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Essai de propositions et d'observations pharmaceutiques

I. Examen des formes des médicaments. —• Les matières très-variées qui constituent l’abondance, trop souvent stérile, de la thérapeutique, sont, comme on sait, rarement employées vierges de toute manipulation; le plus souvent, au contraire , on leur fait subir des modifications ou des réactions chimiques plus ou moins complexes , qui en facilitent l’administration ou en changent ou en modifient les propriétés. Delà, la création d’un assez bon nombre de formes pharmaceutiques que les uraticiens se sont pluX à imaginer, dans le but de remplir ces précieux avantages Mais de ce que le pharmacien peut donner à une drogue médicinale un grand nombrede formes, faul-d pour cela que le praticien, qui met en vogue telle ou telle sulislance, s’efforce avant tout, comme on en a des exemj)les, de lui faire subir tous les genres de préparations qui sont à sa disposition? Non, sans doute! Et l’art de ne faire éprouver à chaque substance que les manipu'a-

lions qui conviennent à sa nature propre , constitue l’une des parties les plus utiles de l’art de i^uérir.

Mais, s’il faut convenir que c’est là l’une des parties les plus difficiles de la pharmacologie, il est juste aussi d’avouer que c’est aussi malheureusement l’une des plus négligées . Il rne suffira , je crois , de citer quelques formules à l’appui de ce que j’avance pour faire sentir la vérité de mes réflexions.

Poudre dentifrice au sulfate de quinine. — Celte formule a été proposée pour remplacer les poudres dentifrices au quinquina, et pourtant les praticiens savent que c’est au tannin, bien plus qu’aux alcalis du quinquina que celte écorce doit ses propriétés odontalgiques.

Chocolat h l’iodure de fer. — C’est le proto-iodure de fer qui entre dans cette composition , et cependant il est plus que probable que le malade ne fait usage que du sousperiodure.

Pin d’alocs. — Il suffit d’avoir goûté une seule fois l’alocs pour être persuadé que l’administration de celle préparation pharmaceutique doit être au moins fort désagréable.

Est-il rationnel d’avoir inventé des pastilles à la rhubarbe, au sulfate de quinine, etc.? Ces pastilles n’ontelles pas été créées contre l’esprit de l’institution de celte forme médicamenteuse, qui ne doit compter que des médicaments de pur agrément ?

Voilà, je pense , suffisamment d’exemples de préparations incohérentes , et cependant je n’en ai puisé aucun dans le chapitre des médicaments chlorurés, qui en fourmille , ni dans celui qui a trait à la kréosote , qui ne lui cède en rien.

11. Les descriptions des préparations pharmaceutiques ne sauraient être écrites avec trop de détails. C’est dans

ce cas , surtout, qu’il est permis de préférer la clarté à l’élégance. Les praticiens, il me semble, ne sauraient être trop avares des abréviations de l’antique polypharmacie. Que signifient en effet ces mots ; Faites selon l’art? Est-ce que l’art pharmaceutique repose sur des bases assez fixes pour ne jamais prêter à l’arbitraire? Et quand même cela serait, le praticien instruit ne devrait jamais perdre de vue qu’il y a toujours eu et qu’il y aura toujours des hommes assez malheureux pour oser se permettre de s’adonner à la pharmacie sans songer à en étudier les règles !

D’après ces considérations , je me crois en droit de soutenir que les descriptions détaillées sont seules convenables en pharmacie ; j’ajouterai même qu’un praticien , quelque instruit qu’il soit, ne doit se permettre qu’avec crainte de les exécuter autrement qu’<à la lettre. Le fait suivant fera^ je l’espère, ressortir toute la vérité de ma proposition : quelque temps après que M. Gay-Lussac, dont tout le monde connaît l’exactitude et le savoir, eut fait connaître son exceilpnt pmcéAé pour ott^nir l’acide prussique anhydre, M. Vauquelin annonça qu’en traitant le cyanure de mercure par l’acide bydrochlorique , on n'obtenait pas tout l’acide bydrocyanique indiqué par la théorie , et, en outre, que le résidu de la distillation n’était point un simple bichlorure de mercure, mais bien un chlorure ammoniaco-mercuriel (sel vUembroth), et comme l’autorité scientifique de M. Vauquelin était immense, nul ne chercha alors à concilier la dissidence d’opinion de ces deux grands chimistes. Or nous savons aujourd’hui ^ d’après les données de MM. Geiger et Pelouze, que si M. Vauquelin obtenait des résultats opposés à ceux annoncés par M. Gay-Lussac, cela tenait à ce qu’il employait une trop grande quantité d’acide bydrochlorique , inconvénient grave, et que ce célèbre chimiste eût évité en suivant pharmaceutiquement,

c’est-à-dire pOtictüellement, la fortnule donnée par M. G&y- Lussac.

Les rédacteurs du Codex ne paraissent pas avoir été plus convaincus que M. Vuuquelin de la nécessité de fixer la quantité d’acide chlorhydrique, puisqu’ils s’expriment ainsi :

« Tiind in retortam injiciatur cjanuretum hyclrargjH tantùmque acidi hydrochlorici superdatur, quûMüm su/» Jicit ut superemineat ad digiti altitudinem unius. »

S’il m’était permis, en terminant ces réflexions, de présenter quelques avis aux savants chargés de la rédaction du nouveau Codex , je leur dirais avec Montaigne; « C’est » dommage que les gens d’entendement aiment tant la » brièveté ; sans doute leur réputation en vaut mieux, » mais nous en valons moins. »

III. Poudre de phosphore. — « Dans un flacon bouché » à l’émeri, de grandeur telle qu’il se trouve presque rem- » pli par la quantité d’éther qui doit être employé, on » met un morceau de phosphore et de l’alcool concentré; » on fait chaufi’erau bain-marie, et quand le phosphore est » en pleine fusion, on ferme le flacon, et on l’agite vive- » ment jusqu’à ce que le phosphore ait repris l’état'so- » lide. Il se présente alors sous la forme d’une poudre jau- » nâtre. » (Soubeiran d’après Casaceca.)

Il ne faut pas croire qu’il soit aussi facile de diviser le phosphore que la description précédente le ferait pres- .sentir. Ce n’est souvent qu’à la seconde ou troisième fusion que l’on parvient à se le procurer convenablement divisé pour l’usage, mais jamais on ne l’obtient en véritable poudre.

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