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Assimilation

Il a été souvent question précédemment d'assimilation et de dissimilation, comme causes de plusieurs changements phonétiques. L'importance et la fréquence de ces

(x) Ronsselot, Phonéi, expérim, et surdité, (2) V. Henry, Gr. c. du gr. et du /j/., 80.

sortes de changemeuts sont telles, qu'une étude spéciale de leur mode d*action s'impose nécessairement.

L'assimilation est la tendance à égaliser deux sons voisins, soit que nous modelions le premier sur le second, as. r/gre$sive^ soit que nous conformions le second au premier, as, progressive.

Le premier cas est le plus commun : tlleiMp. in-leiiré, La préoccupation, où Ton est de préparer le second son, est la cause qu'instinctivement les organes en prennent d'avance la position.

Le second cas est moins ordina^ire, et se reouurque plus souvent pour les voyelles que pour les consonnes : swahili <fkoa « sauve » pour oktia.

Sous le rapport de la cause, on distingue deux classes d'assimilation. Il y a Vassimilation organique^ due à un manque de souplesse des organes, comme dans l'exemple ci-dessus illeitré pour in-letiré. Ce genre d'assimilation n*agit le plus souvent qu'entre deux phonèmes contigus. Il y a ensuite Vassimilation harmonique^ qui est d'ordre psychique, relevant plus spécialement d'une cause acoustique ou harmonique : okoa pour okua est un exemple d'assimilation harmonique; le français chercher . pour sercher (lat. circare) en est un autre, portant sur une consonne. Ici, l'oreille impressionnée fortement par un son y retient l'attention captive, au point que les organes en prennent involontairement la position. Chacune de ces assimilations, organique ou harmonique, peut être régressive ou progressive.

En somme, toute assimilation provient d'une analogie inconsciente, qui accommode un son à un son voisin, et doit être aussi attribuée en partie à la loi du moindre effort ou tendance à l'économie.

§ 1. — Assimilation or^^anique.

a) Assimilation entre deux voyelles contiguês.

Contraction.

1® Entre deux voyelles, rassimilation diminue Técart qu'il peut y avoir entre elles : ai tend à devenir es, eu à passer à ou^ etc.

a** Mais le résultat le plus ordinaire c'est la Contraction^ qui tantôt unifie les deux sons, aa en a ; tantôt rapproche le premier du second, ae allant à e, ou le second du premier, oa allant à o; tantôt les amène Tun vers Tautre, jusqu'à ce qu'ils se rencontrent sur un son intermédiaire, ai passant à â.

On rencontre aussi parfois la contraction de voyelle -h semi-voyelle : ay peut donner e.

La contraction, qui se produit entre la voyelle finale d'un mot et l'initiale du suivant, prend le nom de Crase,

Le terme de la contraction est généralement une voyelle longue, au moins au début : le lat. Deus « Dieu » avait primitivement son ^ long, dans Dâus contraction de Deius pour Deivus{i).

b) Assimilation de voyelle à consonne,

1^ Une voyelle placée devant une consonne nasale peut s'assimiler à celle-ci en devenant nasale. La consonne nasale tombe parfois après avoir produit son efiet sur la voyelle précédente :

lat. annum, fr. an [a].

L'abaissement prématuré du voile du palais, en prévi-

(i) Brëal et BaUly, Dict, itym. du /a/., 63.

sion de Vn ou de Vm qui vient après, suffit à causer le changement de la voyelle orale en voyelle nasale.

a"* Un autre genre d*assiiniIation de voyelle à consonne, c*est celui de la fermeture d'une voyelle placée après une consonne, tendance qui est plus forte après une explosive qu'après une continue. La consonne étant une articulation à fermeture complète (explosive), ou incomplète (continue), il est tout naturel que la bouche éprouve quelque difficulté à atteindre une voyelle ouverte. La moindre diminution d'effort suffit pour fermer plus ou moins la voyelle, avec ou sans changement notable de timbre :

Izi.femella, fr. femelle, berry et picard fnmelle (u = u);

bas lat. fifnarium^ fr. du xii* s. femier^ aujourd'hui fumier (u = u).

Dans la palatalisation et la labialisation, p. 13^. 139, il y a influence réciproque de la voyelle et de la consonne Tune sur l'autre. La voyelle pour se rapprocher de la consonne se ferme jusqu'à passer à la semi-voyelle, 1 se changeant en y, u en w : soit, par exemple, ki devenant ky, bu devenant bw,

c) Assimilation de consonne à voyelle.

