‹ Essai de phonétique généraleChapitre 38 sur 47 · DOUZIEME SECTION · texte numérisé non relu

DOUZIEME SECTION

Permutation bntrb les consonnes, les semi-voyblles bt

les voyelles.

Ce sont en g6n6ral les consonnes qui forment le point de d^-

part, et conform^ment k la loi da moindre effort on passe d'elles aax semi-voyelles et de celles-ci aux voyelles.

Cependant Tinverse se produit aussi, et Ton a alors une lautverchiebung ascendante.

II faut distinguer la permutation de consonne orale*& voyelle orale, de consonne nasale k voyelle nasale, de consonne tremblante k voyelle tremblante.

1* De consonne ovale d voyelle orale, au moyen des semi'

voyelles, et vice-^ersa.

a) Permutation descendante.

Vy s*affaiblit en i, Vw en u, de mdme que tout k I'heure nous verrons IV affaibli en ^, 17 en 17, Vm et In. en m, n, toutes les fois que par la constitution de la syllabe ces phonemes se trouvent priv^s d*une voyelle d'appui, et d'asyllabiques deviennent eux-mSmes syllabiques. Nous avons ^tudi6 ce point k propos du vocalisme primitif. Nous avons d6montr6 que ce qui est reconnu vrai pour \y et Yw Test aussi pour le f , pour Valeph^ le waw^ le M.

Mais Vy, I'tOy Valeph avaient d6jk 6i6 produits par I'adoucissement de la spirante muette correspondante. Quant k Torigine de la spirante, nous Tavons ^tudi6.

b) Permutation ascendante.

Cette permutation est remarquable. EUe contredit le principe du moindre effort.

L'w se consolide dans les langues Celtiques en /*; le Sanscrit und devient fiss.

En zend le w qui suit t se change en Vy et on aspire le t en 8 ; twdm devient Bvdm. Apr^s d 11 devient b, swajemi, yinyoqixe devient zbajemi ; apr6s 5, il devient |) : swa, le chien, devient spa.

En Latin duonas devient bonus, Vu se consolide enb, puis le d tombe.

L'y se consolide r^gulidrement en Grec et de y devient dz^ cela forme le zetacisme. Le durcissement s'^tait A6jk fait en dj dans les langues N^o Jndiennes. II est probable que la conversion en dj a pr6cdd^ celle en dz ; le^' s'est assimil6 au d

pour devenir z : Grec SeiTvu/jit vis-4-vis dejungo ; l^taesjava^ ble ; Swvwimt = janh. C'est le passage de dj a ts, dz qui constitue ie zitacismey lequel est k proprement parler la conversion de chuintante en non chuintante.

L*Italien a suivi la mSme voie : Vy latin y est devenu dj lequel s est quelquefois converti en dz.

Le fran^ais a converti ly en j = h

Enfin I'espagnol a converti, k son tour, le^ en jota ; nous en avons donn^ Texplication.

L'A sonore se convertit rarement en consonne. On pent en voir peut-6tre un exemple dans Xe^jota.

2*» De consomie nasale d voyelle nasale et a voyelle orale.

Comment de Tm, n consonnes on passe a 1*^, n voyelles lorsque la constitution de la sjUabe Tcxige, nous I'avons d^ja observ6.

Mais de w, n voyelle on passe k Ya et autres voyelles non nasales, c*est ce que nous observerons plus loin au sujet de la permutation entre voyelles.

Une troisidme permutation se fait directement : de consonne nasale on passe k la voyelle orale-nasale, Van, in, on du frangais ; nous devons I'observer ici.

Ce ph^nomene se produit souvent en fran^ais, sous Tinfluence d un n final qui est absorb^ : bon-ics devient bon; fin-is, fin.

Le r^sultat inverse se produit aussi, on passe de la voyelle orale-nasale a la consonne nasale, c'est ce qui a lieu dans Tlndien lata pour sdta qui devient le latin centum et le gothique hunda ; de mSme I'lndien gati pour ganti devient le gothique qum dans gaqumti.

L'm, n, ne se maintiennent qu'en Sanscrit ; ailleurs ils deviennent consonnes, se convertissent en 7n, n et se garnissent pour ce d'une voyelle irrationnelle, c'est ce qui arrive en latin oil m, n deviennent em, en, en lithuanien oil ils deviennent im, in, en Gothique : um, un. D*autres fois, 1'^, n se convertissent en voyelles orales-nasales, ce que nous verrons un peu plus loin.

3^ De consonne iremhlante d, voyelle tremblante et d voyeUe -

orale.

