‹ Essai de phonétique dynamique ou historique comparéeChapitre 33 sur 49 · SECTION NEUVIÈME · texte numérisé non relu

SECTION NEUVIÈME

Action de la quantité sur le son.

Cet effet se produit dans les langues dérivées ; il est fi'appant dans le français et l'anglais.

Rappelons d'abord un point de phonétique sur lequel il serait possible de faire erreur.

Chavée a démontré que c'est à tort que l'on considère certains sons comme certains autres allongés, par exemple celui de a dans âne y comme l'allongement de : a dans ahri\ celui de ou àdiiss joute, comme l'allongement de ou dans fou.

Dans ces deux cas â diffère de a ; où diffère de ou, essentiellement, quant au fond lui-même. S'il en diffère essentiellement, il n'en diffère pas absolument. Vou de jcrue touche de

près à You de fou ; c'est au fond une seule et même voyelle, comme le p et le J sont une même consonne ; mais de même que le^ et le b sont deux articulation? différentes, le ou et le oue de ces deux mots sont deux sons différents. Leur différence a bien été appelée par cet axitexir polarité. A part deux voyelles neutres, dit-il,^ et eu,\es sept voyelles qui composent la gamme française ont toutes les deux pôles ou les deu^ sexes. Il faut aller plus loin \ é eX eu ont aussi leurs deux pôles.

Si nous nous reportons à la croix vocalique nous voyons que l'un des deux sons est plus bas que l'autre sur l'une des branches de la croix, et constitue en réalité un son différent et intermédiaire.

Vé fermé du français ée se trouve situé sur cette croix entre Yé et Vi; l'o de pôle entre Vo et You\ Y eu de queue entre euetû. Mais pour être très exact, ce son fermé, féminin et plus grave ne se trouve pas à mi-chemin entre Yé et i'i, entre l'o et You, entre Yeu et Yii, mais plus rapproché du premier et du second ; c'est bien le premier son bémolisé.

Nous avons bien aussi le son de Yo dièse dans S, ao, celui Ye dièse dans à.

De même Y a se bémolisé dans le son de l'a, ao et dans celui de l'a, oe à la fois.

Ce qui est très remarquable, c'est que le son qui bémolisé Ya en à n'est pas exactement le même que celui qui dièse Ye en a, que le son qui bémolisé l'o en ô n'est pas exactement le même que celai qui dièse u en ô, de même qu'en musique le dièse de la note inférieure ne correspond pas exactement au bémol de la note supérieure, et qu'il faut les égaliser artificiellement par la gamme tempérée. C'est ce qu'on fait aussi en phonétique, mais pas toujours, de là une différence entre la voyelle long et la tonlang en germanique.

A ce point de vue la croix vocalique doit être établie ainsi qu'il suit :

i russe

— e sombre

a bémol bémol

bémol

bémol e bémol a e

u dièse

dièse

dièse dièse

bémol

bémol

—w dièse

û bémol

Cependant il faut reconnaître d'autre côté que quand on prononce en français avec la polarité féminine [a dans âme) , {ou dans Jot^) c'est qu'en môme temps la voyelle est longue ; que quand on prononce avec la polarité masculine, c'est qu'en même temps la voyelle est courte.

Il existe donc dans cette langue une intime connexité d'une part entre la quantité brève et la polarité masculine^ d'autre part entre la voyelle longue, et la polarité dite féminine.

D'où vient cette connexité que la nature des choses ne commande pas impérieusement, car on conçoit parfaitement un a très prolongé, ne prenant pas pourtant le son de l'a ?

Elle vient tout d'abord de ce que le son de Va, par exemple, se prolongeant, la voix a de la peine à se maintenir à la même hauteur, tombe un peu et abaisse l'accent, et aussi rend l'intonation plus grave.

En particulier pour la langue française, toutes les voyelles longues manifestent leur longueur non-seulement en prolongeant le son, mais aussi en le faisant passer du pôle masculin au pôle féminin, du son ouvert au son fermé.

Telle est l'influence de la quantité sur Tintonation en française ; elle descend la voyelle d'un demi-degré. A devient â

li :..

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