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C. Palimphonie causée par une voyelle latente

Ce cas curieux est connu sous le nom de brechung.

Dans certaines langues Yh, Yr et l'i introduisent un a dans la voyelle qui précéda et diphthonguent par conséquent celleci. Il y a comme un écho de la consonne qui contient virtuellement un a.

Nous proposons d'appeler ce phénomène qui est toujours une anaphonie, Yanaphonie virtuelle.

Nous n'avons pas parlé de la palimphonie dissimilante. Nous proposons de l'appeler antiphonie.

7® Euphonie.

Ce phénomène consiste à rendre la pronciation plus facile en empêchant les accumulations de voyelles ou celles de consonnes, en évitant l'hiatus ; la prononciation des consonnes finales en français devant une voyelle est un phénomène d'euphonie.

8° Planophonie.

Nous n'avons pas parlé spécialement de le prosthèse ; ce n'est qu'un cas particulier de ïanaptyxU.

Les apocopes et les synœpes sont des cas particuliers de la microphonie.

Mais la métathèse mérite une place particulière. Les phonèmes échangent respectivement leur place. Nous lui donnons le nom de planophonie.

2*" Exposé du système de m. regnaud, sur l'origine

de la lautverschiebung.

Nous avons dans notre volume Essai de Phonétique Générale dont l'étude actuelle est la continuation et la fin décrit le phénomène si important et si curieux de la lautverschiebung y de la cyclophonie, recherché ses causes, exposé et critiqué les divers systèmes qui en ont essayé l'explication, et apporté notre propre interprétation. Nous ne connaissions pas alors celle qu'en donne un savant sanscritiste, M. Regnaud, et nous comblons en ce moment une lacune importante en l'ajoutant ici. Malheureusement nous l'avons connue trop tard pour pou voir en faire une discussion approfondie.

L'éminent professeur de la Faculté de Lyon a exprimé ses idées sur la lautverschiebung dans quatre études difiérentes très sagaces, qu'il faut réunir : P les origines de la sifflante palatale en Sanscnt, 2° étude sur le changement proethnique de

i-.r . • i.^. t.V-.tii

t ou th en à ou dh précédée de remarques sur les objections générales que cette proposition peut soulever^ 3° la question des aspirées en SanscHt et en GreCy 4° recherches étymologiques sur les antécédents du d initial dans (allemand moderne.

Il a tout d abord été frappé de Tanomalie apportée par les interprétations admises de la lautoerschiebung aux lois générales du langage. Une de ces lois les plus constantes est celle du moindre effort. Les phonèmes ne se renforcent pas, ils s'affaiblissent soit par le frottement avec d'autres phomènes, soit par le seul effet du temps. Or le cas de la lautverschiebung serait le seul où il se renforceraient ; a priori cela est peu probable.

Cela demanderait donc à être démontré. Or cette démonstration est remplacée par une pure hypothèse. C'est le Sanscrit qui représente l'état d'affaiblissement ; on ajoute, sans le prouver, qu'il représente l'état le plus ancien. Pourquoi ? N*est-il pas aussi naturel de supposer que c'est au contraire le gothique ou môme le tudesqu£. Ce serait au moins conforme à la loi du moindre effort.

L'auteur admet cette dernière hypothèse. C'est l'état le plus fort, celui de Tétage tudesque, qui serait le primitif ; les phonèmes s affaiblissant auraient donné l'étage gothique ; s'affaiblissant de plus en plus, il auraient donné après plusieurs dégénérescences l'étage sanscrit.

Mais au moyen de quel facteur cet affaiblissement se seraitil produit ?

C'est ici que l'auteur édifie toute une théorie qui lui est particulière. Un point Ta frappé. C'est que dans les langues germaniques les groupes de consonnes empêchent l'action de la loi de laufverschiebung. Or, à l'origine, les phonèmes rf, &, g, n'existaient point, les phonèmes /, p, k n'existaient pas seuls mais en mélange avec 5 initiai àe manière à former les groupes stf spy sk, puis les phonèmes fricatifs ou aspirés 6, i, x se confondaient avec les sonores S, v , y dans un état d'indistinction ; enfin souvent le d et le /, le b et le p, le g et le k, le / et le th, en d'autres termes : la ténue et la sonore, la témie et Vaspirée correspondantes sont contemporaines dans la même langue dans des doublets phonétiques du même mot employés dans le même sens ou dans des sens légèrement différenciés. L'auteur

appuie par de nombreux exemples que nous ne pouvons reproduire ici ces quatre principes qui forment la clef de voûte de son explication de la laulverachtebung .

Ces principes étant admis, voici comment le phénomène opère.