La permutation de r, Z A r, / a a d^ja ^t^ expliqu^e.

Celle de ^, |, k «, e, i sera expliqu^e plus tard et rentre dans la permutation de voyelle a voyelle.

Disons quelques mots de la permutation inverse de r, / en r, Z, dans les cas ou T^tat syllabique exigerait le raaintien de

LV, ]'/ de rindien ne paraissent pas sous cette forme dans les autres langues de la famille. lis apparaissent sous celle-ci : Zend ere ; Grec ap, p-, aX, Xa, latin er, el, lithuanien ir, il, slave rj, li, gothique tir, ul, ce qui revient it dire que l'?» 1*^ se convertissent en r, I et ae garnissent pour obtenir ce r^sultat d une voyelle irrationnelle.

En outre, dans les langues d^riv^es, 17 consonne k une tendance k se convertir en i par Tinterm^diaire de la palatale ; ffl, lly et en u par Tinterm^diaire surtout de la gutturale et non sonore L Cette conversion de 17 en u est fr^quente en fran^ais ; chevalf chevattx.

TREIZlfiME SECTION.

Nasalisation des consonnes.

Cette nasalisation forme un vaste syst^me qui demanderait une ^tude sp^ciale.

La nasalisation pent pr^c^der le phoneme, ou attaquer le phoneme lui-mSme.

a) Nasalisation p7'6c6dant le phoneme.

La nasalisation tient d^j4 une grande place dans les langues Indo-Germaniques soit primitives, soil ddriv6es.

Dans les primitives la nasalisation est fr^quente en Grec : X<xv6avGi>, Xa|ui(3avG), rvyx^vco ; nous la trouvons en Sanscrit ; c est un moyen d'dlargissement de la racine, mais cet n peut Stre dA a un umlaut consonnantique, k Tinfluence de Tn d*un suffixe.

Mais c est dans les langues Africaines que la nasalisation par proposition joue un r6le important et direct.

Nous Tavons dOja observOe dans les langues Bantou ou elle

est comprise dans an systdme plus vaste et forme un des ^1^ments d'une lautverschiebung 6tendue. Nous avons vu, en outre, qu'elle transforme les phomSnes qu'elle precede par une influence qui dure mdme apr^s sa disparition.

Elle ezerce une grande influence en Woloff oii en se pr^posant elle sert k former des mots et transforme le phoneme suiyant ; elle est fr^quente aussi en Ibo et dans les langues Ewe» Akra, Odschi et Yoruba. De mdme en Eflk et en Kanuri.

La nasalisation initiale est trto importante en Chiapan^que ; les combinaisons ng, nd, mb y sont consid^r^es comme des sons simples ou de y^ritables annasalisies. Cette annasalisation 6tend plus loin son influence et affecte le k, le p, 17, IV qui au milieu des mots deviennent souvent ng^ (mb, nb, m), r, {ng, h), sans doute sous rinfluence de la voyelle pr^c6dente : ftope, voir, /utur ta-ngope ; pele, vouloir, ta-nbele ; panda, faire venir, tamania ; It, boire, ta-ri ; reto, se lever ; na-^eto. La nasalisation de IV lui-mdme est remarquable. On pent se demander pourquoi 17 se convertit en r au lieu de se nasaliser ; c est que I'r a 6t6 consid^r^ par plusieurs langues comme la sonore de 17. Enfin en tenant compte de cefait que la nasalisation est accompagn6e de la conversion de la t^nue en sonore, on pent dire qu'elle n'est intervenue que pour faciliter cette conversion, de mSme que Taflrication a facility la conversion de la muette en spirante ; on a dit successivement ta-nkcpe, puis ta-mgope. Ici se manifesto Teffet de deux voyelles sur une consonne qu'elies entourent.

Dans la langue de Viti, les sonores ne peuvent apparaitre sans s*accompagner d'une nasale qui les pr^cSde et les appuie. Cette langue nasalise mdme I'r qui devient ndr.

b) Nasalisation transfbrmant le phonime.

Cette nasalisation est fr^quente, mais n'agit pas r^guli^rement.

La nasalisation attaque souvent/, rarementr dans les di verses langues ; en voici des exemples : vufjifY] r^pond a lympha ; irvevfMov k pulmo; ar^a k aXXo;. En Finnois nimi, nom, au mordwin lem.

Elle attaque fr^quemment les les palatales : annus devient ano ; balneus, bono.

