‹ Essai de rêve moderneChapitre 57 sur 71 · DUALISME · texte numérisé non relu

DUALISME

La bohémienne

Les lois de ton passé sont des lois de rencontre : Un hasard les fit naître, un hasard les perdra... Voteras-tu leur mort, quand on applaudira Dans le stade où le Rêve au torse blanc se montre?

Tes lois sont les échos des anciennes tueries, Les verbes conservés des vers, des songeries.

Des mots d'esprit, des ordres brefs !

Veux-tu pas, au-dessus des cités amorales Crier d'autres vertus ! la douceur d'autres râles !

Et ta haine d'avoir des chefs !

Veux-tu pas que, pour toi, la Vérité, gardienne De la foule, soit plus affable, et ne retienne

Ni ton regard désabusé.

Ni ton amour, plus cher au monde que ses astres. Ni ton idéalisme envoilant les désastres

Sociaux d'un péplum usé ?

Veux-tu pas qu'on te fasse une libre victoire ! Et que, dressé d'airain, malgré l'aléatoire

Courage des concitoyens.

On ose te donner un Code pour grands hommes ! Exemptant tes jardins, et des betes de somme.

Et des perroquets et des chiens?...

Veux-tu p>as qu'excepté de la race qui nargue Et rit sans réfléchir, notre scepticisme argiie

De sa sculpturale beauté...

De son ancienneté, de sa fougue première Et de l'éternité de ses yeux de lumière

Secs et chauds comme un ciel d'été ?

C'est si beau d'être grand devant les petits vices. Grand devant les défauts mesquins, et les caprices !

Grand devant les haines d'amour ?

Te sens-tu pas le droit de dépasser les autres De la tête — pareils à ces hautains apôtres

Qu'on pend ou décapite, un jour !

Le droit d'être blasé quand d'autres s'émerveillent! Le droit de claironner quand les bourgeois sommeillent. De fleureter quand ils sont vieux ! . . .

D'avoir un front ridé de vieillard ou d'apache A quinze ans, et d'avoir, à quatre- vingt, sans tache, Un front lisse d'enfant joyeux !

C'est si beau d'épouser, en cheveux blancs, les vierges ! De frôler l'irréel, pour faire sur sa berge

Mille tours de pitre au réel !

Que les enfants soient las d'avoir des yeux de rêve ! Et que les hommes mûrs bouillonnent de la sève

Qui fait lever les hras au ciel ! . . .

Que les vertus, enfants, nous prennent à la gorge! Qu'hommes, nous étouffions sous l'haleine de forge

Des sentiments prédestinés !

Et, tour à tour, rasés (oui, comme les artistes !) Ou fiers de notre barbe aux poils soyeux et tristes.

Caressant les seins de Phryné !

Que nos yeux soient ternis quand d'autres yeux scin-

[tillent !

Que le patriotisme et sa noire mantille

Nous soient comme un velours de roi!... Et que, dans les hasards des paix européennes, Nous sonnions tout à coup de la trompe des haines,

Barbares seuis savoir pourquoi !

Alœste

Voici des cris — debout ! — des clameurs survenues !.. L'orgueil d'un idéal va-t-il enfin peisser!... Vous dormez, vous ! — La Muse à dormir s'exténue Muse des jours maudits dormez-vous, reconnue !

Pau-is fit vœu de brouillard blanc, et m'a laissé De ma fenêtre, ouvrant sur toute cette nue!... Vous dormez, vous ! — Sous quel duvet matelassée Quand la face du jour la nargue, cérusée !

Vous tirez les rideaux sur vos formes chinoises, Et moi, pour qui la vie est la grande narquoise Dont on pare les coups en la prenant aux poings,

Moi qui désire un monstre et l'attends à la porte, Je veille auprès du corps de Paris, Ville-Morte... Mais venez voir mes doigts, dormeuse, s'ils sont joints !

La bohémienne Ils sont joints !

Alceste

Oui. Le Vrai se transmet jusqu'aux âmes Par les pastels des grand 'mamans qui furent femmes Et par leurs meubles dévernis...

La bohémienne Et ces femmes...

Alceste

Serves d'un seul mot : l'Infini !

J 'accepte tous leurs dons héréditaires ! Vienne La paix dans mes amours ou le froid sur mon front ! Les beaux soirs automnaux qui me délivreront Seront des mois de foi chrétienne !

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