On ne trouve à l'origine, surtout comme initiatix, au lieu de Py /, *, et à plus forte raison de b, d, g, que sp, si, sk ; l'action du temps a une tendance à affaiblir ces groupes, mais tant qu'ils conservent leur faisceau elle reste impuissante, c'est ce qu'on observe encore aujourd'hui dans les familles soit germanique, soit latine, où le groupe est resté intact, la ténue protégée ne s'est pas affaiblie ; mais un des deux éléments du groupe, ^ est assez faible et aussi assez instable, il disparaît facilement et alors le p, le /, le k mis à nu ne résistent plus ni àFactiondes voyelles ambiantes, ni à celle du temps, ils s'aflRaiblissent en se sonorisant et deviennent h, d, g. S'il s'agit des^ fricatives 9, 6, x il faut d'abord remarquer que leur prononciation diffère très peu de celle de leur ténue, et que par conséquent le 9, 9, X du grec peuvent bien correspondre au &-A, rf-A, et g-h du Sanscrit sans qu'il soit besoin de supposer ou un affaiblissement ou un renforcement', cela est si vrai que 9, 8, x ont fini par se prononcer tout-à-fait comme des sonores. Puis l'action du temps aura suffi seule pour amener cet affaiblissement à peine sensible. L'auteur ne s'explique pas cependant sur les causes de h désaspiration ou de la conversion de fricatives en muettes qui aurait eu lieu en passant du gothique au sanscrit.

La loi du moindre effort aidée par la disparition de Ys initial et confortatif des groupes sp, st, sk, Y antériorité de tétai gothique sur fêtât sanscrit, l'indétermination primitive assez grande entre la ^ue et la sonore suffiraient donc pour expliquer, si on les réunit, le phénomène resté mystérieux de la lautverschiebung, dans sa production après la séparation des différents peuples. Mais l'auteur établit, en outre, que la tendance existait déjà dans la langue commune proethnique, et cette tendance se manifestait par de nombreux doublets phonétiques . On ne saurait méconnaître que l'influence des doublets est énorme. Il serait inexact de croire, et nous pensons qu'en ceci l'auteur a parfaitement raison, qu'une racine s'est présentée tout d'abord sous %

^•.t^mmi^^mmJ^iàâ^

une forme fixe, nette ; au contraire, elle a longtemps flotté. Dans le sanscrit, par exemple, nous trouvons à côté de darç, voir, fark, examiner, à côté de dar, briser, dal avec le même sens, à côté de daks, être habile, taks^ faire avec art ; dhan, et dhav, signifiant tous les deux courir ; à côté de dhâ, établir, sthâ, être debout ; ghar, briller et kara, rayon de lumière ; ghan, han et ksan, tuer ; gabh, gamhh, gadh, gah, cacher ; arbha et alpa^ petit ; bandk, bâdh, vadh, tuer ; bhur et sphur^ briller ; et dans les langues germaniques mêmes à. côté de dumpf, sourd, stumpf, émoussé ; de l'anglais deep, profond, steep, escarpé ; io dart, alarmer, to siart, tressaillir. De ces doublets proethniques, chaque peuple en se séparant a, pour ainsi dire, pris le sien, ou plus exactement et plus scientifiquement le dernier séparé a pris le doublet phonétiquement plus faible.

Tel est dans son ensemble le système de M. Regnaud. Si de l'exposé nous passons aux preuves, celles-ci consistent surtout dans de nombreux exemples dans lesquels la racine apparaît tantôt conservée dans son phonétisme plus fort au moyen de la persistance des groupes sp^ si, sk, tantôt dans un phonétisme plus faible lorsque 1'^ initial a disparu. Ces exemples sont très frappants. Il suffit de rappeler : sanscrit dhâ, établir, contre sthâ^ être debout ; dvis^ haïr contre erruyew ; darh^ rendre solide contre erTyipiÇ» ; dabh^ maltraiter, contre (rrejutêcù ; le grec yXuço) contre le latin sculpo ; dûrr contre (rrtptoc, ; diXnn contre (irzvo<^ ; brennen contre splendeo ; graben contre scalpo, et le gothique driàban contre Tallemand sfreben, flekan auprès de sprechen.

Ce système de M. Regnault qui révèle une grande science et un profond esprit d'investigation nous semble cependant soulever les objections suivantes : P sa démonstration suppose une autre démonstration préalablement faite, celle de l'universalité de l'existence primordiale des groupes sp, st, sk, partout où nous lisons aujourd'hui j», t, k ou bien b, d,g\ 2''le système n'explique pas, en admettant que le principe du moindre efibrt ait seul dominé ici comme partout ailleurs, comment 9, 6, x seraient devenus non point en vertu de ce principe v,S', y = bh, dh, gh, mais bien p, t, k; 3° il n explique point le roulement régulier, la lautverschiebung, la, q/clophonie^ en vertu de laquelle tous les phonèmes se sont poussés régulièrement sur la pente ascendante ou descendante sans qu'aucun soit en retard ; la

loi du moindre effort opère d'habitude irrésistiblement mais sucessivement et irrégulièrement ; 4" il nous semblerait bien difficile d'admettre que Tétat gothique fut un affaiblissement de l'état tudesque. L'auteur ne va pas formellement jusque là, et cependant il le faut pour la logique du système.

Nous proposons très respectueusement ces objections au savant auteur.

Quant à nous, nous persistons encore dans l'interprétation personnelle que nous avons donnée de la lautverschiebufig. Ûaccent a une telle ptussance dans les langues, ({aeYafipariiion (kraccent (ïiniensiiéei pu non-seulement n^^/ire^/iis^ l'action de la loi du moindre effort mais provoquer un mouvement en sens contraire et ascendant. Puis cette interprétation explique seul \eroulement régulier et simultané de la lautverschiebung ; l'accent saisit tous les phonèmessitués à différents degrés au môme instant et les hausse tous, chacun d'un degré.

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