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LE SYNDROME MÉLANCOLIE

Chez l’adulte, la mélancolie n’est qu'un état symptômatique : on lerencontre dans un certain nombre d’affections que nous allons passer en revue. Ce sont la folie périodique, la dégénérescence mentale, la neurasthénie, la confusion mentale, et la démence précoce. Nous éliminons l’épilepsie, l’hystérie, l'alcoolisme, où les états mélancoliques sont universellement admis comme équivalents de la maladie. Dans ces divers cas Le syndrome mélancolie se retrouve souvent prédominant et revêtant un aspect analogue, mais tout-à-fait insuffisant pour donner à lui seul la solution du problème clinique.

Folie périodique. - Décrite à peu près en même temps vers 1874 par J. P. Falret et Baiïllarger, la folie circulaire ou à double forme est essentiellement caractérisée non point par le mode de réaction psychique, expansif ou dépressif, mais uniquement par l'alternance et, d’une façon plus générale encore, par la périodicité. Les observations de M. Magnan ont définitivement établi ce résultat. « La folie intermittente, dit-il, est une espèce patho- « logique se traduisant par la répétition chez un sujet, « à prédisposition latente, jusque-là sain d’esprit, d’ac-

« cès maniaques ou mélancoliques, isolés ou combinés de

to = « diverses manières, mais présentant toujours une évolu- « tion, une marche et des caractères généraux communs « qui les réunissent et les distinguent de toutes les autres « sortes de folie. Ces accès peuvent offrir, dans leur « marche, des variétés d’évolution que certains auteurs « ont considérées comme suffisantes pour constituer des « espèces pathologiques distinctes ; c’est ainsi qu’on « admet I:s folies intermittentes, les folies alternes, les « folies circulaires, etc ; mais on s’assure aisément par « l’histoire clinique des malades que ces distinctions repo- « sent sur des caractères assurément très apparents, « très saillants, mais néanmoins secondaires et limités « à une phase épisodique de la maladie ».

Ainsi, que l’on se trouve en présence d’une mélancolie, intermittente ou d’une manie périodique, peu importe ; il est certain qu'il s’agit de la même forme morbide revétant un aspect différent selon le terrain sur lequel elle se développe.

Et cependant l'accès dépressif de la folie périodique n’a rien qui le distingue d'un cas de mélancolie essentielle. La brusquerie du début ou la fréquence des récidives sont des indications insuffisantes, car, d’une part, dans la folie intermittente l'accès peut être annoncé par une période d’abattement, d’insomnie, ou par des idées obsédantes, d’autre part les intervalles de lucidité sont parfois très longs chez les intermittents.La malade V von K... de M. Magnan ne présenta que trois accès dans un espace de 20 ans. Il existe souvent, d’ailleurs, des accès atténués qui passent inaperçus. Nous avons observé une

malade qui a eu trois accès en 24 ans, chacun d’eux

D | jee produit par un serupule où un remords imaginaire, le

dernier plus intense, sans doute parce qu'il est apparu à

la ménopause.

OBs. II — Mme D... Marie, sans profession, 48 ans, entréele 19 janvier 1900, sortie après guérison le 18 avril 1900.

Dans son hérédité nous signalons, un père buveur, ur cousin germain mort à Charenton avec des idées de persécution, un autre cousin présentant des troubles nerveux mal définis. Elle même n’a jamais été malade; sujette aux migraines.

Elle entre dans le service dans un état de mélancolie anxieuse extrêmement intense. Ce n’est point son premier accès.

Premier accès.— À 24 ans, après la mort de son père, elle reste mélancolique pendant 4 mois, s’accusant d’avoir mal soigné son père.

Deuxième accès. — À 33 ans à l’occasion de la mort de son enfant, mêmes idées d’auto-culpabilité ; anxiété de 6 mois.

Troisième accès. — Vers le mois de décembre elle apprend que la femme E.... qu'elle a envoyée à Villers-Coterets est morte. Elle se reproche alors d’être la cause de cetta mort. Elle s’accuse en mème temps d’avoir conseillé à M. C.…. de frustrer le fisc, de détourner des tîtres.