Les nasalisations des plosives sont assez fr^quentes: En par* ticulier les p^ b se convertissent souvent en m, le v enm ; le hongrois nyelv, langue = lapon nyalme ; le kh, h, se nasalise, le Sanscrit ahi ^ angvis ; le grec ayipc » le latin angor ; par centre Vm devient b en grec dans |3poro( qui correspond au Sanscrit martja, en frangais oil sdbbati dies devient samedi.

L*accusatif singulier de plusieurs langues finnoises est tantdt enb^p, tantdt en m.

c) Nasalisation ditruisant le phcmime.

Ce ph^nomdne trSs curieux se trouve dans le celtique oi!i it est connu sous le nom d*ecthlipse.

Vn formant la desinence d'un mot se reporte au commencement du mot suivant et fait disparaitre dans la prononciation la consonne initiale de ce dernier mot ; c*est ce qui arrive en particulier dans la flexion. A I'accusatif faith donne faithn dans lequel Vn r^pond k Vm latin, mais cet n se d^tache ainsi fa^hn et cet n se reporte r^gulidrement sur le mot suivant dont il annule la premidre consonne.

Par centre certaines langues d^nasalisent, par exemple le Singalais vis-&-vis du Sanscrit : danta, la dent, j devient data.

QUATORZIfiME SECTION.

Permutation entrb voybllbs.

II faut examiner successivement, P les permutations des voyelles orales entre elles, 2"" celles des voyelles orales-nasales, 3^ celles des voyelles tremblantes, 4<» celles des voyelles nasales, b"" les permutations des voyelles de ces di verses sortes entre elles.

1* Permutation des voyelles orales entre elles.

Ces permutations sont^de deux sortes P entre voyelles sur la mSme ligne ou sur ie prolongement de la mSme ligne dans la croix vocalique, 2^ entre voyelles de lignes diff^rentes, S"" de voyelle claire k voyelle sourde.

Entre voyelles de la mdme ligne, Taflaiblissement a lieu quand on s*6loigne de Va ; IV est raffaibl. de Ve ; Vu est Taffisdblissement de \o.

Get Bffaiblissement est frequent. On le constate en Indo-Germanique. L*indien affaiblit souvent la correspondant k Ye Europ^n en i : sthita, de stha ; bibharmi p. babharmt. Le grec Tocrc) est pour rexrw ; le latin ignis p. egnis ; firfnus pour fermxis ; vuxTt pour nocti, itttto? == equiis ; hirundo = x^^^^^''-

Le Slave use largement de ce proc6d^ : et IV, u substitu^s k Xe^ Vu substitu^ k Vu sont mdme des vojelles sourdes : pysu, chien, correspond kpasu.

Le Gothique affaiblit e, excepts devant ret A, en t, et Vo en u ; sUa r=: ^ate ; mdfs = t?o/^. La diphthongue iii remplace eft : giutu « geutu.

Vis-i-vis de cet affaiblissement se trouve le renforcement, ou le reldvement, ce qui semblerait indiquer en somme Taction de deux courants contraires ; de mdme que le renforcement de la lautverschiebung germanique se trouve att^nu^ et combattu par la loi du moindre effort, effet du temps, ici Teffet du temps, Taffaiblissement, est combattu par une tendance au reldvement ; c'est ainsi quV se relive en c et (i en o dans latin firmus, fran- Cais ferme ; latin inter ^ frangais entre. II est curieux d'observer qu'il y a eu affaiblissement puis renforcement car fvmms 6tait affaibli de dharma, et inter de antar^ enter. ' Le renforcement et Taffaiblissement alternatifs en suivant dans la mSme langue les gammes vocaliques que nous avons dress^es dans la par tie th^orique ci-dessus ferment une des parties les plus importantes de la phon^tique. Nous n en traitons pas ici, et nous renvoyons k la partie suivante, k la phon^tique dynamique, parce qu*il est reconnu aujourd'hui que cette gradation et la degradation correspondante se produisent sous rinfluence de Taccent, ce qui est une action dynamique. Ce sujet est le siSge de la fameuse controverse sur le systeme primitifdes voyelleSy particulidrement dans Tlndo-Europ^en.

Entre voyelles situ^es non sur la mSme ligne du triangle vocalique, mais sur les lignes formant le prolongement Tune de Taulre, il n*y a pas de permutation. Le fractionnement de la Indien en e et o Europ^en, ou la fusion de ceux-ci en a Indien appartient k un autre ordre d'id6es, celui de la variation vocalique.