Ce n'est pas toujours la voyelle qui subit l'influence assimilative de la consonne. Au contraire, l'assimilatioa de la consonne à à la voyelle semble être un fait plus fréquent. Elle peut avoir lieu au triple point de vue de la sonorité, de l'occlusion et du point d'articulation.

i® Assimilation sur la sonorité, — La permutation de consonne sourde en consonne sonore entre deux voyelles a été mentionnée à Alternancr de sourde et de sonore, p. 150. On peut en relever des exemples dans toutes les langues, où des consonnes non intervocaliques sont exposées à le devenir occasionnellement : la tendance est universelle et très explicable. La glotte, qui doit être fermée

pour que les cordes vocales vibrent pendant rémission de la voyelle, tend à conserver cette position au lieu de s'ouvrir et de se relâcher comme elle le devrait pendant Tarticulation de la consonne : elle continue à vibrer sans interruption, ce qui fait apparaître la consonne sonore. Comparez :

fr. neuf et neuf (f = v) ans ;

lat. sapa^ fr. sève ; > saponem, provençal sabon,

2® Assimilation sur rocclusion. — La voyelle, étant un phonème essentiellement continu^ tend à s'assimiler les explosives en les transformant en spirantes. Le changement est commun entre deux voyelles; mais il peut se produire aussi devant une seule voyelle, notamment devant i ou ^, plus souvent devant i que devant ^, plus facilement encore devant / suivi d'une seconde voyelle : lat. caballum, gaudia^ (t. cheval^ joue; » foriia [i dur dans le lat. archaïque), ix, force ; « geniem (g dur), fr. gent avec g prononcé d'abord Jj

puis>; fr. rue d'Assis (à Paris), prononcé souvent rue d''A2as

par les habitants actuels du quartier ; swahili ku-iba voler, mw-ivi \o\t\xv ;

» ku-pânda planter, m-pànzi planteur ; » ku-paia gagner, w-/^s/ gagnant^ parvenu ; » ku-pika cuire, m-piçi cuisinier ; » kw-ënda aller, ënzele il est allé ; » ku'piia passer^ apisie il est passé ; » kti'ôndoka sortir, aôndoçilè il est sorti.

En certaines langues, les explosives sonores paraissent plus sujettes à ce genre d'assimilation que les explosives sourdes.

3° Assimilation sur le point d'articulation, — Dans une consonne suivie d'une voyelle, il y a plus ou moins

— IÇ3 —

accommodation de la consonne à la voyelle qui suit, ce qui, en certains cas, déplace le point d'articulation de la consonne, bien que la transcription ne l'accuse pas toujours, k et g devant les voyelles vélaires o et m, se prononcent plus en arrière que devant les voyelles palatales a, ^, 1^ ce, ii,

La palatalisation d'une consonne devant un i se rapporte à ce même genre d'assimilation. Il y a tendance, pour la consonne, à élargir la surface de contact entre la langue et le palais^ et à ramener au centre son point d'articulation, si celui-ci est normalement en avant ou en arrière de cette région ; de son côté la voyelle i, déjà naturellement fermée, s'assimile à la consonne en se fermant encore davantage au point de devenir articulée, c'est-à-dire consonne^. De là à la consonne mouillée il n'y a plus qu'une étape à franchir. Le processus suivi se résume dans la formule, consonne -f /', consonne + y, consonne mouillée : soit, par exemple, ki\ ky, k.

Une explication analogue sert à nous faire comprendre le phénomène de la labialisation. La voyelle t/, après une consonne, impose son caractère à celle-ci par Télévation de la base de la langue et l'arrondissement des lèvres, en même temps qu'elle-même subit l'influence de la consonne en se fermant jusqu'à passer à l'articulation w, laquelle à son tour se fond plus ou moins avec l'articulation précédente : soit, par exemple, ku, kw^ %*.

d) Assimilation entre deux consonnes contigtiès.

Le dernier terme de l'assimilation des consonnes cootiguës, comme du reste celui des voyelles, c'est l'identification des deux éléments par la fusion en un seul : là où il y a contraction pour les voyelles, il y a chute ou simplification pour les consonnes. Pour les consonnes doubles la simplification se fait immédiatement, lat. bacca—^bàca

— '93 — baie ; pour les consonnes différentes elle est précédée de Tassimilation complète, lat. offerte (pour ob-ferre) — p- espagnol ofrecer offrir.