Ces deux faits l’obsèdent sans cesse et sont suivis d’une anxiété extrême avec idées délirantes qu'elle manifeste ainsi à son arrivée : elle est une coquine, elle a commis tous les crimes, les autres criminels ne sont rien à côté d'elle:

Elle envoie plusieurs familles au bagne. Elle fait bérir tout

SCT ER uu peuple. Cela paraitra dans les journaux. Sés infamies dureront des siècles de siècles... Elle a un amant, n’estce pas ignoble? Elle a fait des communions sacrilèges.Elle se met à genoux et implore son pardon. Dans la. nuit elle se lève et va s’agenouiller au pied du lit de son infirmière. Elle gémit continuellement, ne cesse de répéter « mon Dieu, quel malheur ! » Insomnie. Alimentation difficile.

En même temps idées de ruine: elle n’a plusrien, ni bas, ni chemises, que deviendra-t-elle ? Dieu à mis le sequestre sur tous ses biens. Cette idée l’étreint à la gorge, lui dessèche la bouche, au point qu’elle né peut avaler, A aussi quelques idées hypocondriaques, qui paraissent accessoires son cœur est déplacé on l’a mis du côté droit.

Interprétations délirantes.—Elle a vu préparer le bûcher où elle va être brülée, vit constamment dans l’attente d’un supplice. On va la conduire en prison ; tout périra autour d’elle. La puit on vient faire des horreurs sur son Corps ; elle voit des geus prêts à l’étouffer, crie « Les voilà »; aperçoit du sang dans sa chambre. (‘ne nuit elle voit le nom de sa tante écrit sur le mur. Elle a aussi des impulsions ;: « si j'étais seule dans la rue, dit-elle, j’assassinerais quelqu'un ». Unètre la

pousse à donner un coup «de couteau, à commettre un crime, elle se demande si elle n’est pas possédée du démon. Elle a des idées de suicide, mais n’a point fait de tenta-

tive : « Je n'ai même pas le courage de me tuer ».

Cette auxiété persiste au mème desré pendant plusieurs

jours. Repos au lit. Extrait thébaïque à doses progressivement

croissantes.

S AA Din 1607 LE EE ie Peu à peu son agitation diminue. Le 2 février elle

. “A “ LA 4 0 Le 4 A S est (ou encore inquiète, mats a VCC réaction moins vive, Elle

Capgras

De

jours torturée par le souvenir des C. Elle dort bien et augmente de poids,

Comme troubles organiques : mauvais état des voies digestives, alternatives de diarrhée et de constipation ayant précédé et accompagnant son accès, Le pouls varie de 70 à 80 pulsations, il est un peu vibrant.

Le 16 février. — Elle pleure toute la journée à la pensée des C qu’elle a plongés dans la misère.

Pendant le mois de mars, elle commence à se rendre compte que ses idées n’ont rien de vrai, elle est préoccupée par les craintes de dépenses peu en rapport avec sa fortune. Le 26 mars les idées dél'rantes ne sont plus qu’à l’état de souvenir et sa dépression tend à disparaître. Elle sort en appa-

reuce guérie de son accès le 18 avril 1900 (1).

Le syndrôme mélancolie n’a donc bien qu’une signitication relative ; ne voit-on pas d’ailleurs éclater, au cours d’un accès, un épisode de couleur différent, et ces états mixtes décrits par Krœæpelin, dans sa folie maniaque, dépressive, ne sont-ils pas l'indice de réactions purement extérieures sans valeur intrinsèque, sans influence sur la nature même de la maladie ?

