‹ Essai de propositions et d'observations pharmaceutiquesChapitre 5 sur 11 · CHIMIE · texte numérisé non relu

CHIMIE

XIX. Corpora non agunt nisi soluta. — Ce vieil axiome a, comme on sait, perdu beaucoup de sa valeur depuis que les phénomènes chimiques ont été mieux étudiés. Je pense cependant qu’il est plus vrai et plus général que la plupart des chimistes ne sont portés h le croire ; je me fonde sur ce que les réactions chimiques n’ont lieu entre les corps qu’autant qu’il y a contact intime entre eux , et ce contact, tel que je le conçois, ne saurait avoir lieu qu’entre des corps liquides ou gazeux : mais la répulsion inhérente aux matières gazeuses étant un obstacle à l’intime contact, la forme liquide demeure seule convenable aux actions chimiques.

J’admettrai volonliers que, lorsqu’un gaz et un solide réagissent mutuellementl’un ou l’autre perd sa forme pour revêtir l’état liquide ; et je suis complètement persuadé que cette action chimique, si remarquable, des gaz naissants ne tient qu’à ce que ces corps, en quittant la forme solide et avant de passer à l’état de gaz, prennent la forme intermédiaire; c’est-à-dire l’état liquide, et que c’est sous cette forme qu’ils opèrent les réactions puissantes qu’ils sont incapables de produire quand une fois leur affinité cbimique, ou, si l’on veut, leur puissance électrique, est contrebalancée par la répulsion.

XX. Décompositions chimiques. — On se rappelle que Berthollet a admis en principe que toutes les fois que deux corps solubles ayant de l’affinité pour un troisième sont mis en contact avec lui, ils se le partagent chacun en prenant une quantité proportionnelle à son action chimique. Bon nombre de chimistes professent encore cette opinion , et M. Gay-Lussac est de ce nombre. D’autres, à

l’exemple de MM. Thonaid ei Dumas, pensent, au Contraire, que lorsque deux acides inégalement puissants se trouvent en contact avec une base, l’acide le plus faible n’a d’action sur elle que lorsque la capacité saturante de l’acide le plus fort est remplie. A l’appui de cette opinion, on cite particulièrement l’exemple suivant : de l’acide sulfurique mis en contact avec du borax ne commence à faire passer la couleur du tournesol à la couleur pelure d’oignon que lorsque toute la base du borax se trouve saturée par lui.

Cependant, malgré toute la valeur de cette citation , s’il m’était permis d’émettre une opinion, j’en reviendrais encore h celle de Berthollet, me basant surtout sur la remarque suivante : on sait que quelque temps après que le mélange acide qui constitue l’eau régale est formé, le dégagement de chlore cesse d’avoir lieu si l’on ne lui

présente un corps dont il soit avide, et l’on admet que ce phénomène est dû à ce qu’il s’établit un équilibre d’aClions entre le chlore mis en liberté et Foxygène qui est la cause de sa production. Cette explication! est-elle vraie ? Si elle est vraie, elle parle bien haut en faveur du célèbre chimiste d’Arcueil.

XXI. Phosphore ( préparation). — Ce n’est point à de l’hydrogène perphosphoré que les gaz dégagés pendant la préparation du phosphore doivent d’être spontanément inflammables , ainsi que M. Berzélius l’a très-bien établi ; cependant, comme plusieurs chimistes attribuent encore ce phénomène à la présence des phosphures d'hydrogène, je présenterai quelques réflexions tendant à eonlirmer les vues du chimiste de Stokholm : s’il était vrai que ce phénomène fût dû à l’hydrogène phosphoré provenant d’une certaine quantité d’eau retenue par le mélange carbophosphorique ; comment pourrait-il se faire que ce dégagement ne cessât qu’avec la cessation même de la production du phosphore, de manière à pouvoir servir en quelque sorte de régulateur? Mais ce qui me semble surtout prouver d’une manière tout à fait péremptoire que l’inflammation dont il s’agit est due à des vapeurs phosphoriques entraînées par le courant gazeux, c'est que la production du phosphore n’a lieu qu’au degré de la chaleur rouge, température à laquelle l’hydrogène phosphoré ne saurait se former attendu qu’à ce degré de chaleur ce gaz est décomposé.

