lorsque la seconde consonne d'un groupe est une semivoyelle, w ou y^ celle-ci fait souvent tomber la première purement et simplement (V. Labialisation, Palatalisation). D*autres fois, c'est elle-même qui disparaît (i), comme dans français (frâsê) prononcé jadis françois (frâswa).

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