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ACTION DES TOYBLLES SUR LES VOYELLES

Les voyelles peuvent être en contact, ou à distance. Dans les deux cas, elles influent les unes sur les autres ; tantôt l'influence est réciproque, mais le plus souvent c'est la voyelle antécédente qui agit sur la subséquente, ou celle-ci qui agit sur Yantécédente,

Lorsque les voyelles sont en contact, leur action peut être comparée à une action chimique, les deux voyelles tendent à se combiner. Lorsqu'elles sont non contiguës, leur action peut être comparée à une action physique, et surtout à celle de l'électricité par induction, elles tendent tantôt à s'accommoder entre elles, tantôt à s'assimiler.

a) Voyelles en contact.

Lorsque les voyelles sont en contact et appartiennent à deux mots différents, on les accorde par les règles du sandhi que nous avons décrites dans la phonétique statique. Lorsqu'elles appartiennent au même mot, elles agissent et réagissent Tune sur l'autre, et c'est ce cas, ce sandhi intérieur, que nous avons à étudier maintenant.

Lorsque deux voyelles se rencontrent, elles sont, comme dans l'électricité et l'action chimique, animées de deux mouvements contraires, le mouvement d'attraction et de combinaison^ celui de répulsion et de dissociation ; très rarement, mais cela arrive, le mouvement est nul, il n'y a ni attraction, ni répulsion. Dans le premier de ces cas se produit cette combinaison particulière qui s'appelle la contraction, c'est le phénomène le plus fréquent ; dans le second l'une des voyelles se dédouble en voyelle et semi-voyelle correspondante, ce qui lui restitue son autonomie, et écarte, sans hiatus, l'autre voyelle ; enfin dans le troisième cas, il y a hiatus.

1® Effet de combinaison ou de contraction , d'élision, et de semi-vocalisation.

Les règles de la contraction sont intéressantes à étudier surtout dans la langue Grecque où elles ont obtenu leur plein développement.

En Sanscrit Va s'élide devant une consonne différente, devant un autre a se combine en une longue à ; bala devient bal-in ; shwêta-ashwa devient shwêtâshwa.

D'autres fois Fa au lieu de s'élider se combine avec la voyelle suivante gadja-indra devient gadjêndra ; krsna-uraga devient krsnôraga.

Les autres voyelles devant une autre voyelle identique à elles-mêmes se combinent en une longue, giri4ndra devient girîndra.

Devant une voyelle dissemblable, elles se semi-vocalisent ; i devient y, u devient w ; cependant ia au lieu de devenir ^a se resserre assez souvent en i.

Le processics est facile à expliquer : si la première voyelle est semi-vocalisable, on peut ainsi conserver les deux ; à défaut on les contracte en faisant faire à chacune la moitié du chemin intermédiaire sur la croix vocalique ; a et i s'y rencontrent en e; a et u s'y rencontrent en o ; plus tard on devient plus hardi, et on recourt à Télision qui absorbe la seconde voyelle : ai devient i ; ta devient i long. Telle est, croyons-nous, l'évolution. Quand les deux voyelles sont identiques, pas de difficulté à = a -i- a.

Les règles sont substantiellement les mêmes en vieux Bactrien ; seulement l'allongement résultant de la contraction a peu à peu disparu ; et non-seulement ia devient souvent t^ mais ua devient u, sous l'influence d'un m suivant.

Le Latin se sert aussi de la contraction : Romai = Romœ, mais plus souvent de l'élision et ici de Yélision du premier élément et non plus du seœnd ; servo devient servilus, amao devient amo.

Les règles en Lithuanien sont les suivantes : a + û^ = ô ; a '\' i '=^ ai ; a -^^ u =^ au ; i •\' a ^=^ é^ z, y ; z -H û -f- a = ë ; i + ai — ei. On voit que parmi plusieurs courants celui de la semi-vocalisation domine ; puis viennent ceux de la combinaison et de l'élision.

En Gothique a -f e =? z ; i -f- a = ?.

