‹ Essai de répertoire des artistes lorrainsChapitre 9 sur 10 · MONSIEUR LOUIS DE FOURCAUD · texte numérisé non relu

MONSIEUR LOUIS DE FOURCAUD

PllOrSSSKVR D'KSTHiriQVK ET DTEISTOIBE DE L'ART A L'ÉCOLE NATIONALE DES BEAUX-ARTS

Hommage très respectueux^ Albert JACQUOT,

Nancy» mai 1914.

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LES DESSINATEURS ET DIRECTEURS DES JARDINS, MAITRES JARDINIERS, INTENDANTS ET DIRECTEURS DES PARTERRES, DES ROSQUETS, FOXTAINES ET JETS d'eau des DUCS DE LORRAINE.

Dans sa Grammaire des Arts du Dessin, Charles Blanc a dit : a A l'architecture se rattache l'art de dessiner les jardins, dont Tobjet est d'introduire Tordre dans les libres créations de la Nature pour y ménager les plaisirs de la vue, du sentiment et de l'esprit . w

Rien n'est plus juste, et ce livre du maître est utile à consulter, car il contient des principes précieux qui règlent et font comprendre les origines et les progrès de l'art qui nous intéresse.

En efiTet, dès les débuts, il a paru nécessaire d'enlever la confusion des arbres des forêts, d'en prévenir les formes et d'en corriger la végétation, de guider cette végétation selon le goût et l'agrément^ de recueillir les eaux et de les diriger pour obtenir des cascades ou des gerbes charmant les yeux et animant le paysage.

Charles Blanc dit encore que a l'homme a su marier la dignité de l'art et sa grandeur avec les enchantements et les caprices de la nature. Il sera le dessinateur; elle sera le coloriste, voilà le premier principe de la théorie des jardins. Le jardin est la transition entre la ville et la campagne, entre le château et la forêt. L'architecture étend ses droits sur le tracé des jardins. »

Il est impossible, naturellement, au dessinateur des jardins d'imiter absolument la Nature, ainsi que le fait un peintre dans son tableau, ne pouvant produire l'illusion absolue.

Toutefois, en combinant, dans certaines limites, cette imitation de la Nature et l'Art, on a obtenu deux genres très distincts : le genre anglais, qui tient plutôt du pittoresque, et le genre françaiSy qui s'inspire des formes architecturales ou géométriques.

« ESSAI DB aftPBaTOIRE DBS ARTISTES LORRAINS

Nous n'entreprendroDspas d'écrire ici ce que l'Histoire ancienne nous a laissés comme documents dans cet ordre d'idées, ni la description d'Homère dans VOdyssie, ni les jardins suspendus de Babylone, ni ceux des jardins grecs, pas plus que ceux des Romains, mais rappelons qu'au moyen âge ils suivaient les formes des fortifications des châteaux aux pieds desquels ils s'étendaient et arrivons à l'époque de la Renaissance, où l'art des jardins prit un essor extraordinaire, surtout en Italie. En France, cet art s'y développa aussitôt, et, en Lorraine, les mentions abondent; nous voyons, en 1558, le duc et la duchesse (Charles III et Claude de France) passer un temps au parc d'Einville qu'ils firent embellir *. Du reste, en 1560, un mandement ducal au Receveur dudit parc enjoint de faire des réparations et enjolivements nouveaux*, ainsi qu'en 1571. En 1583, des sommes furent allouées au jardinier du parc du château de Saurupt, et en 1599 pour dresser les allées du parc que le duc Charles faisait faire à la Malgrange. On sait que ce domaine, dont les primitives constructions datant de 1 360 ' firent place à un pavillon dit de Sans-Soucy, puis Château de Plaisir, devint propriété de la couronne ducale de Lorraine. La sœur du roi Henri IV, Catherine de Bourbon, première femme du duc Henri II de Lorraine, y installa le culte de Calvin, donnant à ce domaine nn aspect austère, tandis que la seconde femme du duc, Marguerite de Gonzague, l'anima d'une vie nouvelle; elle avait le culte des fleurs, des jardins, ainsi que le prouvent les mentions des dessinateurs de jardins qu'elle entretenait dans ses domaines de la Malgrange, de Blâmont et autres.

En 1604, le jardinier du Saulrupt a l'ordre d'achever le grand berceau qu'il avait commencé de faire en la première allée du jardin joignant le fossé des truites et pour achever les haies du jardin des mûriers blancs. Deux ans après, le comte de Vaudémont fait faire, par son maître-jardinier, des cabinets de verdure au jardin de l'hôtel de Salm^. Les jardins du Palais ducal de Nancy, dont les parterres furent dessinés par Louis Métezeau, l'architecte et dessinateur de jardins de Henri IV au Louvre, sont

* Archives lorraines^ B. 5854.

« /rf., B. 10359.

» Id., B. 6572.