Dégénérescence mentale. — Dans ce vaste groupe des dégénérés, bien étudié par M.Magnan,à côté des syndrômes épisodiques, surviennent aussi des accès de mé-

lancolie. Sur ce fertile terrain vésanique,la psychose fruc-

1. Cette malade s’est pendue trois mois environ après sa sortie. La dépression, avec idées de ruine et d’indignité, avait reparu depuis une quinzaine.

ue

üfie avecune richesse délirante considérable ; ce délire présente tous les caractères du délire mélancolique : pénible, humble, divergent, parfois même monotone ; il est enfin secondaire, explicatifde la dépression douloureuse ; c'est ce dernier signe qui demeure prédominant : « Si lon supprime la dépression douloureuse, disent MM. Magnan et Pécharman, la mélancolie disparaît et l’on se trouve en présence des délires purs de la dégénérescence : idées de persécution, hypocondriaques, mystiques, etc... »

Considérés en eux-mêmes, les états mélancoliques des dégénérés, si l’on excepte la fréquence des récidives, n’offrent pas de caractères bien tranchés ; la brusquerie du début, la rapidité d’évolution, le polymorphisme des conceptions délirantes se rencontrent aussi dans la mélancolie simple. Le diagnostic ne se fait en général que grâce à la présence de stigmates physiques et psychiques.

Nous citerons une malade chez qui la mélancolie anxieuse ne fut qu’un épisode apparaissant sur un fonds de neurasthénie constitutionnelle, dont les stigmates persis-

tent après quérison de la psychose aiquë.

Ogs. II. — Mlle KE, Blanche, sans’ profession, 31 ans, entrée le 16 avril 1899.

A son arrivée dans le service est (rès anxieuse entrecoupant ses réponses de gémissements.

Préoccupations hypocondriaques intenses. Idées de culpabilité et de suicide : dès la première nuit elle essaye de se serrer le cou avecune serviette.

C’est une jeune fille à l’aspect infantile, et n’ayant pas le

EM QE développement intellectuel habituel à son âge. On ne trouve rien dans ses antécédents héréditaires. À l’âge de 10 ans elle aurait eu des vertiges, précédés de bruissement dans les oreilles, avec perte de connaissance brève, sans miction involontaire. À l’âge de 16 ans, pendant deux mois, elle devient triste,croyant porter malheur à tout le monde, éprouvait la sensation de toujours marcher sur du verre, ne dormait pas, et se sentait poussée à se jeter sous les voitures ; en même temps état organique mauvais: fièvre, vomissements. À 22 ans, excitation maniaque de trois mois : besoin perpétuel de mouvement, quelques scrupules religieux ; transpirations abondantes tachant ses draps en rouge ? Sensation de sonflement du ventre,

En dehors de ces périodes, susceptibilité extrême ; ne peut supporter la plus légère contrariété, sans avoir enviede pleurer. Stigmates de dégénérescence, érosions dentaires et surtout délire du toucher : elle ne peut toucher un bouton de porte en cuivre sans être aussitôt obligée de se laver plusieurs fois les mains.

La maladie actuelle, d’après sa mère, a débuté vers le mois d'octobre 1898, par des tristesses non motivées, suivies de larmes, une surexcilation excessive, des hésitations, un manque absolu de courage. Elle s’imaginait avoir quelque chose de déplacé dans l’intérieur du corps, et prétendait ne pas pouvoir se tenir droite. Au surplus, voicicomment la malade nous explique plus tard l’origine de son état : « Sous l'influence de mon état d’irritabilité, je trouvais que ma mère me tenait trop éloignée des autres jeunes filles, et peu à peu je me laissai aller à de violents sentiments d’aversion envers

elle, Me jugeant absolument responsable de ces vilaines pen-

re DE sées, je ne cessais de m'en confesser. À l’arrivée d’un nou veau prêtre je crus nécessaire une confession générale ; mais Je reculais toujours et cependant j’en avais un vif désir ». Ces scrupules religieux allèrent toujours augmentant, elle se crut abandonnée de Dieu, se mit à prier le diable et se figura enfin être possédée du démon.

En même temps, sous l'influence peut-être d’un mauvais état gastro-intestinal (vomissements, constipation) survinrent des préoccupations hypocondriaques : elle a estomac serré, rien ne passe plus, c’est une paralysie de l'estomac, Ses genoux sont tournés. Elle sent son corps, son ventre se resserrer, aux organes génitaux elle éprouve un écartement qui augmente de jour en jour. Dès son lever elle court devant une glace examiner sa langue qu’elle trouve chargée, son cou qui est secoué de battements.

