Y AFFAIBLISSEMENT DE LA VOYELLE
Tandis que le renforcement ne porte que sur la voyelle de la 2® série, l'afiaiblissement peut porter sur celles des deux séries^ la servile et la radicale.
Affaiblissement de la voyelle servile.
Cet afiaiblissement s'opère lorsque l'accent quitte la syllabe pour se porter sur un autre du même mot.
Alors la voyelle qui était au premier degré de renforcement tombe non à son état normal, celui de Ve muet, du schewa mobile j mais à celui du schewa quiescent, du silence j si le mot peut encore ainsi se prononcer ; il ne tombe qu'à l'état normal, si cela est nécessaire pour la prononciation du mot : racine 5fer, donne str -itère. Nous avons expliqué tout cela, et vu que sur ce point tout le monde est d'accord.
Mais quelquefois et surtout dans les langues dérivées Tafiaiblissement s'attaque aussi à la voyelle radicale.
Affaiblissement et chute de la voyelle radicale.
Cet affaiblissement se produit soit quantitativement, soit qualitativement, et d'autant plus dans la voyelle delà syllabe non accentuée, que la force de l'accent croît dans l'accentuée et qu'on est plus rapproché de celle-ci. Cet etfet a lieu surtout dans les langues dérivées.
Les voyelles o, e deviennent w, i ; les voyelles w, i deviennent à leur tour m, j, puis e muet ; Ya devient e muet après s'être quelquefois affaibli en i ; enfin les longites deviennent brèves.
Ue nmet finit par tomber lui-même, et les deux syllabes n'en font plus qu'une.
En Allemand moderne toutes les désinences claires non seulement de rindo-Européen, mais du Gothique, ont été remplacées au passage de l'ancien au moyen haut allemand par des désinences sourdes contenant e muet, soit dans les noms, sôit dans les verbes : er, en, e, ern, est.
En Anglais, même résultat, mais beaucoup plus énergique ; Ve muet des désinences qui avait remplacé les désinences claires tombe lui-même à son tour, mànner répond à men ; m^ne à my ; zàhne à teeth.
La voyelle anglaise déprimée prend le son q i io u, que nous avons défini dans la phonétique statique ; Ve des préfixes Cy be, de, re, celui des désinences ed des participes passés prend le son de Ve muet ; Va s'entend à peine dans abrupt, account, Vy de la désinence dans folly, verity se prononce si peu distinctement qu'on ne saurait dire si c'est un i ou un e ; Vo dans les préfixes com, con sl la prononciation de Ve muet ; Vu au commencement des mots dans unlike, uphold a un son plus bref que notre e m2^^ lui-même et qui flotte entre o, a et e.
Dans les finales non accentuées la dépression est encore plus grande et les voyelles se prononcent uniformément e muet. Bien plus quand la voyelle précède les consonnes vocalisables Z, r, m, n, elle disparaît et la consonne reste seule, se vocalise et devient l, r, m, n. C'est ce qui a lieu dans les finales en : al ely il, ul, olf ul, ar, er, ir, or, ur, an, en, in, on, un.
Enfin la dépressian peut atteindre les voyelles longues et produit alors Tefifet de les abréger dans la prononciation contre la règle et même quand elles se trouvent dans une syllabe ouverte.
En Français effet plus énergique encore ; c'est au milieu même des mots que Ye muet a remplacé les voyelles claires. Dans les syllabes latines atones, la voyelle brève qui précède immédiatement la syllabe tonique disparaît toujours : bon(i) tatem, bonté ; pos (i) tura, posture \pop {u) latus, peuplé ; c'est même ce qui distingue les mots naturels des mots d'importation savante, c'est ce qui fait toucher lorigine de ces doublets : capital et cheptel, dérivés tous les deux de capitale, charité et cherté dérivés de caritatem. On distingue pour la production de ces effets l^^^ parmi les syllabes qui précèdent la tonique, celles qui la précèdent médiatement et celles qui la précèdent immédiatement, ces dernières seules disparaissent toujours quand elles sont brèves, les autres persistent ; 2^^^ celles qui suivent la tonique, dont la voyelle disparaît toujours ; il en résulte que l'accent a plus de force directe que de force régressive, et qu'il agit d'autant plus qu'il est plus rapproché.
L'énergie de Taccent dans la langue française et ses effets sont singulièrement arrivés à ce résultat qu'il semble ne plus y avoir d'accent en cette langue, comme s'il s était détruit par sa propre énergie ; il a attaqué si vivement les syllabes qui le suivent que ces syllabes se sont détruites, il n'a plus de substratum sur lequel produire son effet de dépression ; il a dévoré les sons qui par son affaiblissement le faisaient ressortir.
