‹ Essai de Reduction de La Mélancolie En Une Psychose D'Involution PrésénileChapitre 8 sur 17 · AS D SE · texte numérisé non relu

AS D SE

sortes de bruits; on lui dit: Vous erez pleurer le bon Dieu et la Sainte Vierge. Son mari veut se débarrasser d’elle, les aliments ont mauvais goût. On l’envoie à l'asile de Clermont-Ferrand où les interprétations augmentent d'intensité. Cet asile est une maison d’inquisition. Il y a derrière les murs des malheureux à qui on arrache les chairs, dont on broie les os, que l’on écrase sous un pilon, qui souffrent depuis des siècles; ils brülent dans les cheminées, elle entend les coups de marteau. On la fait marcher sur une terre rougeâtre, une terre de sang, On lui donne à manger des pommes de terre qui ont poussé dans le sang. Elle voit les couleurs changer à chaque instant, les Christ respirer, Son enfant est derrière ces murs, il l'appelle : Maman, maman ; quand la religieuse joue de l’harmonium elle entend crier maman ; une corde doit réunir son enfant à l’harmodium. Ses parents sont venus la voir et on les a reconduits ne Clermont à Paris à pied en les frappant avec des barres de fer rouge. Les religieuses l'accusent de toutes sortes de malheurs, et la font souffrir.

Cet état a duré 8 mois ; elle sort guérie, se disant que tout ce qu’elle a éprouvé, ce sont des cauchemars.

Depuis trois semaines, début de l’accès actuel, elle comprend que tout ce qui s’est passé à Clermont était bien la réalité. Elle voit de nouveau autour d'elle des choses extraordinaires. Tout change de couleur, tout s’anime. Ce matin les tombeaux se sont ouverts ; elle a entendu des coups formidables. Les arbres sont comme s’ils avaient reçu une pluie de soufre ; ça sent le soufre chez elle. Tout Paris est bouleelle a vu les maisons de Clermont placées à côté de

VOrSÉ ;

la sienne. Elle est une lourde croix pour sa. famille ; les pau-

ie vres siens ! elle les entend, les malheureux ! pleurer sans cesse. Ils sont damnés, [ls sont quatre en enfer par sa fau‘e : son premier mari, ses deux enfants et elle:.. Tous les siens limplorent, lui disent d’avoir pitié d’eux, mais elle n’a pas le courage de se tuer. Chaque fois qu’elle parle, qu'elle écrit, elle cause de nouveaux malheurs. La guerre du Transvaal, les accidents de l'Exposition, à elle la faute ! Tout le monde la regarde à Paris, on doit voir sur sa figure qu’elle est

cause de tout cela.

Son enfant a été changé ; son fils avait les yeux verts,

celui-ci a les yeux marrons. Il ne se conduit pas comme son fils, il est arrogant. C’est l'Enfant Jésus qui est à la place de son fils.

Son mari west pas le sien, elle w’a pas le droit de s’appeler Mme M... Il a des airs d’autorilé qui en imposent ; il veut se débarrasser d’elle : un jour il lui porte un paquet de ficelle, c’est pour lui dire de se pendre ; il lui propose de se promener au bord de la Seine, c’est pour l’engager à"se noyer. On va la couper en tout petits morceau x.

Anxiélé extrêm', gémissements, pleurs... sans confusion n1 désorientation. Insomnie depuis trois semaines. Pas de véritables hallucinations de l’ouïe, ni d’hallucinations psycho-motrices. Conservation de Pappétit. Constipation habituelle, Pouls 80. Inégalité pupillaire au profit de la gauche ; mytlriase ; pas de troubles des réflexes. Urines normales.

21 mai. — Anxiété pers'stante qui augmente à tout propos ; on enlève une penlule, elle éclate en sanglots disant qu'on emporte son enfant; un thermomètre se brise, elle

crie qu’on casse les membres de son enfant. Aux bains, elle

pousse «les criseffrayants chaque fois qu’on ouvre un robinet

disant qu'on torture son fils ; un tableau de la salle représente un accident de bicyelette : c’est son fils qu'on écrase. Déchire-t-on des papiers ; nouvelles lamentations, on coupe son enfant en morceaux.

Conservation parfaite de la mémoire ; sait exactement depuis quand Île est ici.

4 juin. — L’anxiété est moindre, maïs le délire persiste. Devient réticente. A été contente de voir son mari et son fils,

mais dit d'eux: c’est bien leur corps, ce n’est pas leur âme.

Démence précoce. — Kræpelin réunit sous cette dénomination l’hébéphrénie de Hecker, la catatonie de Kahlbaum et les démences paranoïdes, toutes affections quiont pour caractères communs d’apparaître à un âge peu avancé et de se terminer par l’affaiblissement intellectuel. « L’hébéphrénie, dit Hecker, se ianifeste par une succession d’accès de manie et de mélancolie et marche rapidement vers la démence. » Ces états mélancoliques paraissent identiques à la mélancolie essentielle ;on se contente généralement de signaler qu’ils évoluent sur un fond de débilité mentale. A la catatonie appartiennent un grand nombre de cas de mélancolie anxieuse ou avec stupeur ; l'humeur triste, les attitudes stéréotypées, les idées délirantes multiples sont communes aux deux maladies. Il sera souvent nécessaire deréserver le diagnostic et d’attendre de la marche une lumière nouvelle.