En arabe, le fait de Tassimilation se constate communément pour / de Tarticle el ou al devant un nom commençant par une dentale [tyd, s,Zy «), ou par r ou ^ (i); er rahman le miséricordieux, pour el rahman ; as subuh lernsLilUf pour al s ubuh ; az zuhr le midi, pour al ztihr ; puis très souvent le produit de Tassimilation tombe, axuhr, asubuh. Le masay assimile de la même façon / de Tarticle masculin ol devant r et s : or rotned la dent, pour ol rotned ; os sero la steppe, pour ol sero,

L*assimilation consonnantique peut se produire de plusieurs manières. Suivant le caractère que Tun des deux éléments du groupe emprunte à l'autre, elle a lieu :

1° sur la sonorité,

a® sur le degré d'occlusion ,

3** par le rapprochement du point d'articulation.

I* Assitnt'/aii'on sur la sonorité. — L'assimilation sur ce point consiste en ceci : deux consonnes en présence, Tune sonore, Tautre sourde, ou vice versa, tendent à devenir toutes les deux ou sonores ou sourdes.

Au lieu d'imposer à la glotte la succession de deux mouvements contraires, l'ouverture pour la sourde, le rapprochement et la tension des cordes vocales devant entrer en vibrations pour la sonore, on la laisse dans la position qu'elle doit prendre pour l'une des deux consonnes. C'est ordinairement la première consonne qui s'accommode à la seconde ; les faits d'assimilation de la seconde à la première sont plus rares :

lat. acium acte, pour agtiim de agere,

(i) Les grammairiens arabes appellent solaires les coosonnes qui ont cette action sur l'article. Ce sont //, isé, </{/, dal, r/, ?/, sin^ chifi, sai,

j{ad, té, f\ nun.

Dans les langues bantoues, nonobstant le fait très commun relaté ci-après de l'assourdissement de consonne sonore après une nasale médio-sourde, ïn normale, c'està-dire sonore, appartenant à un préfixe, conserve la faculté de s'assimiler en la rendant sonore la consonne sourde initiale du radical :

en héréro -iatu « trois » change son / initial en d après une n amenée par le préfixe i- : o zôngômbe t'ndaiu « bœufs trois », en opposition avec o vându vetatit « personnes trois. »

Un fait curieux d'assimilation est celui d*une sonore assourdie au contact d'une consonne nasale m ou n. L'abbé Rousselot, après en avoir relevé des exemples en zend, en vieux perse, en arménien, et dans les dialectes slaves de la Macédoine, pour les groupes stn^ sn, çn^ fn^ respectivement originaires de zm, zn,jn^ vn, donne en même temps l'explication de ce phénomène d'apparence paradoxale. En effet, on s'attendrait plutôt à voir la sonore se maintenir en présence de la nasale, dans laquelle nous avons normalement une consonne sonore. Mais il faut se rappeler que certaines sonores sont sujettes à s'assourdir plus ou moins complètement, en perdant les vibrations glottiques à l'un ou à l'autre de leurs trois temps, implosion, tenue ou explosion. Supposé que dans un groupe tel que zn^ z devienne sourd à la tenue (consonne médio-sourde de l'abbé Rousselot), en même temps que n le devient à l'implosion, « la partie sonore de ^ contiguë à la nasale se trouve isolée entre deux silences du larynx. L'inertie l'emportera et la médio-sôurde z deviendra plus ou moins sourde (i). » Dans un cas semblable rien d'étonnant que zn soit devenu sn.

Il semble bien qu'un phénomène semblable se présente dans les langues du groupe bantou, mais avec cette diffé-

(z) Meillet et Rousselot, Synthèse phonét,^ II. V. dans Ja Parole^ nov. 1901, n» II.

rence que la sonore assourdie est placée non avant, mais après la nasale. Qjaant à celle-ci peu importe son origine, qu'elle appartienne à la racine ou qu'elle soit adventice, épenthétique ou préfixale :

suto : oatnpona il me voit, pour o-a-n-bona ; La nasale^ cause du renforcement, est le plus souvent tombée ; mais Teffet produit est là, pour attester qu'elle s'est trouvée présente à l'origine :

tèita, dialecte de Bura içia chemin, à côté de nçia du

dialecte de Mwanda ; swahili pili « deux » en regard de son doublet de forme

archaïque mbili; makua koio guerre, = kôndo du sv^ahili ; » inupa maison, = nyumba du sv\^ahili; » uliia garder, = kulinda du sv\^ahili; tchw^ana kgôpô courbure, défaut^ = lômbo du swahili ;

:^ hgaka pintade, = kânga du swahili ; zigaz fui a pluie, = mvua ou mvuïa du swahili ; » pasi sauterelle, = pànzi du swahili.

