‹ Essai de propositions et d'observations pharmaceutiquesChapitre 6 sur 11 · XXV. Jlouge nitronarcotique. — Mais qu’est-ce donc · texte numérisé non relu

XXV. Jlouge nitronarcotique. — Mais qu’est-ce donc

que cette matière colorante en laquelle la narcotine est changée sous l’influence oxidante de l’acide hyponitrique? Faut-il l’assimiler à l’alizarine , ainsi que M. Couerbe est porté à le faire? Je ne le pense pas. Je suis cependant bien éloigné de croire que de ce que l’alizarine n’est pas formée pendant les manipulations auxquelles on soumet la garance pour l’obtenir on en doive tirer la conclusion explicite que de telles matières ne sauraient être formées par l’action chimique ! Je suis trop porté à assimiler aux lois de la chimie les phénomènes delà vie végétative pour ne pas admettre cette opinion à priori ! Mais ce n’est pas dans l’examen de la matière rouge nitronarcotique que je puis trouver un argument en faveur de ma pensée ; cette matière , au contraire, me paraît être un produit tout à fait transitoire, et dont peut-être le moindre de ses caractères distinctifs est sa couleur. Elle est décomposée par l’eau..

XXVI. Action de l’acide hyponitrique. — Tous les chimistes savent que l’acide hyponitrique possède une énergie chimique plus grande que l’acide nitrique. Je rappellerai, par exemple, que M. Liébig a vu que les

acides succinique et benzoïque, que l’acide nitriquen’atlaque pas, étaient promptement désorganisés quand on les soumettaient à l’action de racidehyponitrique. Cependant je ne trouve nulle part cette prédominence d’action expliquée! C’est pourquoi je me permettrai d’en donner l’explication suivante. Il est bien prouvé que l’acide nitrique et l’acide hyponitrique ne sont point des acides proprement dits, mais bien de véritables composés analogues aux sels, l’un constituant un nitrate d’eau et l’autre un, nitrate d’acide nitreux. Or, des deux corps faisant fonction de base, le plus électro-positif doit garantir le mieux la désoxidation de l’azote par les corps avides d’oxygène, et ce corps est évidemment l’eau. *Une autre cause qui peut concourir à augmenter l’énergie de l’acide hyponitrique, c’est que l’oxigène de l’acide nitreux peut, comme celui de l’acide nitrique, concourir à brûler les corps, tandis que l’oxygène de l’eau est toujours ou presque toujours res^ pecté. Je dois aussi faire observer que, comme aussitôt que l’acide nitrique réagit sur un corps organique, il devient en partie acide hyponitrique , c’est en réalité à ce dernier que l’action oxidante principale est due. C’est pourquoi j’attribuerai les phénomènes suivants seulement à l’acide hyponitrique, bien qu’en réalité plusieurs soient exclusif veinent attribués à l’acide azotique.

XXVII. Action générale de l’acide hyponitrique.'-r L’action générale de l’acide hyponitrique, sur les substances ternaires et quaternaires, me semble assez bien formulée comme il suit : avec les corps formés d’oxygène, d’hydrogène et de carbone, pouvant être considérés comme formés d'une molécule d’eau et d’une molécule de charbon, exemple, ligneux, amidon, sucre, l’acide hyponitrique donne d’abord naissance à de l’acide oxalhydrique, puis à de l’acide oxalique. Le même acide forme du tannin artiliciel détonnant avec les substances ternaires, hydrocar-

bonées, c’est-à-dire celles où l’iiydrogène et le carbone dominent; exemple, la plupart des résines. Enfin , l’acide liyponitriqjie, mis en contact avec les corps quaternaires azotés, produit de l’amer de Weller, ou acide nitropicrique; exemple, indigo, narcotine.