Ses idées de suicide ont débuté au mois de janvier. Elle à qgherché plusieurs fois à se serrer le cou avec ses mains ou avec son mouchoir, à avaler des épingles. Deux fois elle a voulu se frapper d’un couteau ; se précipite le front ou le poing contre les vitres, voudrait manger du verre.

En même temps a des impulsions : est poussée à sauter sur cuelqu’un et en particulier sur sa mère. Voudrait causer du mal à son entourage. Considère ces pensées comme des crimes.

Cet état de mélancolie anxieuse se prolongea pendant un mois et fit place à de la dépression mélancolique.

Lorsque nous l’examinons, le 10 février 1900, la malade est encore préoccupée par ses scrupules de conscience. Elle nous avoue à voix basse qu'elle a prié le diable. Elle est très

impressionnée, dit-elle, par tous ces souvenirs, qui en effet

pe

provoquent une dilatation vaso-motrice intense et des transpirations. Elle se demande encore avec anxiété si elle n’est pas responsable de toutes ses idées passées ; cette pensée lui cause des bouffées de chaleur, une sensation de gonflement du visage,

Elle présente actuellement des symptômes neurasthéniques très nets. Elle a d'abord une psychasthénie intense : fatiguée par la plus légère lecture, ou par une conversation un peu longue, ne pouvant écrire une lettre qu’avec peine. Le seul fait de lever les bras lui donne de vives douleurs au ventre. Elle a des démangeaisons intolérables toute la nuit ; une forte sensation de chaleur à la tête, surtout le matin. Soubresauts intérieurs, battements au ventre ; sensation de gonflement des Jambes. Localise plus spécialement ces troubles subjectifs au côté gauche du corps; ce côté, dit-elle, est plus faible que l’autre, elle penche de ce côté, elle éprouve de ce côté du ventre « comme une roue qui tourne, » Céphalalgie plus intens: du côté gauche.

Appétit diminué ; digestions pénibles. N'est pas réglée depuis le début de sa maladie.

L'examen de la sensibilité ne révèle rien d’anormal. Son champ visuel est légèrement rétréci, rétrécissement plus marqué pour lœil droit, Rien au poumon, ni au cœur ; le pouls oscille entre 65 et 75, il est mou et dépressible. Urine

ne renferme ni sucre, ni albumine.

En un mot, l’état mélancolique du dégénéré est identique aux autres états syndromiques si fréquents chez lui. L'intervention du facteur dépression ne saurait empé-

cher de lassimiler aux phobies, obsessions, et autres stig-

or — mates psychiques. MM. le Professeur Raymond et le D: Pierre Janet ont montré cette simple différence de degré qui existe entre une phobie et une crise de mélancolie anxieuse. L’une, émotion choc, détermine une dissolution plus ou moins profonde, mais éphémère, des synthèses antérieurement construites, l’autre est un état psychologique de longue durée qui s’établit souvent à la faveur de la dissociation précédente. «Ce système particulier de l'émotion, tel qu'il avait été constitué à un moment de la vie, est resté permanent, il amène avec lui les effets que l'émotion produit momentanément, et il empêche toujours les autres systèmes de se reconstituer ». C’est en quelque sorte une émotion obsédante.

L'école de M. Magnan rattache à la dégénérescence mentale une variété, que Griesinger considérait comme une forme atténuée de mélancolie, lhypocondrie. « L’hypocondrie, dit M. Gilbert Ballet, a été progressivement démembrée à mesure qu’on a enlevé à cette espèce morbide provisoire ce qui revient de droit à la mélancolie, à la folie intermittente, à l'encéphalite interstitielle, aux états de faiblesse ou d’affaiblissement mental, Elle ne saurait être actuellement envisagée que comme un syndrôme... il y a des idées hypocondriaques comme des idées de grandeur ou de persécution, il n’y a pas une espèce morbide méritant le nom d’hypocondrie. » Et cependant l’hypocondrie semble avoir une base organique autrement solide que la mélancolie, puisqu'elle n’est que « l’amplification par un cerveau devenu malade de symptômes réels et l'interprétation fausse ou délirante de ces

symptômes ». Pourquoi donc accorder à l’une de ces psy-

CDS choses ce que l’on refuse à l’autre et s’il n'existe que des idées hypocondriaques sans hypocondrie, ne pourrait-on pas ajouter qu’il n’existe aussi que des états mélancoliques sans mélancolie ? Oui sans doute, si l’on donne à la mélancolie le sens qu’on à l'habitude de lui attribuer.