2** Assimilation sur le degré d'occlusion, — Quand deux consonnes contiguës présentent une grande disproportion dans le degré de fermeture de l'organe vocal^ par exemple si l'une est explosive et l'autre continue, deux cas peuvent se présenter :

a) Si les deux consonnes sont produites dans la même région, deux labiales, deux dentales, deux palatales, l'assimilation est commune^ aboutissant très souvent à une consonne double, destinée tôt ou tard à être simplifiée:

gr. TceicTxraai tu as appris, pour ri-ruO-^at ; lat. miles soldat^ pour miless lui-même réduit de milei-s (cfr. gén. milit-is).

b) Si les deux consonnes sont produites dans des régions différentes, l'assimilation ne se produit le plus souvent qu'en rapprochant en même temps le point d'articulation

des deux consonnes (gl ^ dl^ kl ► //, /s > ss, etc.),

ce qui rentre dans le cas que nous devons étudier ci-après.

y Assimilation par rapprochement du point d'articulation, — Qjuand les deux éléments du groupe s'articulent en deux points différents, Tun des deux peut s'accommoder à Tautre en se déplaçant.

a) Tantôt l'assimilation est simple, quand la consonne ainsi changée ne quitte pas sa classe, restant explosive si elle est explosive, continue si elle est continue : lat. aggrego pour ad-grego, en fr. f agrège par simplification du groupe ; ganda nif/m/ (pour n-limi), pluriel de lu-limi langue; makondé mnândi (pour m-lândi) arbre, pi. mi-lândi, avec réapparition au pluriel de / initiale de la racine après le préfixe m/, dont Yi en éloignant la nasale m enlève du même coup la cause d'assimilation ; ndila

natu « chemins trois » [naiu pour nratu p^ nnatn\

en opposition avec vinu vitatu « choses trois >, du radical -tatu « trois » ; temné ayàhfu tromperie, et son doublet ayàmfa;

» son trœlay sentiers nombreux (pour son trœlay. Les faits d'assimilation, dus à la rencontre d'une consonne avec une semi-voyelle, ont été étudiés à Palatali- SATiON, p. 139, pour le cas de consonne +^, à Labialisa- TioN pour celui de consonne + Wy p. 13^.

h) Tantôt l'assimilation est complexe, lorsque la consonne assimilée change de place et de classe tout à la fois. Nous voyons ce genre d'assimilation dans le doublet latin affui pour adftii « je fus présent ». Soit encore :

temné çen-ne ceins-toi (pour çek-ne), du v. çek,

La consonne double due à cette assimilation a, comme toutes les autres, la plus grande tendance à se simplifier :

lat. gnoscere connaître, et noscere (pour nnoscere);

angl. to know connaître, prononcé tu nd {pour tu nno).

§ 2. — Assimilation harmonique.

a) Assimilation entre consonnes.

L'assimilation à distance des consonnes se produit plus rarement que Tassimilation des consonnes contiguës : lat. quiuqne cinq, pour pinque (cfr sznscrh pan can) ; basque aitatu mentionner, en regard de aipain du gui*

puscoan ; bas-kongo Malueïe^ n. pr., du portugais Manuel ;

« kumbako = swahili fumbako de l'européen iobaco par le persan tumbakn; par contre, le bondé a pour le même mot tumbatn.

Dans plusieurs langues bantoues, on trouve / de la désinence 'ila ou -ela, qui appartient à la forme directive des verbes, changée en n lorsqu'à la fin du radical il y a une n ou une m. Les exemples de cette curieuse attraction de la nasale sont communs :

subiya ku-bonena voir pour (au lieu de ku-bone/a), du primitif ku-bona voir ; ku-j^/m/na éteindre pour (au lieu de ku-^imila)^ de ku-j^ima éteindre, etc. ; bas-kongo montna voir pour (au lieu de monila)^ de mona voir; kunina semer pour (au lieu de kiinilà), de kuna semer; nonena cueillir pour (au lieu de nonela), de nona cueillir.