Nous arrivons à la langue la plus intéressante sous ce rapport, au Grec.

La première règle que nous retrouvons partout est que deux voyelles identiques qui se suivent se contractent en une seule

langue : a + a = â ; i + z = î ; à plus forte raison si lune de ces voyelles est déjà longue ; en conséquence e + >? = n ;

+ û> = (ù ; + oy ^= ou ; e -f- ei = ei.

Cependant exceptionnellement e -|" ^ = et, o -f- o = ov excepté en Dorique où ils rentrent dans la règle et égalent w ; la raison en est dans le principe de semi-vocalisation ; e se rapproche de lï dans la prononciation grecque, de même \o de Iw, de-là la semi-vocalisation possible, et toutes les fois qu'elle est possible, nous savons que c'est le moyen préféré.

La règle, en cas de rencontre de voyelles hétérogènes, c'est qu'en cas de rencontre de \o avec Ta ou l'y?, c*est Xo qui remporte, mais en même temps il s'allonge par compensation, d'où « + o, >î + o, o4-a, o-}-yï deviennent w. D'autre côté en cas de rencontre de a et de yj, c'est tantôt l'un, tantôt l'autre qui

l'emporte ; a -}- e, a -|- y? ~ a ; e 4- a, >} -]- a ~ yj ; on voit que

c'est celui qui a la première place qui a la préférence. Enfin en cas de rencontre de e -f- o ou de o -j- e, de e -h oi et de o 4- ei c'est encore To qui l'emporte, et Ton obtient ou et oi ; l'o s'est semi-vocalisé avec lui-même dans le premier cas, et dans le second l't semi-vocalisable a été respecté comme tel.

Ces règles sont faciles à expliquer ; le Grec n'applique pas la règle de combinaison véritable, mais celle d'élision et la développe ; dans l'élision, c'est d'abord la voyelle plus forte qui est préférée ; l'o est plus fort que l'e, que l'a et que l'/j, ce qui est conforme à la phonétique physiologique ; s'il y a concours de l'a, de l'e et de l'y? cette différence n'existe plus, et c'est la voyelle première en rang qui l'emporte. Dans la triphthongue, un élément est mis à part ou se conserve en se semi-vocalisant. Enfin le Grec ajoute le principe de compensation .

Si nous voulons maintenant généraliser les principes indoeuropéens dans la combinaison de deux voyelles, nous dirons que cette combinaison se fait par trois moyens successifs.

1®^ moyen, La semi-vocalisation d'une des voyelles, ce qui les conserve.

2® moyen, La combinaison véritable ou contraction.

3® m.oyen, l^élision d'une des voyelles, selon certains principes de préférence suivant l'idiosyncrasie de chaque langue qui conserve tantôt la voyelle qualitativement ou quantitati-

i.ji/.:^i

yement la plus forte, tantôt celle qui a le premier ou le second rang, avec ou sans allongement ou renforcement compensatif de la voyelle qui reste.

2" Effet d'absence de mouvement et hiatus.

Cet effet est commun à un grand nombre de langues, mais est surtout remarquable dans les langues Polynésiennes, d'où résulte l'accumulation d'un nombre incroyable de voyelles. Il y a des phrases entières où aucune consonne n'apparaît, et nous répéterons ici les suivantes, citées par M. Frédéric MûUer : ua oia au, eue ae oe ia Ji^ e ao ae oe ta ta^ e i ae oe ta ia^ qui signifient en langue Havaïenne : je le suis, salue le Ji, enseigne-le^ dis-lui.

3** Effet de dédoublement d^une des voyelles.

Le Sanscrit en présente de nombreux exemples. Une voyelle avant une autre voyelle engendre une semi-voyelle qui s'intercale entre les deux ; i devient iy, u devient uw : nî conduire, donc ni-niy-us ; yu, joindre, donne yu-yuv-a. C'est le résultat d'une force de répulsion.

Il en résulte aussi la lettre euphonique.