XXII. Hypochlorites. — « Ils blanchissent et détruis » sent les couleurs bleues végétales comme le bût le chlore, » mais par une action différente ; le chlore enlève à ces » matières de’ l’hydrogène et forme de l’acide hydrochlo- » rique ; l’acide cldoreux, au contraire, leur fournit de

» l’oxygène qui brûle une partie de leurs éléments gu qui » les suroxygène. » ( Soubeiran. )

Je ne partage pas l’opinion de mon savant maître j je pense, au contraire, que dans ees deux cas l’action décolorante doit être uniquement dévolue à l’oxygène. Je me fonde, i“sur ce qu’il est bien reconnu que c’est l’oxy^ gène qui communique à la rosée sa propriété décolorante ; 2 " sur ce que c’est encore ce gaz qui donne au bi-oxide d’hydrogène la faculté de blanchir presque toutes les matières organiques qu’on soumet à son action ; 3° enfin , sur ce que des corps qui font partie des substances organiques ternaires, c’est le carbone seul qui se présente à nous babituellement coloré et l’hydrogène jamais.

De ces remarques je conclus, jusqu’à nouvel éclaircissement, que, pour qu’un corps possède la faculté de blanchir les substances organiques, il faut que ce corps ait de l’aflSnité pour le carbone ; or, c’est là l’un des traits caractéristiques de l’oxygène. Le chlore, d’après cette donnée, ne devrait pas décolorer les corps organiques; c’est en effet ce qui aurait lieu «’il u’avnit la propriété de décomposer l’eau, libre ou combinée, des substances qu’on soumet à son action, en formant avec son hydrogène de l’acide chlorhydrique, et mettant à nu l’oxygène; seul principe décolorant.

XXIII. Protoxide de mercure. — Il n’est pas vrai, comme l’a dit Donovan, qu’on puisse isoler l’oxide mercureux au moyen du protochlorure de mercure et d’un excès de dissolution froide de potasse caustique ; on obtient par ce moyen, comme par les autres procédés, du mercure m.étallique et une quantité correspondante de deuloxide, ainsi queM. Guihourt l’a parfaitement établi dans son excellente dissertation inaugurale.

XXIV. Action de l’acide hyponitrique sur la narcotine. — On se rappelle que M. Couerbe, dans un mémoire rempli de faits piquants, a signalé un phénomène de coloration assez remarquable, qu’un mélange d’acide sulfurique et d’acide nitrique fait éprouver à la narcotine, phénomène qu’il attribue à l’oxidation de la narcotine. Quelques essais que j’ai faits à ce sujet me portent à penser que la coloration rouge que prend dans ce cas la narcotine tient en ell'et à une oxidation , ainsi que Ta établi M. Couerbe; mais ils m’onten même temps prouvé qu’il s’est mépris quand il a écrit : « Qu’ayant mis de la » narcotine en contact avec de l’acide hyponitrique, la » matière n’a pas changé. »

Cette assertion m’étonne d’autant plus, que je connais la grande exactitude expérimentale de mon excellent ami ; aussi ai-je beaucoup cherché à expliquer la cause de sa méprise ; mais je dois avouer que jusqu’ici mes efibrts ont été sans résultat.

Quoi qu’il en soit, voici la description des phénomènes que l’acide hyponitrique produit quand on le met en contact avec la narcotine , tels que je les ai observés.

Le mélange devient subitement d’un beau rouge cramoisi , il s’échaude, se boursoufle et répand d’abondantes vapeurs rutilantes ; l’action chimique continue ainsi une demi-minute environ, temps après lequel le dégagement du gaz devient assez souvent moindre et le boursouflement aussi, tout en un mot semblerait faire pressentir que l’acide est sur le point d’avoir épuisé son action, lorsqu’au contraire la réaction recommence avec une énergie nouvelle : le mélange alors ne tarde pas à prendre feu et à donner une belle flamme blanche, dépassant souvent d’un pied en hauteur. L’enllamraation dure environ une seconde et toute la réaction un peu moins d’une minute.

Quand la flamme cesse on trouve dans la capsule un résidu noirâtre extrêmement spongieux, formé à sa sur-

face d’une matière tirant sur le noir, constituée probablement par une variété de charbon spongieux, et dans l’intérieur on rencontre cette substance amère, désignée tour à tour sous le nom de jaune amer de Welter, d’acide carb;izotique et enfin par Berzélius d’acide nitropricrique.

Pour que les phénomènes qui viennent d’être signalés se présentent dans toute leur intensité, il est bon d’opérer sur un ou deux grammes de narcortine, et au moins le double d’acide hyponitrique ; néanmoins, la belle couleur rouge se manifeste même quand on n’opère que sur des traces de narcotine.

Page 1