Dans le bas-kongo, il n'est même pas nécessaire que la nasale se trouve en contact immédiat avec la désinence 'ila ou -ela de la forme directive. Quelque place qu'elle occupe dans le radical, elle exerce toujours la même attraction, pourvu qu'elle ait après elle une voyelle avec laquelle elle forme syllabe : nattna transporter pour (au lieu de naUla\ de nata transporter ; nokena pleuvoir sur (au lieu de nokela), de noka pleuvoir.

b) Assimilation entre voyelles.

Le phénomène que les allemands désignent par le terme umlaut « atténuation de son ou voyelle », traduit chez nous par méiaphonie [i) ou périphonicy n'est autre chose qu*une des nombreuses applications de Tassimilation harmonique des voyelles :

allem./fi5;7 pied, p\, fûsjse ;

2ng\, foof » pi. fcât.

Il y a eu, à une époque antérieure, assimilation de la voyelle du radical avec un 1 ou un y d*une désinence tombée ensuite en désuétude. La cause a disparu, mais Teffet a persisté, et le fait accidentel d'assimilation est devenu aujourd'hui Tindice du pluriel.

Ce qu'on a appelé harmonie ou accommodation des voyelles, phénomène si commun dans les langues agglutinatives (2), n'est encore qu'un cas spécial de l'assimilation harmonique. L'application varie dans ses détails d'un idiome à l'autre ; mais d'une façon générale on peut résumer ainsi le principe de l'harmonie des voyelles : La voyelle de la syllabe de moindre importance s'accommode à la voyelle de la syllabe principale.

Souvent c'est la voyelle de la syllabe accentuée, qui impose plus ou moins son caractère à la voyelle du suffixe. En turc toutefois, et on pourrait sans doute faire la même remarque ailleurs, l'accent étant sur la dernière syllabe, c'est néanmoins la voyelle de celle-ci qui est assimilée à la voyelle plus importante, quoique atone, du thème. De plus, dans les polysyllabes, toutes les voyelles doivent suivre cette voyelle principale du thème. L'harmonie des voyelles s'étend également au mot entier en mongol, en mandchou, en suomi, en magyar; nous ver-

(i) V. Henry, Gr, c, de Yangl. et de Vallem,, 46. (3) Hovelacqae, La linguistique, 129.

— »99 — rons plus loin que le swahili, parmi les langues bantoues, a aussi plusieurs cas d'assimilation totale.

Ud fait exceptionnel se présente dans quelques idiomes bantous, en tamoul et langues voisines, en mouzouk (Soudan), dans les langues celtiques^ etc., où à côté de faits normaux d'accommodation de voyelle secondaire à la voyelle prépondérante du thème, on constate ailleurs l'accommodation de la voyelle thématique à la voyelle de certains suffixes privilégiés, pendant que d'autres suffixes très usités eux aussi n*exercent aucune action semblable. On trouvera ci-après des exemples de pareille assimilation en swahili.

En outre dans plusieurs langues, spécialement dans le groupe ouralo-altaïque, magyar, etc., il y a des voyelles dites neutres ou moyennes, susceptibles qu'elles sont de s'accommoder aussi bien aux voyelles d'une classe, qu'à celles d'une autre, pouvant aller indifiéremment par exemple avec les labiales o, m, â?, t^, ou avec les linguales a, e^ /. Quand il n'y a qu'une voyelle neutre, c'est généralement \i; mais il y en a aussi souvent deux, i, e; on trouve aussi parfois n partageant le caractère neutre de i.

Le seul examen des langues bantoues fournit à l'observation quantité de faits d'accommodation de voyelles.

L'exemple le plus général nous est offert par la forme réversive des verbes, qui s'obtient régulièrement en bantou en introduisant l'infixé u entre le thème et la finale a. Mais il y a une exception pour les verbes qui ont un o dans le radical : pour ces verbes, Tharmonie vocalique demande que l'infixé u soit changé en o :

swahili ku-oka rôtir, et ku-okoa tirer du feu, sauver (pour ku-okua^ que normalement on devrait pouvoir former sur le type de ku-^tba boucher donnant ku-siibua déboucher).

Dans ku'okoa la voyelle de l'infixé a été identifiée à la voyelle du thème.