Cette lettre euphonique existe en Singalais avec un caractère un peu différent. Après l'a, Te, lï, on insère y ; après u et o, on insère t? pour les séparer de la voyelle initiale de la syllabe suivante : na'a serpent devient naya après le sanscrit naga; Wa, le monde devient lova après le sanscrit lôka ; satura, la mer, devient sayura^ après le sanscrit sagara. Dans tous ces cas, Vy n'est point le prolongement direct de Vi, puisqu'il s'insère après Ya. L'instinct a consulté la croix vocalique pour arriver à Tune des deux semi-voyelles, la branche a, e, i convergeant vers Vy, la branche o, u convergeant vers w.

D'autre côté souvent une voyelle, qui tient un rang intermédiaire sur l'échelle se résout en la voyelle supérieure et en la voyelle inférieure pour pouvoir convertir l'une d'elles en semi- voyelles, et échapper ainsi à l'absorption ; alors ê devient ai, puis ay ; oe devient au, puis aw. Exemples : ne + ana, œil, devient nay-ana; nœ 4* i, sur le navire, devient : nâv-i.

Ce n'est pas seulement par le développement de i en iy et de u en uio, ou par la résolution de œ en ai, puis ay, de oe en aà, puis en aw^ enfin par la conversion de i en y et de uenw

que la voyelle écarte l'autre voyelle en contact qui tendrait & se combiner avec elle. Le besoin de répulsion, de dissimilation ' à maintenir emploie encore d'autres procédés.

C'est ainsi qu*en Français pour empêcher que les deux voyelles, soit celles du même mot, soit celles de deux mots qui se suivent, n'entrent en coalescence, on intercale la lettre A, d'abord probablement aspirée toujours, plus tard devenue simplement diacritique. C'est ainsi que le français s'est formé du latin dans : octo^ huit ; oleum, huile ; ostrea , huître ; erodius, héron ; Ca{d)urci, Cahors ; tra(d)ere, trahir.

Enfin dans le même but la voyelle initiale s'est protégée contre la voyelle finale du mot précédent par un procédé très ingénieux en se préfixant l'article composé alors d'une seule consonne, VI ; c'est ainsi que : hedera a produit I4erre pour terre; insula.l-ille ; uvettej-uette. ha, même langue s'est servie aussi du pronom possessif réduit à une seule consonne, aussi bien que de l'article. C'est ainsi qu amita a produit f-ante = ta ante^ au lieu de : ante. Dans ce dernier cas, le procédé se mêle d'un phénomène de eoncrétisme très curieux.

b) Voyelles à distance agissant par induction.

Nous avons dit q u'il faut distinguer dans l'action des son s les uns sur les autres P si c'est Y antécédent ou le subséquent qui agit, 2® si l'action est assimilante ou dissimilànte et dans le cas d'assimilation, s'il y a assimilation proprement dite, ou simple accommodation^ si l'action est élidante et absorbante, ou simplement mx>difiante.

Ici il ne faut retenir que la première distinction ; en eâet l'action à distance n'est jamais dissimilànte, elle peut être absorbante, mais seulement d'une manière indirecte ; elle est toujours soit assimilante, soit accommodante ; mais ce qu'il importe d'examiner avec soin dans Yaction par induction (et nous entendons ici le mot : induction dans le sens où l'emploient les sciences physiques) c'est dans quelle direction elle se produit, si elle est directe ou contraire, si elle s'exerce du mot plein sur le mot vide, ou du mot vide sur le mot plein.

Pour abréger les locutions, disons tout de suite que l'action du mot plein sur le mot tide se nomme : harmonie vocalique, que l'action du mot subséquent oide sur le mot plein se nomme

tiMilaut, terme qui n'est pâs assez compréhensif et que le mot adoucissement traduit plus inexactement encore.

Nous conserverons à la première action le nom d'harfnonie Docalique auquel nous ajouterons quelquefois celui de : directe; nous donnerons à la seconde le nom d'harmonie vocalique contraire ; Vumlaut n'est qu'un des modes de réalisation de cette dernière.

