CONCLUSION
avec plaisir, et Pacte contraire à la finalité entraîne de la douleur. Il y a une finalité pour les émotions comme pour les actes , car rémotion semble avoir été placée près de Tacte pour en assurer Texécution.
En tout cas la conscience est mise en jeu par les mêmes forces qui éveillent l'irritabilité réflexe. Toutes les forces extérieures capables de mettre en jeu Tirritabilité des tissus émeuvent la sensibilité, c'est-à-dire la conscience^ de sorte que le mouvement réactionnel (la réponse F + ^ à Tirritation F), qui était d'abord seulement mouvement, est devenu un mouvement avec conscience, accompagné d'émotion, c'est-à-dire de plaisir ou de douleur.
C'est à cette conscience rudimentaire que se bornent probablement les êtres inférieurs; mais, chez les vertébrés supérieurs, et principalement chez l'homme, apparaît une nouvelle complication : c'est la mémoire. Les mouvements, les émotions, les images, au lieu de^passer fugitives dans la conscience, y laissent tous leur trace, s'y accumulent définitivement, subissant dans les profondeurs de l'intelligence des modifications perpétuelles et capables de reparaître à l'état d idées.
Alors la réaction finale à la force F n'est pas seulement F + f, mais, encore, en appelant ^ le souvenir que laisse chaque excitation, trace indélébile de l'excitation F, il y a une réaction F + /'-h f . Ainsi la réaction finale à l'irritation est :
1^ Un mouvement réflexe qui peut manquer «t manque souvent;
2<* Un phénomène de conscience (avec plaisir ou douleur);
3® Un phénomène de mémoire.
Ces idées (f), souvenirs d'images et d'émotions, s'accumulent en nombre immense dans l'intelligence, et elles contribuent à augmenter énormément la somme d'énergie latente contenue dans le cerveau. Il arrive même que ces idées deviennent des forces excitatrices capables de déterminer des mouvements qui paraissent spontanés, alors que cependant ils sont sous la dépendance des images ou émotions antérieures.
Autrement dit, la réponse à la force F, par suite de la mémoire qui en conserve pendant un temps très long le souvenir, peut n'avoir lieu que des mois ou des années après qu'elle a excité la conscience.
L'intelligence semble donc être un mécanisme explosif avec onscience et mémoire. Descartes avait pénétré profondément
i76 PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE
la nature de la vie en montrant que les actes des animaux sont déterminés fatalement par la mécanique nerveuse. Mais, contrairement à ce que Descartes avait essayé de concevoir, — ce qui a rendu sa théorie des bêtes-machines si peu acceptable, — il en est de Thomme comme des animaux. Ils n^ sont pas d'une autre essence que nous. Leur intelligence et la nôtre sont des forces de même nature, quoique d'intensité différente. S'ils sont tout mécanisme, nous sommes, nous aussi, tout mécanisme. (1 est vrai que la complication en est prodigieuse. D*abord la conscience qui permet à ce mécanisme de ressentir plaisir ou peine; puis la mémoire qui conserve les impressions reçues, les recueille, les enregistre et les garde, pour qu'elles puissent & un moment donné faire explosion sous la forme d'un acte. Mais, si complexe que soit l'appareil, chaque acte est déterminé par des conditions fatales, des lois inexorables, lois des meuve* ments réflexes, lois d'inhibition, lois d'excitation, lois d'association.
En définitive, le système nerveux central mérite d'être appelé un appareil d'énergie latente, et cela à deux points de vue : d*abord parce que toutes les excitations antérieures qui Font ébranlé s'y sont définitivement accumulées. Tout ce qui a été vu, entendu, exécuté par nous, tout cela est resté en nous à l'état d'image, avec une intensité presque égale à celle de Timage primitive. Ensuite parce que l'appareil intellectuel de l'homme, avec cette prodigieuse mémoire, cette faculté d'idéation, de généralisation et de conscience, est le résultat des efforts lents et patients de la nature pendant des milliers de milliers de siècles. L'intelligence de l'homme représente le degré supérieur de l'évolution organique. C'est pour aboutir à ce résultat que, depuis des milliers de milliers de siècles, ont vécu des milliards de milliards de centaines de milliards d'êtres.
Il est permis d'espérer que le progrès n'est pas achevé, et que cette admirable intelligence continuera à devenir d'âge en âge de plus en plus puissante. La conscience s'est dégagée de Finconscience. Qui sait si d'antres forces ne se dégageront pas encore?