Entre voyelles de lignes diffdrentes, la permutation est frdquente dans Tint^rieur de la mSme langue et mdme de langue

k langue. C'est ainsi que Vu Grec est deventi peu a peu un iiy puis ensuite un i ; qu'on consulte la croix vocalique, et on verra qu'on a parcouru ainsi un demi-cercle. De mfime Yi Indo-Europ^en est devenu en Russe souvent un i sombre. On a obtenu de la mdme faQon Yil fran^ais, et aussi Vii allemand que nous voyons d6g6n6rer en i dans les dialectes et qui rime avec IV dans la poetique.

Enfin Tassourdissement a lieu dans les langues d^riv6es, il aboutit k Ye muet, puis k la disparition de la voyelle. II domine le Fran^ais et TAllemand moderne. II a aussi transform^ les langues Slaves.

2® Permutation des voyelles orales-nasales.

La gamme enti^re des voyelles orales-nasales n'existe qu'en Portugais ; en Frangais des dialectes ou des prononciations individuelles seules les conservent nombreuSes ; le Frangais ne garde que quatre sons et avec eux suppl^e a ceux qui manquent.

C*est ainsi que le son : en fait dans cette langue fonction du son m, et rdpond tant6t k Yen Portugais, tantdt a Yin de la mSme langue.

3^ Permutation des voyelles nasales.

Ces voyelles sont m, n, n ; elles permutent entre elles aussi souvent que les consonnes correspondantes : m, n, h le font.

4*^ Permutation des voyelles tremblantes.

r, / permutent entre eux dans les mfimes conditions que r et I.

&» Permutation de toutes ces voyelles entre elles.

La permutation entre les voyelles orales-nasales et les voyelles orales s'observe dans les langues Slaves. La voyelle nasale-orale on de TAncien Slavon et du Polonais devient u en Russe, elle provenait elle-mSme d'une voyelle orale de Tlndo- Europ^en. De m6me les voyelles orales-nasales du Frangais proviennent des voyelles orales du Latin qui n'en possddait pas d'orales-nasales. ig

Par centre Yon latin, est devenu ii en frangais : conventus, convent ; il est vrai qu'on explique ce fait par la chute pr^alable de Yn suivi du renforcement compensatoire de Yo en ou. Mais Texemple du Russe prouve qu'on a pu passer de Yon latin k Yd frangais, puis k You.

De mSme dans le passage du Sanscrit au Zend nait la voyelle nasale-orale que le premier ne'poss^dait pas.

La permutation de la voyelle nasale en voyelle nasale-orale a lieu en Sanscrit par Tinterm^diaire de I'anuswara ; Tanuswara est la voyelle nasale pure de toute r6son nance orale, il pent suivre la voyelle ou se diphthonguer et se fondre avec elle, dans ce dernier cas la voyelle orale-nasale est n6e.

La permutation de la voyelle nasale en voyelle orale est tres frappante en passant de I'lndo-Europ^en commun aux langues qui en sont d^riv^es. L'm Yn devient a en Indien, en Iranien et en Grec, et e en Slave, il est vrai apr^s avoir pass^ probablement par une 6tape de nasale-orale.

C'est ce qui est tres curieux dans la transformation de Taccusatif, au moyen de la liquefaction des consonnes nasales. L m, indice d'accusatif en Sanscrit et en latin est devenu en Grec alternativement soit n, soit a par I'intermddiaire d*fn. On avait cru d abord que Vm = n grec dtaitjrest^ dans cette langue le signe, de Taccusatif, mais qu*il avait disparu par chute k la 3® d^clinaison ; c'^tait une erreur ; a y est la transformation de m, qui lui m^.me est la transformation de m. De mSme Ym Sanscrit est remplacd en pal^o slave par la voyelle nasale, puis par u. Cest ainsi encore que Ya privatif grec correspond k Yn privatif Sanscrit.

La raison en est la meme ; de mdme que les consonnes orales se convertissent en voyelles orales par rinterm^diaire des semi-voyelles orales : y, w, h, de mfime les consonnes nasales se convertissent en voyelles par Tinterm^diaire des voyelles nasales ou des consonnantes-sonantes suivant le gdnie propre de chaque langue.

Le processus est exactement le mSme en ce qui concerne les voyelles vibrantes, sauf qu'il n'y a rien ici qui corresponde aux voyelles orales-nasales.

Les voj^elles j, i deviennent a, e, i, en g^n^ral a dans beaucoup de langues, au lieu de se ddvelopper en r, I accompagn^s

de voyelle irrationnelle (en zend ere) ; c'est ce qui a lieu dans les langues N^o-Indiennes. Pali : isi, patriarche p. irst ; = Sanscrit rsi ; p&li sigala, chacal p. sirgala = s%gala ; pali kimi^ ▼er, p. kirmi = krmi.

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