Nous avons d*autres cas d'assimilation aussi complète en héréro, luyi et langues voisines, dans plusieurs temps de la conjugaison des verbes :

héréro me-ion-o je bats (pour me-ion-à); iw^-A/W-f j'envoie (pour me-hind-d); me-ium-u je dépêcbe (pour me^ium-a); luyi nl-na-tund-u je suis sorti (pour nî-na-tufid-a) ; Kaslng-i il ne veut pas (pour ka-a-sing-a) ; Vo-ënd-ein ne vas pas (pour ij-(?-<f/i</-^) ; ka-in-yoy-o nous ne nions pas (pour ka-iU'yoy'O) ; ka-mu-iiim-u vous ne dépêchez pas (pour la-mu-tum-à) (i).

Une autre assimilation moins complète, communément mais non universellement observée dans les langues bantoues, concerne la voyelle de Tinfixe caractéristique de la forme directive dans les verbes. Cette voyelle est i, quand

(i) Nous assistons ici à la genèse d^une désinence verbale. En effets dans plusieurs langues bantoues, Tanalogie en généralisant remploi d'un» telle voyelle finale primitivement euphonique et simplement assimilative, Ta fait servir à mieux dififérencier certains temps. Au présent de rindicatif de la conjugaison négative en swahili et langues congénères, la désinence i qu^on serait tenté de prendre pour un suffixe spécial ajouté au radical, n^était en réalité autre chose à Torigine que la résultante de Tassimilation de la voyelle finale ^ à la voyelle radicale pour les verbes dont cette radicale est i : silimi je ne cultive pas (pour silima) de ku-îima cultiver, hatupili nous ne passons pas (pour hatupita) de ku-pita passer. Si Vi final sUmpose maintenant aussi bien aux verbes à radicale <i, ^, o, m, qu^aux verbes à radicale i, c'est que la tendance à l'assimilation dans la conjugaison négative ayant cessé d'imposer sa loi au swahili, la prédilection spéciale du peuple pour la voyelle i l'a fait conserver partout où elle s'était introduite par voie d'assimilation, en même temps que l'analogie a généralisé son emploi pour tous les cas sans exception. Sur les formes silimi, hafupiti ci-dessus, nous conjuguons donc aujx>urd'hui situmi je n'envoie pas ("pour sifuma) de ku-tumet envoyer, hatupati nous ne gagnons pas (pour hatupata) de ku-pata gagner, etc. Quant aux formes primitives sitima, kaiupiia, sifuma, Aatupaiaj elles sont attestées par une langue-sœur, le nyika, qui les a conservées, et, en swahili même, par des doublets archaïques comme katadywa c il n'est pas nommé, il ne doit pas être nommé >, nom d'un mamelon au sud de Zanzibar, hafadywa pour hatadywi ioimt normale de la conversation.

il y un I ou un u dans le thème ; elle est ^, quand la voyelle thématique est eon o ; enfin, la voyelle a du thème admet tantôt i tantôt e dans Tinfixe, plus communément / dans le plus grand nombre de langues, en swahili en particulier, swahili ku-pik-a cuire, kupih-i-a cuire pour ;

« ku-ium-a dépécher, kutum-i-a dépêcher à pour;

« ku'pai-a gagner, ku-pai-i-a gagner pour ;

« ku'lei-a apporter, ku-lei-êa apporter à, pour;

« hu-ômb-a demander, ku-ômb-ê-a demander pour ; Enfin nous avons un cas d'assimilation régressive dans une forme particulière de passé de l'indicatif à désinence e ou I.' Ce temps varie beaucoup de forme d'une langue à l'autre, parfois dans une même langue : c'est pourquoi on doit se borner ici à le présenter dans ses grandes lignes en ce qui concerne le swahili.

Pour certains verbes très usités, la désinence -re s'ajoute-, simplement au thème en s'assimilant la voyelle de celui-ci :

swahili ni-wen-e ou m-ben-eyai vu, sur le thème won\ » ni'ke-e j'ai demeuré (pour ni-ka-e) ; » wa-kute-ne ils se sont rencontrés (pour wakula-ne).

Dans les verbes à racine de plus d*une syllabe, il y a. souvent un doublet où toutes les voyelles a du thème sont mises en harmonie avec la désinence -e :

swahili a-k^fe-e il a refusé (pour a-kata-e) ; » a-ketez-e il a défendu (pour a-kataz-e) ; » wa-fueien-e ils sont allés ensemble (pour ica-^ fuaian-e).

Mais la tendance assimilative de Ve du passé peut aussi» atteindre les suffixes^ qui lui seraient postposés :

tèita, dial. davida, n-a-m-vony-e-ge je l'ai vu certainement (pour n a-nt'vonye'ga).

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