Harmonie vocalique directe
L'harmonie vocalique directe que nous avons décrite est le résultat de l'influence de la voyelle antécédente sur celle de la syllabe suivante. Mais cette voyelle antécédente ne doit peut-être cette puissance qu'à l'accent qu'elle porte.
En tout cas cet effet d'assimilation en raison de l'accent existe certainement dans une langue, le Malgache. Les syllabes ka, tra, na sont appelées muettes, se suppriment souvent dans l'écriture ; de plus la voyelle finale se prononce à peine ; si dans ce cas elle suit une syllabe accentuée, l'a perd sa
valeur propre et se prononce comme un écho de celle qui porte l'accent : rôkay fade, se prononce roko. Il en est ainsi de toute syllabe finale, après un accent : tory y sommeil, se prononce presque tôro ; vUdnyy pot de terre, vUana.
Décoloration de la voyelle non accentuée.
La langue Russe a cette particularité qu'elle décolore Yo qui précède la syllabe accentuée, et la prononce comme un a.
2^^^ ACTION DE l'accent SUR LES CONSONNES.
L'effet de Taccent sur les consonnes est double aussi, il tend à fortifier la consonne de la syllabe accentuée, et à affaiblir, même à détruire, celle de la syllabe non-accentuée.
a) Renforcement de la consonne de la syllabe axxentuée.
L'accent renforce-t-il la consonne aussi bien que la voyelle ? Certainement non, lorsqu'il s'agit de Y accent d* élévation ; celuici, l'accent chantant, ne porte que sur la voyelle. Certainement, oui, et très énergiquement quand il s'agit de Yax^cent ^intensité', même celui-ci ne peut atteindre la voyelle qu'après avoir frappé la consonne.
Cependant, en général, la consonne n'est pas modifiée qualitativement ; l'emphase qu'on lui donne la modifie seulement quantitativement. Cependant le d prononcé très énergiquement a une tendance à se confondre avec le t, le b avec le p. Mais de même que Taccent ne frappe pas la voyelle seulement quantitativement, mais aussi qualitativement, de même il frappe aussi qualitativement la consonne qui de d devient ty de ty tt et quelquefois thy de même de g, k; de A, kk ou kh.
Nous avons examiné déjà la curieuse loi de substitution dans les langues Germaniques, et les explications qui en ont été données, et nous ne voulons pas y revenir. Mais nous devons classifier cependant le phénomène à sa place, et nous croyons que c'est un effet de l'accent, soit parce que Taccent a augmenté d'énergie dans la bouche de certains peuples, soit parce que l'accent a produit cet effet en se convertissant d'accent d'élévation en accent d'intensité.
Nous avons vu qu'aucun des systèmes d'explication ne parvient à établir 1" pourquoi la substitution s'est faite régulièrement, ne se contentant pas. par exemple, de faire, d'un d un ^, et de confondre ainsi les mots commençant autrefois par d avec ceux qui avaient ^ dès l'origine, mais après avoir changé dh en d, puis d en t, changeant t en th, de manière à conserver toujours la même proportion, la même différence relative. L'effet de Taccent, au contraire, s'il est admis, explique très bien ce résultat, puisqu'il doit renforcer chaque son d'un degré.
De même il explique les deux étages qui se superposent : P le gothique, 2" le vieux-haut- allemand. Nous avons vu que l'accent peut être à la première ou à la deuxième puissance, et peut causer deux degrés de renforcement ; le premier degré d'accent se fait sentir dans l'étage gothique, le deuxième dans l'étage haut-allemand.
Nous nous arrêtons, nous développerons plus loin, au chapitre de Vaction du milieu, cette théorie qui nous semble la seule juste.
Enfin dans les langues où l'accent n'a pas un effet tel, il a tout au moins celui d'empêcher la consonne qui s'y trouve de se dégrader par l'action de la loi de Werner, ou de tomber.
b) Redoublement de la consonne qui suit Tacœnt.
Lorsqu'une syllabe est frappée de Yicius^ accent d'intensité ou accent rythmique, tantôt, comme nous l'avons vu, elle dédouble sa voyelle, puis décolore le second élément et le diphthongue avec le premier, tantôt elle redouble la consonne.
Ce dernier phénomène a lieu dans l'allemand esse.ritt, hoffe^ à côté de l'anglais eat, rode, hope qui se prononce hôope et qui a redoublé, au contraire, la voyelle. De même en latin cuppa pour cupa, immo pour imo, littera pour litera. Dans la même langue tantôt l'un, tantôt l'autre effet se produit : kamm et kam, sott et siede.
Ce redoublement de la consonne empêche que deux voyelles frappées dUctics se suivent immédiatement.
b) Affaiblissement de la consonne dans la syllabe
non-accentuée.