Neurasthénie.— Les rapports réciproques de la mélancolie et de la neurasthénie ont été bien étudiés dans la : thèse du D' Boissier. Il est, après lui, inutile d’insister sur l’analogie des conditions étiologiques, des phénomènes somatiques et psychiques, preuve suffisante qu'il n’existe entre la névrose et la psychose « qu’une différence d'intensité ». « On peut voir dans la mélancolie un stade d’aggravation éventuel survenant dans la névrose comme un incident épisodique ou comme terme extrême amené par la persistance de causes provocatrices. »

Et en effet, la phase prodromique de la mélancolie : lassitude, céphalalgie, anxiété précordiale, troubles qastrointestinaux ne relève-t-elle pas de l’état neurasthénique ?

M. Gilles de la Tourette, parlant de la mentalité des neurasthéniques, s'exprime ainsi : « Le neurasthénique se rend un compte exact de son état mental, de la dépression psychique dans laquelle il se trouve. Il s’en rend compte et il s’en afflige, et c’est même cette conscience exagérée de son état qui le plonge dans la tristesse... Ou bien le malade s’abandonne complètement à sa dépression mentale restreignant autant que possible et volontairement son champ d'activité psychique, devenant indifférent, au moins en apparence et apathique ; ou bien il s’angoisse, l'effort toujours très pénible qu'il doit donner, restant

disproportionné avec l’excitation qui l’a fait naître et sur-

or DE tout avec le résultat qu’il sait devoir en obtenir ».Serait-il possible de décrire en termes plus exacts l’état mental du mélancolique avec conscience ?

Où trouver un moyen de diagnostic ? dans la plupart des monographies on indique le délire: « Le mélancolique, dit encore M. Gilles de la Tourette, puise sa tristesse et son abattement dans les interprétations délirautes, » Sans doute l'apparition d’un délire pénible augmente la dépression, mais n’est-il pas universellement reconnu que cette dépression est toujours primitive que les idées délirantes sont en somme accessoires : mode d’explication, qu'a trouvé le malade, de son état affectif. En revanche le délire peut se montrer dans la neurasthénie. Bouveret signale l’apparition de courts accès de délire émotif au début de certaines neurasthénies et en particulier dans l’hystéro-neurasthénie traumatique,ou encore à l’occasion d’une émotion nouvelle dans la neurasthénie de longue date.

Et nous avons seulement en vue la neurasthénie vraie, acquise, non point la neurasthénie constitutionnelle avec ses phobies, ses obsessions... qui la font rentrer dans le cadre des dégénérés et où les bouffées délirantes sont si fréquentes.

Confusion mentale et psychose hallucinatoire aiguë.— Les différences entre la mélancolie avec stupeur et de la confusion ont souvent été signalées depuis les discussions célèbres de Baillarger et Delasianve.

Actuellement on a précisé le tableau de la confusion et on lui a découvert une étiologie spéciale : l’auto-intoxica-

tion, opinion que sont venues confirmer de nombreuses

OT

recherches sur les humeurs ou les sécrétions de l'organisme.

Ces malades n’ont du mélancolique que l'apparence : leur attitude indique l’effroi et non l'anxiété: leur arrêt psychique n’est point produit par une douleur morale, mais uniquement par la désorientation qui est chez eux le phénomène primordial, expliquant l’amnésie consécutive.