Quelle est la plus naturelle de ces deux harmonies ? Quelle est la plus parfaite ?

La plus naturelle et aussi la primitive e%iVharmonie vocalique directe ; elle s'emploie dans des langues réputées relativement inférieures ; elle a phonétiquement ce désavantage de rendre le mot un peu Tnonotone, puisque, si elle est complète, chaque mot, quelle que soit sa longueur, aura dans toutes les syllabes suivantes la voyelle de la première. Cependant elle est très logique, puisqu'elle subordonne absolument au concept radical tous les concepts accessoires ; elle empêche les mots vides annexés au mot plein de s'user et de disparaître puisqu'elle ne les vide que vocaliquement tandis que l'accent qui remplit le même emploi dans d'autres langues finit par corroder les consonnes mêmes de ces mots vides. Enfin il vient plus facilement sur les lèvres et à l'oreille l'idée de subordonner un son à naître à un son déjà produit que celle d'émettre un son en concordance avec un autre encore muet et qu'on ne peut qu'imaginer. Ajoutons cependant bien vite que la rôle psychique de l'harmonie vocalique n'a pas existé tout d'abord et qu'elle était purement phonique.

Cependant Vharmonie vocalique contraire est supérieure.

Outre qu'expérimentalement elle se produit dans des langues plus parfaites, elle marque un état plus avancé de l'esprit humain, celui où Ton peut accommoder un son, un mot ou une idée, à ceux qui ne se produiront que plus tard. Or c'est le plus ordinairement dans cet ordre qu'elle se produit, comme nous le verrons. En outre, elle élève Vidée de relation au dessus de Vidée de substance^ en marquant sur le mot qui exprime celle-ci l'empreinte du mot qui exprime celle-là. Quand l'allemand dit au pluriel : mànner par opposition au singulier $nann^ la désinence : er qui est l'indice du pluriel domine la racine : mann^ en transformant sa voyelle a en à. Puis, euphoniquement la monotonie désagréable n'existe plus ici ;

rarement assimilation complète, simple accommodation, et d'ailleurs la voyelle radicale est nécessairement variée, l'harmonie ne fait donc que la nuancer, ce qui augmente sa tonalité et son expression.

Pourquoi l'évolution a-t-elle amené dans certaines langues l'harmonie directe, et dans d'autres l'harmonie contraire? Pourquoi n'a-t-elle amené Tune et l'autre que tardivement, de telle sorte que se produit ce fait singulier que ni l'une ni l'autre n'existaient qu'en germe dans les langues proethniques ?

L'harmonie directe n'a été rendue nécessaire que lorsque de Vétat d'isolement on est parvenu à un degré développé d'agglutination^ lorsque beaucoup de mots vides de sens lexiologique se sont annexés au mot plein, en nombre assez grand pour que le mot plein parût comme effacé par eux ; l'idée radicale, ontologique allait périr, les mots vides reprendre leur sens plein, la dérivation retourner à la composition et le mot ne pas acquérir d'unité, si cette unification n'avait été faite en employant un procédé qui conservait au mot plein sa suprématie.

Ce procédé ne pouvait consister qu'en renforçant le mot plein, ou qu'en affaiblissant les mots vides et en les subalternisant.

C'est ce dernier procédé qu'employèrent alors les langues à harmonie directe, et elles le développent à mesure que les mots vides agglutinés croissent en nombre. La racine n'est pas exaltée, mais les mots vides sont abaissés ; après les avoir vidés de leur sens, on les vide de leur son.

