‹ Essai de phonétique avec son application à l'étude des idiomes AfricainsChapitre 46 sur 56 · Métathèse · texte numérisé non relu

Métathèse

La métathèse (^eTaOeaiç, transposition) est la transposition d'un son. Sa cause initiale est une fausse manœuvre des organes vocaux, qui anticipent les mouvements, chez un sujet que sa préoccupation d'attraper une articulation spéciale entraîne trop tôt. Cette fausse manœuvre est parfois occasionnée ou aidée par un défaut d'audition.

On observe moins fréquemment la métathèse des voyelles que celle des consonnes. Parmi celles-ci ce sont les vibrantes r et l qui sont les plus instables, les plus sujettes à changer de place dans les mots.

1° La métathèse la plus commune est celle de l'interversion de deux sons contigus :

fr. défectueux berloque pour breloque ;

swahili liwaîi « gouverneur », pour // wali de l'ar. el wali.

Il y a un renversement de consonnes très usité dans les groupes instables, dont le premier élément est moins occlusif que le second, la succession naturelle des mouvements tendant à ce que le maximum de fermeture ait lieu à la fin. C^est ainsi qu'on a les métathèses de ps en sp, de ks en sk, de dn en nd^ de bm en mb, de Id en dl (i).

Le timbre des voyelles est parfois changé :

swahili çtraba^i et son doublet çtirba^i, nom d'un pagne de couleur.

Il peut arriver aussi que deux sons, au lieu de se substituer Tun à Tautre, échangent seulement leur qualité. Il y a métathèse de quantité dans le grec Çi%cKkétùç = ^aorAfioç « du roi ».

3" Une métathèse encore assez simple consiste dans le déplacement d'un son, qui va occuper une autre place dans le mot, sans être remplacé dans Tendroit qu'il occupait précédemment.

fr. défectueux cataïpuie pour catapulte.

Dans l'exemple suivant la métathèse, en transportant la voyelle a à la suite de la voyelle m, a été cause du changement de celle-ci en la semi-voyelle correspondante w :

swahili poétique mwanàngwa « enfant mien », pour mwana ângu.

Ici, comme dans le premier genre de métathèse, deux sons sans se déplacer peuvent échanger leur qualité. Bréal et Bailly, dans leur dict. étym. du latin, font le rapprochement entre fido « j'ai foi » et 7:€iO(i> « je persuade » (r.eiQoitxi « je crois »).

Du latin au français, il est arrivé à t ou^ d'une consonne mouillée de passer dans la syllabe précédente, soit à l'état

(i) MeiUet, Mém, de la Soc. de ling.^ t. xx, aj.

de consonne fj^J, soit à Tétat de voyelle (i) passible de contraction :

lat. paria, fr. paire;

« arâa (baslat. aria), » aire;

« corium, > cuir ;

« basiat, » Aawtf (i).

Il en a été de même en grec pour Ti placé après p ou v : T£(voi je tends (pour Tev-iu>) ; ^OTeipgt donatrice (pour Sorep-ia), au masc. ^oWp donateur.

Le zulu présente aussi quelques cas très curieux de métathèse de palatalisation. Cette langue a adopté (leux suffixes pour la forme passive des verbes, Tun en -wa et c*est le plus usité, Tautre en -.wa : ukw-aka « bâtir », ukwakiwa € être bâti ». Mais une des consonnes qui ont dans cette langue le plus de tendance à se palataliser, by p, m, est-elle présente dans la racine, non pas seulement dans la dernière syllabe, mais jusque dans la pénultième ou l'antépénultième^ T/du suffixe -iwa quittant sa place a été la rejoindre pour former avec elle une consonne mouillée. Cette dernière a ensuite évolué, jusqu'à atteindre une étape plus ou moins éloignée du point de départ : m n'a été que jusqu'au «; mais p a été jusqu'au iy, et ^. s'est arrêté à /jv et à dj :

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