Cette forme est en général bien diagnostiquée. Nous croyons cependant que dans maintes circonstances on attribue encore à la mélancolie ce qui appartient à la confusion. Cette hypothèse est fondée sur la façon dont on envisage les hallucinations dans la mélancolie. Plusieurs psychiâtres admettent une sorte de lypémanie hallucinatoire. Krafft-Ebing écrit : « Les hallucinations se manifestent souvent au cours de la mélancolie... elles constituent une source abondante qui fait naître les idées délirantes. Elles peuvent se produire dans le domaine de tous les sens et transporter le malade dans un monde tout-à-fait imaginaire ». Et M. Régis dans son manuel : « Les hallucinalions sont à peu près constantes dans la mélancolie aiguë. elles peuvent être multiples et affectent divers sens; toutefois celles de l’ouïe sont plus fréquentes. »

Nous croyons au contraire, avec Kræpelin, Ziehen et M. Séglas, que les hallucinations ne surgissent qu’à titre exceptionnel dans la mélancolie (1). M. Jules Falret prétend que l’hallucination proprement dite fait toujours dé-

faut chez les obsédés ; cette proposition nous paraît mieux

1. Nous ne parlons point des hallucinations psycho-motrices dont M. Séglas a montre à la fois la fréquence et la signification.

s'appliquer aux mélancoliques dont l’idée fixe est précédée ets’accompagne d’un sentiment douloureux de dépression, À priori, en effet, l’hallucination, cette épilepsie des centres sensoriels, selon le mot de Tamburini, s’accorde mal avec l’état mental des mélancoliques: leur conscience est tout entière envahie par une conception délirante pénible qui peut donner naissance à quelques inter” prétations fausses, mais leur atonie, leur passivité se tradira par des phénomènes de déficit (perte de la vision mentale..Cotard — Affaiblissement de l'audition mentale. Toulouse) et non point par cette brusque décharge corticale qu’est l’hallucination.

Lorsqu'elle apparaît c’est seulement à titre d’épiphénomène, occasionnellement ettardivement, sorte d’écho dela pensée plutôt qu'hallucination. « L'hallucination de la vue chez les mélancoliques, dit M. Legrain, est un phénomène imaginatif comme le rêve, sans retentissement obligé sur les sphères motrices ou sensorielles. Au lieu d’extérioriser, le malade intériorise ». Il est permis de conclure que les cas de mélancolie avec hallusinations nombreuses n’appartiennent pas à cette psychose.

Notre ancien collèque le D' Farnarier a décrit une psychose hallucinatoire aiguë, déjà bien étudiée par Krœæpelin, où la confusion n’est qu’épisodique et secondaire. Dans une conscience jusque,là normale ,surgissent des hallucinations multiples et sous leur influence se développent des idées tristes et hypocondriaques. À ce moment le malade peut avoir une dépression intense, prendre une atlitude anxieuse : on diagnostique mélancolie. (Cest le cas de

M°"* (obs. VI. th. Farnarier) qui passe par des périodes

très nettes d’amoindrissement intellectuel, pendant lesquelles il pleure, gémit et a même fait une tentative de suicide.

On peut encore rapprocher de ces faits des états analoques, sans hallucinations proprement dites, avec illusions et interprétations délirantes multiples qui éclatent d’emblée et provoquent chez les malades une auxiété tout à fait identique à celle des mélancoliques. Une observation fera mieux comprendre notre pensée.

Il s’agit d’une malade (castrée) qui a eu deüx accès successifs,apparus brusquement sans prodromes dépressifs. Elle voit tout changer, se transformer autour d’elle, gémit sans cesse et se demande si elle n’est pas la cause de tous ces roaux. C’est là un état mélancolique à base d’interprétations délirantes,tout voisin de la psychose hallucinatoire aiguë : l’hyperesthésie moindre sans doute de la couche corticale ne va pas jusqu’à l’hallucination et s’ar-

rête à l'illusion,

OBS. III. — Mme M... Marie, 37 ans, entrée le 7 mai

Rien dans les antécédents héréditaires. Réglée à 12 ans; mariée à 20 ans,a eu deux enfants l’un mort en bas-âge, l’autre bien portant, Remariée à 29 ans. Grippe assez grave il y à 6 ans. À 32 ans castration totale pour affection utéroovarienne; l’opération n’a pas produit de changement dans le caractère de la malade qui a simplement pris de l’embonpoint.

Premier accès. — Début au mois de novembre 1897. —

Voici la description qu’elle en donne : Elle entend toutes

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