Les langues à harmonie contraire, par contre, ne s'occupèrent au moins directement que d'exalter le mot plein, le mot lexiologique. Pour l'exalter, ils élevèrent la voix sur ce mot, de là Yaœent tonique ; mais comme nous le verrons dans un chapitre suivant, l'accent agit à son tour sur la voyelle du mot plein, la met au degré normal ; cette exaltation de la voyelle radicale eut une conséquence forcée, l'abaissement des mots vides suivants et surtout de leurs voyelles ; mais cet abaissement ne fut plus mesuré, comme dans le cas de l'harmonie directe ; il n*eut pas lieu d'ailleurs par accommodation de la voyelle du mot vide, mais par son assourdissements par son écrasement. A mesure que la voyelle frappée d'accent devenait élevée et emphatique, à mesure les voyelles des syllabes suivantes devaient se raccourcir, et si le mot était long, devenir muettes ; sous cette action trop vive, les consonnes des mots vides se

déformaient elles-mêmes. C'est alors que luttant pour l'existence les mots vides près de périr réagirent, et frappèrent la voyelle radicale de leur empreinte par le phénomène de Yharmonte régressive, de Yumlaut. UunUaut est donc la réaction contre T accent.

Ainsi se trouve expliquée la différence et à la fois la naissance tardive de ces phénomènes.

Il nous reste à étudier chacun d'eux.

Cependant il ne faut pas croire que ce double phénomène ait eu pour cause première le besoin tout psychique, ou tout au moins morphologique, de relier le mot vide au mot plein ;la phonétique ne trouve la cause première de ses phénomènes qu'en elle-même. Les instincts psychiques et grammaticaux n'ont pour effet que de profiter de ces phénomènes, de les développer, de les polariser pour les faire servir à leurs besoins.

Quelle est donc la cause purement phonique de l'harmonie vocalique directe on régressive ?

Celle de Th^rmonie directe est la propension tout acoustique de ne pas passer brusquement d*une voyelle à une autre éloignée et de branche différente ; elle est analogue à celle qui en musique ne peut pas changer brusquement le ton sans transition, et de celle qui veut que deux notes qui se suivent aient au moins une harmonique semblable. De même unecouleur laisse son reflet sur la couleur qui Tenvironne. L'unité du mot est constituée matériellement par une dégradation vocalique.

Plus difficile semble à trouver le germe tout phonique de l'harmonie régressive, elle consiste à prévoir dans la voyelle commencée celle de la syllabe suivante et à abaisser ou à relever la voyelle qu'on prononce pour que l'autre puisse se prononcer sans désaccord. En musique on altère aussi une note pour que la suivante devienne possible. Cependant l'altération de la seconde note semble plus naturelle, et il y a plutôt ici réaction. L'accent assourdit la voyelle finale, ce qui est un contre-coup, et alors cette voyelle attaquée réagit.

A Harm^onia vocalique directe,

a) HARMONIE DIRECTE PROGRESSIVE.

L'harmonie vocalique directe a reçu très tôt l'emploi que

nous venons d'indiquer; mais cependant elle a eu d*abord, ainsi que nous l'avons dit, comme tout autre phénomène phonétique, son existence purement physiologique et mécanique. Un vestige de ce premier caractère de l'harmonie vocalique existe dans les langues où cette harmonie ne gouverne pas seulement les mots vides annexés, mais aussi les syllabes de la racine, autres que la première. C'est-ce qui a lieu en Jakute, où la première syllabe de tout mot impose sa voyelle à toutes les autres.

Même lorsque l'harmonie vocalique prit une fonction morphologique, elle hésita d'abord sur ce que serait cette fonction ; c'est ainsi que nous voyons le Mandchou l'appliquer à la distinction entre le masculin et le féminin : Khakha Thomme, Khekhe, la femme ; ama^ le père, eme la mère.

Enfin sa fonction décisive fut celle que lui donnent les langues Ouraliennes, Altaïques et Samoyèdes, la subordination des expressions de relations.

Nous avons dans notre Étude sur la Catégorie des cas étudié les fondements phonétiques de l'harmonie vocalique. Nous ne voulons que les rappeler ici en quelques mots.

Établissons d'abord la croix vocalique.

