‹ Essai de phonétique avec son application à l'étude des idiomes AfricainsChapitre 40 sur 56 · Dissimilation ^'K · texte numérisé non relu

Dissimilation ^'K

La dissimiUtion est le contraire de Tassiinilation. Elle a pour résultat d'établir une différence entre deux phooëmes semblables ou possédant un caractère commun.

11 y aurait deux classes de dissimilations, caractérisées par la façon différente dont se manifeste leur action. L*une, que Ton peut appeler dissimilaiion proprement dite, consiste à éviter de répéter dans des syllabes différentes du même mot deux mouvements articulatoires semblables, ce qui a pour conséquence de remplacer le premier de deux phonèmes identiques, ou à supprimer totalement Tun des deux. Uautre, à laquelle convient mieux le nom de dissimilaiion des sons coniigus (3), agirait sur deux phonèmes semblables ou de même classe qui se touchent, en soustrayant à l'un des deux un ou plusieurs des caractères qu*il avait en commun avec Tautre.

§ 1. — Disslmllatlon proprement dite.

Quand un phonème se répète dans deux syllabes du même mot, il y a tendance, ou à négliger le plus faible ou le moins important de Tuu des mouvements requis pour le produire, d'où émission d'un son différent; ou à supprimer complètement Tun des deux phonèmes, ce qui détermine sa chute. La cause est d'ordre psychique. On éprouve de la difficulté à produire deux fois tel mouvement articulatoire, par exemple l'abaissement du voile du palais

(z) Meillet, Mém, de la Soe, de ling.f t. xii, p. 14 et suiv. — P. Passy, Changent, pkon,^ 191.

(9) MeiUet, 1. c, propose pour ce genre de dissimilation le nom de différenciation^ qui a servi à désigner ici le contraire de Panalogie, p, 104.

pour une nasale, on supprime ce mouvement tout en conservant les autres mouvements concomitants, ce qui •change complètement Tarticulation.

De tous les mouvements articulatoîres, ceux dont la répétition cause le plus de gêne, ce sont rabaissement du voile du palais pour les nasales, et le mouvement vibratoire de la langue pour r et pour /, avec dégagement latéral pour / : ce sont aussi les articulations qui sont le plus sujettes à la dissimulation :

lat. cœruïeus pour cœluleus (cfr cœlum); » mer'dies pour medi^dies ;

fr. orphelin du lat. orphaninum ;

swahili de Lamou kugaguna pour kuguguna c grignoter » du dial. de Zanzibar.

La dissimilation par changement d'articulation est un fait assez rare dans les langues. On la remarque plutôt dans le passage des mots à un dialecte ou à un idiome •différent.

La dissimilation avec chute du phonème paraît bien plus fréquente. Pour les voyelles, on la constate dans Xélision de Tune de deux voyelles semblables contiguës. Pour les consonnes, elle peut se manifester à l'intérieur des mots dans les mêmes cas que ci-dessus. Les langues bantoues nous en offrent un exemple frappant avec quelques verbes fréquentatifs. Ce n'est pas seulement une consonne -qui est supprimée, c'est toute la syllabe dont elle fait partie :

swahili ku-poioa et ku-popotoa (pour ku-potoa-potoa) tordre ; > de Mombasa ku-gogoia cogner de petits coups (pour ku-goia-goia).

Quand deux phonèmes, dont l'articulation produite isolément demanderait chaque fois un mouvement semblable (deux dentales «/, deux occlusives^/, deux continues zvy etc.), se trouvent réunies dans un même groupe,

nta,pia^ zva^ l'organe vocal ne produit pas deux fois celui des moovements reqois par chacon des phonèmes, n et /^ ^ et /, j et 9 / mais seulement ane fois poor les deux, le commençant à l'implosion avec le premier phonème et Tachevant à Texplosion avec le second. Comme il ne peut y avoir répétition d'un même mouvement articulatoire dans la même émission de voix, la dissimilation proprement dite ou dissimilation harmonique, qui consiste essentiellement à éviter de répéter un même mouvement, y est impossible. C*est la raison pour laquelle la dissimilation de deux articulations de la même région ne peut se produire qu'à distance, entre deux syllabes d*un même mot, comme dans les exemples précités, comme encore dans celui de pèlerin pour pérer in, du \at. peregrinttm,

§ 2. — Dissimilation de deux sons contij^us.

11 en est tout autrement de la seconde dissimilation^ st tant est qu'on doive l'admettre comme cause efficiente des changements qu'on lui attribue. Cette seconde dissimilation au contraire de la dissimilation proprement dite, agirait sur deux phonèmes contigus, deux consonnes groupées, une semi -voyelle et une voyelle^ deux voyelles en diphtongue, en éliminant l'un ou l'autre des caractèresqu'ils peuvent avoir en commun, ce qui transforme complètement l'une des deux articulations. Ainsi se serait formé, dirait-on, le fr. craindre du la t. iremere.

Si on comprend facilement la tendance à assimiler deux sons contigus, la tendance contraire, celle que nous étudions en ce moment, semble moins naturelle. Au moins demande-t-elle un effort, une sorte de violence, qui doit en rendre les cas plus rares. Entre deux opinions extrêmes, celle qui veut la rendre responsable de tous les changements non assimilatifs de deux phonèmes contigus, et celle qui va jusqu'à mettre en doute la réalité même de

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son action, il y a une réserve prudente qui accepte la pos* sibilité d*une semblable influence, mais pour les seuls •changements qu'on ne pourrait expliquer par d'autres causes certaines d'altérations phonétiques, telles que les faux mouvements articulatoires, les méprises auditives, réconomie d'efforts, le renforcement dialectal, etc. Il ne semble pas non plus que Ton ait besoin de recourir à Vhypothèse de la dissimilation des sons contigus pour expliquer la chute de Tun des éléments d*un groupe de consonnes.

Il convient, semble-t-il, de ne pas trancher encore la question. En attendant Tissue du procès, il est permis de considérer la dissimilation des sons contigus comme une hypothèse commode, permettant le classement provisoire des changements non assimilatifs </;f^/^ seJis^ tant qu'on ne leur aura pas trouvé une explication préférable. Cest ainsi qu'au lieu de rapporter à la dissimilation l'exemple cité plus haut, craindre sorti de iremere^ on pourrait chercher à expliquer la permutation de A en / par un renouvellement dialectal dû, soit à une méprise auditive, soit à une fausse manœuvre de la langue.

Pour aider à comprendre les auteurs, qui traitent des cas particuliers de dissimilation des sons contigus, nous indiquons brièvement les divisions qu'elle comporte.

1** Dissimilation consonnantique.

Les deux consonnes n'appartiennent pas nécessairement à la même syllabe, comme 5 et / dans sfa; la consonne finale d'une syllabe et l'initiale de la syllabe suivante, comme s et/ dans as-fa, sont aussi bien sujettes à la dissimilation, qu'elles le sont à l'assimilation.

Chacune des classifications de consonnes rangées sous un même titre d'après un caractère commun peut avoir sa dissimilation spéciale, ayant justement pour résultat de

distinguer denx consonnes en supprimant à Tune d'elles ce lien de parenté. La dissimilation des consonnes est donc possible : i* sur la sonorité, a* sur le degré d'occlusion^ 30 sur le point d^articulation.

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