XXYIll. Nitrates (réactif). — L’expérience m’a fait connaître que le phénomène de coloration de la narcotine, signalé par M. Couerbe , comme très-propre à faire reconnaître des traces d’acide nitrique dans l’acide sulfurique, peut être aussi très-avantageusement emydoyé pour déceler des quantités de nitrate très-faibles. A cet effet, on réduit en poudre le sel que l’on soupçonne renfermer un nitrate ; on fait dissoudre d’autre part quelques grains de narcotine dans huit ou dix gouttes d’acide sulfurique , placé dans une petite capsule ou un verre de montre ; cela fait, on fait tomber sur la dissolution sulfurique des fractions d’une pincée du mélange salin en question : s’il renferme un nitr.ile, la dissolution laisse apercevoir presque aussitôt des auréoles d’un rouge plus ou moins intense suivant la quantité d'azotate contenu dans le mélange. On démontre ainsi avec la plus grande facilité la présence d’un nitrate dans un mélange salin qui en renferme moins d’un millième de son poids. Ce réactif est donc très-bon, et peut être assez souvent utile aux chimistes. Je dois cependant signaler que, les chlorates et les autres composés salins qui peuvent, sous l’influence de l’acide sulfurique, donner de l’oxygène, font, par malheur, éprouver la môme coloration à la narcotine; c’est pourquoi on devra, en faisant usage de ce réactif, avoir cela présent à l’esprit, afin de pouvoir en tenir compte, en s’assurant toujours si le phénomène est bien le résultat de la présence d’un nitrate. Cette remarque s’applique également à l’emploi de la narcotine comme réactif, de l’acide, nitrique mêlé à de l’acide sulfurique.

XXIX. Protochlorure de mercure obtenu par précipitation. — « Le protochlorure de mercure ainsi préparé » est très-blanc , et jouit de propriétés beaucoup plus » actives que celui qu’on prépare par sublimation ; ce » qu’il doit à son extrême division. » (Henry et Guibourt.)

«Quand le précipité blanc est bien lavé, il a absolu- » ment la même composition que le mercure doux , » seulement il retient presque toujours un peu d’eau inter- » posée ; il est fort actif , parce qu’il est très-divisé. » (Soubeiran.)

«Le précipité blanc est identique avec le calomel.»

( Gay-Lussac et Thénard, leçons orales.)

«Le chlorure de mercure ainsi préparé retient toujours » un peu de sel marin que les lavages ne peuvent enlever. » Cette petite quantité sulEt pour donner de la solubilité » au chlorure et lui communiquer une saveur mercu • ». rielle très-prononcée, en le transformant en partie en » mercure et en sublimé corrosif. Administréà l’intérieur » il excite à la salivation. » (Dumas.)

« Si les liqueurs sont parfaitement neutres ,au moment » où on les mêle il se précipite un sous-nitrate de mercure » qui ne peut être enlevé par les lavages les plus soignés, » et qui produit des effets dangereux lorsqu’on emploie » cette préparation h l’intérieur. » (Berzélius. )

Parmi cette grande divergeance d’opinions émises par de tels hommes , la recherche de la vérité sera sans doute considérée comme une tâche au - dessus de mes forces : aussi n’est-ce pas sans crainte que je m’aventure à livrer mes résultats d’expérience au jugement des savants professeurs de l’école de pharmacie ; mais puisqu’on faisant mes recherches je n’ai eu d’autre ambition que celle d’étre utile , ne m’est-il pas permis de compter sur l’indulgence de mes juges ?

1 “ J’ai comparé physiquement le calomel à la vapeur

et le pi'ècipité blanc, et je n’ai pu y reconnaître de dilfé rence appréciable ;

a» J’ai cherché à connaître la solubilité comparative des deux chlorures, et elle m’a paru être la même ;

3° Le précipité ne m’a présenté que des traces de chlorure sodique;

4“ Enfin, j’ai constaté la présence du sous-nitrate mercuriel dans du précipité blanc que j’avais préparé d’après le Codex, et dans un second échantillon que j’avais pris dans le bocal du magasin de la pharmacie centrale.

Deux autres échantillons, au contraire, ne m’ont présenté aucune trace de sous-nitrate.

De ces deux derniers échantillons, l’un avait été préparé en décomposant le nitrate par du sel marin et l’aiitre par l’acide hydrochlorique. A quoi tient cette différence? Elle tient à ce que, dans le premier cas, au Heu d’employer un protonitrate neutre on emploie un nitrate plus ou moins basique , suivant la quantité d’acide qu’on ajoute à la dissolution, et que, lorsqu’on vient à opérer la double décomposition par le sel marin, il se précipite

toujours plus ou moins de sous-nitrate. Inconvénient qu’il est facile d’éviter en acidulant davantage le nitrate basique ou bien encore en opérant la précipitation par l’acide hydrochlorique, ainsi que le recommande M. Guibourt.

Néanmoins, bien qu’il soit trèsrcertain que le précipité blanc renferme souvent du sous-nitrate et parfois des traces de chlorure sodique, je me garderai bien de dire que c’est à la présence de ces corps qu’il, doit sa plus grande énergie médicale, attendu que je ne le crois pas plus actif que le calomel à la vapeur. J’ai vu ce dernier produire le ptyalisme à la dose de seulement quelques grains, bien qu’entièrement exempt de sublimé corrosif.

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