SECTION SIXIÈME
Action de l'accent sur la quantité.
Cette action a lieu surtout dans les langues dérivées ; mais aussi dans les autres.
U faut distinguer, 1« l'action de l'accent tonique, 2^ l'action de l'accent rythmique ou arsis.
a) Effet de Vaccent tonique.
Nous avons vu l'accent modifier la tonalité d'un mot d'une manière qualitative en haussant ou baissant cette tonalité, soit au moyen de la diphthongaison, soit directement.
L'accent agit aussi quantitativement, et même c'est souvent par l'intermédiaire de la quantité que la modification qualitative s'effectue.
Un exemple de l'effet quantitatif est l'état fléchi vocalique en Sanscrit, état qui s'obtient en allongeant Xa de l'état normal.
L'effet quantitatif de l'accent n'agit pas seulement dans le sens de l'allongement, mais aussi dans celui de l'abréviation. La syllabe de laquelle l'accent s'est retiré s'abrège ; si elle est très éloignée de la syllabe accentuée et termine le mot, ou si ne terminant pas le mot elle est, au contraire, très rapprochée de cette syllabe, alors l'abréviation devient de plus en plus intense, le son de la voyelle n'a plus le temps de s'accomplir entièrement, la voyelle se tronque, s'assourdit et tombe.
En Français l'accent produit sur la quantité un effet spécial. Il allonge non quelquefois seulement la voyelle qu'il frappe, mais d'une manière régulière. La voyelle frappée d'accent s'y prononce toujours comme longue. Cet effet se produit partout, mais est moins uniforme, et ce qui est curieux ici, c'est la puissance de la réaction que nous étudierons tout à l'heure de la quantité sur l'accent. La voyelle rendue uniformément longue en français par l'accent fait réagir ensuite cette quantité acquise sur l'accent de manière à étouffer celui-ci, si bien que l'accent se résout en quantité pure.
accentué se prononce ô sans élévation de voix et sans ictus ; c'est ce qui d'ailleurs a lieu quelquefois en Italien : l'a latin d'amo est devenu long dans âmo où il est accentué, tandis qu'il est resté bref dans amà == arnaviton il ne porte pas l'accent.
Par contre, les voyelles longues, dépourvues d'accent, s'y prononcent comme brèves dans la prononciation moderne.
Cette perte de l'accent dans la quantité, et cet effet curieux de réaction est bien expliqué par M. Baudry dans les termes
suivants : En Français, en Espagnol, en Italien, sauf des prononciations rustiques et populaires, l'accent a perdu en grande partie sa nature musicale pour se confondre avec la quantité. Quand la position ne s'y oppose pas, la syllabe accentuée tend à devenir longue. Le vieux Français renforçait par une diphthongue Ya accentué dans y aime ^ et laissait intact le phonème inaccentué dans il aura^ Tanalogie effaça cette différence logique.
Nous savons qu'en français la quantité qui dévore l'accent finit à son tour par se résoudre en changement de tonalité.
C'est l'action de l'accent sur la quantité qui fait que rôsâ est devenu rôsà, et qui en Slave a abrégé toutes les finales, car l'accent n'agit pas moins en déprimant la quantité de la syllabe non-accentuée qu'en allongeant celui de la syllabe accentuée.
L'effet de l'accent sur la quantité, soit de l'accent positif, soit de l'accent négatif, est très directement marqué par l'Iénisséi- Ostiake et le Kotte.
Les voyelles y sont allongées par l'accent : sutan, le milieu, pluriel sutân ; x^^, la femme, pi. x^*^^^^ ; d^p, le croc, pluriel dûpen.
Elles sont raccourcies, par l'absence d'accent : fembân, les Tongouses ; fembanfâSy par les Tongouses.
Quelquefois l'effet de Taccent n'est plus d'allonger mais de diphthonguer : fun, la fille, plur. fuonen ; nous avons observé ce curieux phénomène ailleurs.
b) Effet de Vaccent rythmique.
C'est une loi de la métrique de toutes les langues, que cette métrique repose sur la quantité ou sur l'accent, que Marsis a souvent pour effet d'allonger la voyelle qu'elle frappe.
Ce fait est tellement connu que nous n'avons pas y insister. Nous devons seulement en donner l'explication.
Peu importe l'origine de l'accent, et à cet égard nous avons expliqué dans la phonétique statique quelle différence il y a quant à leurs causes entre l'accent tonique et l'accent rythmique. Son effet est toujours le même : renforcement de la voyelle qui le porte. Seulement tandis que l'accent tonique renforce qualitativement ou quantitativement, l'accent rythmique ne peut renforcer que quantitativement, car il affecte une syllabe bien plus accidentellement que l'accent tonique.