Cependant quelques signes, bien analysés par Kræpelin, permettent,dès le début, d'éliminer la mélancolie. C’est d’abord le négativisme du dément précoce, tout différent

de l’arrêt psycho-moteur du mélancolique. C'est une

Re

résistance systématique se manifestant de façons diverses telles que le mutisme, la rétention d’urine ou de matières fécales. Ce négativisme s’accompagne d’un eapathie remarquable, d’une absence de spontanéité presque absolue, que l’on reconnaît dans le débraillé du costume, la suggestionabilité des mouvements, la conservation d’attitudes bizarres, la tendance à l’automatisme (écholalie, échopraxie). Aschaffenburg signale encore l'importance de l’étude des petits mouvements : l’écriture, par exemple est irrégulière chez les déments mais ne ressemble pas à l'écriture lente mal tracée des mélancoliques.

Voilà autant de faits qui permettent un diagnostic précis; mais souvent ces différences ne sont qu'ébauchées, et, jusqu’à ces derniers temps, tous ces cas à contours mal délimités s’inscrivaient dans la mélancolie : au fur et à mesure que la démence précoce sera mieux connue, on les éliminera. C’est ainsi que deux malades du service furent étiquetés mélancoliques dès leur arrivée et au certificat de quinzaine; aujourd’hui l’âge du début, la présence de signes physiques, lattitude, l’affaiblissement intellectuel enfin nous les font ranger dans la démence

précoce,

OBs. IV.

Mile M... Marie, ânte de 30 ans, entrée le 17 novembre 1897 est depuis cette Cpoque dans un mutisme à peu près absolu, interrompu parfois par des gémissements, des cris et des pleurs. Elle résiste éicrgiquement à toute tentative de mouvement, refuse de se nourrir (alimentation à la sonde). De {emps ea temps périodes d’agitation : elle crie,

sort de son lit, se déshabille sans cesse, court ({oute nue

dans le couloir. En général elle passe ses journées debout, immobile, faisant la moue (elle a eu à différentes reprises . de l’œlème des jambes); la nuit elle reste le plus souvent accroupie. | É

La lucidité est conservée : elle sourit parfois à une réflexion, elle répond par des signes de tête, des mouvements d'épaule aux questions qu'on lui pose.

Réflexes patellaires exagérés, clonus du pied. Pupilles dilatées, paresseuses. Tremblement fibrillaire des muscles de la face, surtout des sourcils, Hypéresthésie généralisée, Cyanose des extrémités. Dysménorrhée et depuis un an amé-

norrhée.

OBs. V. — L’autre malade, Mile H.... Adèle, 46 ans est entrée le 13 octobre 1895. La mère a été internée à l'asile de Vaucluse. Elle a fait elle aussi un séjour de 2 ans dans le même asile. Serait malade depuis 6 ans ; était auparavant très intelligente. Elle avait au début une attitude mélancolique, avec sentiment de lassitude, idées hypocondriaques, craintes de mort prochaine, troubles de la sensibilité générale, quelques hallucinations, tendance au négativisme. Il y a 6 mois elle est devenue gâteuse, refuse de s'alimenter, se barbouille les cheveux de matières fécales, bourre ses poches de chiffons, met des graviers dans ses oreilles,

Actuellement elle pleure souvent, parle d’une voix larmoyante. Son affaiblissement intellectuel est trop prononcé pour qu’il soit possible de causer avec elle, Elle ignore son age, donne celui du début de sa maladie. Elle prononce des phrases sans sue où semblent dominer quelques idées hypocondriaques absurdes. « Je n’ai plus de tête... mon cœur

Capgras 3

SRE est attaché par un fil... mon père est président de la République pour nous faire mourir tous ». Elle colle à ses paupières, à ses oreiles des morceaux de feuilles.

Pas d’inégalité pupillaire ni de déformations ; réflexe lu

mineux aboli, Réflexes tendineux très diminués.

Dans ce même cadre de la démence précoce doivent prendre place toute une catégorie de faits décrits sous ie nom de délires systématisés secondaires.

La plupart des auteurs s'accordent à reconnaître que ces délires évoluent fatalement vers la démence, et lon s'explique que Kræpelin les ait classés dans les démences paranoïdes. Dans la description de ces formes on semble avoir voulu établir deux entités distinctes : le malade fait d’abord un accès mélancolique puis, lorsque cet accès touche à sa fin, un certain nombre de ses conceptions persistent, s'organisent, prenant les allures d’un délire systématisé primitif et n’en différant que parce qu'il succède à la mélancolie. De tels malades sont-ils des mélancoliques? Non assurément. L’état dépressif n’est ici qu’un premier stade, un premier degré d'évolution ; il ne doit pas être décrit à part, il se confond par transitions insensibles avec le délire consécutif et l’état démentiel final. C’est 1à un ensemble qui fait partie d’une seule maladie : la démence précoce. L’état mélancolique demeure un syndrome analogue, par exemple, à la première période du délire chronique, On ne songe point, pour ce dernier, à faire de la phase d'inquiétude, de méfiance, de soupçon ane affection distincte ; on ne doit pas davantage consi-

lérer la période de douleur morale, de dépression d’une

— So —

démence précoce au début comme une psychose distincte.

Conclusion. — Après cette révision des états mélancoliques nous croyons être en droit de dire avec M. Saury. « La mélancolie est un syndrome qui se retrouve dans les multiplés expréssions de la folie ; il est susceptible de se modifier suivant ses causes et surtout son terrain d'évolution ;enfin il est insuffisant pour nous renseigner éxactément Sur la naturé ét la marche du phénomène maladif ». Il nous reste maintenant à édifier la mélancoli: sur des assises nouvelles, et à montrer qu’elle a sa rais:1 (être sion lenvisage comme manifestation

psychique :

>: processus organiques d’involution sénile.

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