ée

a bref

muet muet a long

e sombre

sombre

Au point de vue de rharmonie vocalique on examine l'^^ rinfluence d*un phonème d*une ligne sur un phonème d'une autre ligne à la même hauteur, par exemple de Yi de la ligne 1 sur lu de là ligne 2, de lï de la ligne 1 sur Vy sombre de la ligne 4, de Ve de la ligne 1 sur ïo de la ligne 2 ; ou sur un phonème d'une autre ligne à une hauteur inégale, de manière à le rapprocher mais sans changer sa hauteur, par exemple de IV l"* ligne sur Vo 2" ligne de manière à le changer en ô 3" ligne ; telle est l'harmonie vocalique ordinaire, 2*** l'influence du phonème sur tout phonème sans condition. C'est l'harmonie vocalique exceptionnelle mais plus complète et qui d*ailleurs se combine avec l'autre.

La première s'appelle harmonie vocalique en force et la seconde harmonie vocalique en poids.

V Harmonie vocalique en force.

Les lignes ci-dessus sont classées en fortes et faibles, la 1'® et la 3* sont faibles, la 2* et la 4® sont fortes, et comme il y a connexion entre elles la 1'* est la faible de la 4*, et la 3* est la faible de la 2®. Quant à la voyelle A qui forme le centre, elle est considéré comme forte et placée sur la ligne 2*.

D'où la série.

fortes a u y e sombre faibles à ô ii i e clair.

Dans beaucoup de langues, IV et Ve sombre disparaissant, lï et Ve deviennent sans correspondantes, par conséquent des voyelles neutres pouvant s'harmoniser aussi bien avec des faibles qu'avec des fortes.

Nous avons expliqué ailleurs pourquoi la ligne 3 est la faible de la ligne 2, et la ligne 1 la faible de la ligne 4. La ligne 2 et la ligne 3 ont de commun l'avancement des lèvres, elles ne diffèrent que par la capacité buccale ; or ce sont les voyelles de la ligne 3 qui ont la capacité buccale moindre, donc qui sont les plus faibles, les moins résonnantes. De même les voyelles de la ligne 1 et de la ligne 4 ont de commun le resserrement labial, elles ne diffèrent que par la capacité buccale ; or ce sont celles de la ligne 4 qui ont cette capacité plus grande, donc elles sont fortes par rapport à celles de la ligne 1 .

Voici maintenant l'action ; lé voyelle forte veut après elle une voyelle forte, la voyelle faible veut après elle une voyelle faible, pour l'obtenir elle ne s'identifie pas la voyelle suivante, mais elle rapproche celle-ci d'elle-même en la faisant tourner en cercle sur la croix vocalique ; lï transporte Yu suivant en û, Yo suivant en cf, Yy russe qu'aucune branche ne sépare en i, l'A (a long) en a. De même, quoique cela soit moins apparent, Yu transporte Yi en y, Ye en e sombre, Yic en u. L'harmonie vocalique opère donc tantôt un affaiblissement, tantôt, quoique plus rarement, un renforcement.

Lorsque les voyelles e, i par suite de la disparation d'e sombre et d'y sombre sont devenues neutres, elles peuvent suivre toute voyelle faible ou forte ; la loi de l'harmonie vocalique devient incomplète.

2® Harmonie vocalique en poids.

Dans les langues rares où cette harmonie vocaUque a lieu, au distribue les voyelles de chaque ligne en lourdes et légères.

Sont lourdes toutes les voyelles qui s'approchent du centre de la croix vocalique, et par conséquent l'A lui-même qui est au centre.

Cet A sert justement du pivot qui permet de changer de ligne, comme nous Talions voir.

En conséquence dans la ligne 1 la lourde est Ye, la légère est Yi.

Dans la ligne 2, la lourde est l'o, la légère u.

Dans la ligne 3, la lourde est l'o, la légère est l'w.

Dans la ligne 4, la lourde est Ye sombre, la légère Yi sombre.

Vis à vis de l'A, centre de la croix, toute voyelle est relativement légère, en particulier Ye sombre. .

Enfin comme Ye sombre est peu usité, si Ye sombre est la légère de l'A, à plus forte raison l'y sombre sera-t-il la légère de TA.

Delà ces deux tableaux l'un en Jakoute, l'autre en Turc.

En Jakoute.

lourdes

légères

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