^ Les Châteaux de Stanislas ^ par P. Bové. Berger-Levrault et G'*, éditeurs.

entretenus en 1613 et s'étendent u du bastion des Dames et du Jardin d'en haut* ». En 1618, nouvelle réfection dnx parterre de la Malgrange ', ainsi qu'en ^626, où des plants de charmilles et de tilleuls sont employés pour les cabinets de verdure que la duchesse de Lorraine, Nicole, voulut faire planter au « bois de la Héronnière attenant à la maison de la Malgrange ' r .

C'est avec André Le Nôtre, en suivant les accidents de terrain et les masquant par de charmantes combinaisons, soit par des terrasses à balustres, des statues, en enserrant les bassins par des plates-bandes ornementées, par des bordures de buis aux parterres aboutissant à des ifs taillés cachant des murailles et par de multiples et savants contours, que la création des jardins prit un caractère particulièrement intéressant. Il est vrai qu'il y mit tout l'esprit et la clarté du goût français; il fut un créateur, et si de graves critiques ne lui furent pas ménagées dans la suite, on ne peut lui faire que le reproche d'avoir été de son temps, et ceci n'atteint nullement le génie déployé dans ses créations admirables. Dès lors, ce qui devait arriver se produisit; après lui, on tomba dans le désordre, Yinattendu, et c'est ainsi que le jardin anglais prit naissance. En France surtout, on fit alors du rustique, du pittoresque, mais ce fut de courte durée, et le jardin français reprit bientôt le dessus.

Charles Blanc définit bien les trois principes dominant la théorie des jardins; il dit qu'en résumé «il faut accuser avec franchise l'intervention de l'art; consulter le génie du lieu ; agir sur le terrain, les eaux et les bois pour débrouiller les efiets de la nature, en augmenter la puissance, en prononcer le caractère et Texpresiion » .

La Lorraine présente aussi des dessinateurs de jardins de premier ordre, qui appartiennent à la fin du dix-septième siècle et au commencement du dix-huitième siècle. C'est, d'abord, Yves des Ours, le magicien créateur des parcs, parterres, bosquets, fontaines et jets d'eau des ducs de Lorraine.

Depuis 1699 ^ les mentions des travaux faits par lui sont nom-

* Archives lorraines^ B. 7914.

• Id., B. 7929.

» Id,, B. 7737.

^ En cette année, les jardiniers de Nancy, dont oq ne connaît pas les chartes,

4 ESSAI DE aftPEBTOIBE DES ARTISTES LORBAINS

breuses. La ville de Nancy lui en témoigna sa reconnaissance par des dons, entre antres par de magnifiques cannes garnies de pommes de métal précieux, que le célèbre François Crocx, orfèvre et graveur, cisela de son burin. C*est Yves des Ours qui dessina d^admirable façon les parcs de Lunéville, de la Malgrange. II s'attacha à la personne du souverain, fils de Léopold, le duc François, le suivit en Toscane, à Vienne, mais revint mourir k Lunéville, le 24 janvier 1746. Son éminent collègue Gervais (Louis- Ferdinand de \esle, dit Gervais) fut le continuateur de ses œuvres et créa, dans toutes les résidences du duc et de la noblesse de Lorraine, des merveilles, dont les vestiges ont résisté parfois aux destructeurs ou aux transformateurs des temps qui ont suivi. Gervais fut, plus tard, le dessinateur du parc de Schœnbrunn. Il remania, à Lunéville, le plan de Yves des Ours, agrémenta le parc de statues, composa des quinconces, des étoiles, des berceaux de verdure d'un efiet admirable. Gervais mourut à Florence le 28 janvier 1756.

Au château d'iunville, Yves des Ours avait jeté les premiers plans du parc, il y ajouta d'autres bassins. Ces jardins, précédés d'une superbe terrasse à compartiments avec contre-bas de quinconces sortant d'un grand bassin ovale, produisaient un efiet somptueux; le grand canal qui y fut créé mesurait 180 mètres de distance, et ses deux rives, garnies de tilleuls, formaient une allée aboutissant à la cascade du fer à cheval, ornée de vasques aux sujets nautiques. Une grotte, environnée de portiques de verdure abritant des orangers, s'élevait sur l'étage supérieur.

On sait que Charles IV restaura la Malgrange, en 1698, et que le duc Léopold avait décidé de remanier le tout; qu'il avait confié à Bofirand le soin d'édifier un véritable palais, qui fut presque entièrement terminé, et dont les jardins, parterres, bosquets s'élevaient sous la baguette magique de nos artistes, quand, hélas I une réflexion maladroite exprimée devant le duc par Maximilieu de Bavière (ainsi que l'écrit M. Pierre Boyé *), fit tout échouer. Il critiqua l'emplacement : à son avis, la trop grande proximité de

formaient des corporations ou confréries qui sont indiquées dans Tarrêt de la Cour souveraine, du 15 juin 1699, réglant Tordre de la marche de la procession de la Fête-Dieu. Us avaient pour patron saint Fiacre. * Les Châteaux de Stanislas, par P. Boyjé.

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