CARNAVAL
Et pendant que l'effroi de cette lente veille Incomprise et seule, pleurait.
Le bruit des bals masqués crevant à son oreille Grand'maman, jaune, délirait...
Un soudard s'appuyait dehors contre la porte, Vomissant le vin, sou par sou.
C'était l'heure d'aimer la femme grasse et forte : Mëu-got suivait le soudard saoul !
Le quartier ripaillant, le boucher, l'épicière !
Les planches craquant sous les pieds !
Cette poussière de bouviers, cette poussière
Nimbant des geis estropiés !
L*or, là-bas. l'or du gau à la vitre huileuse, Les litres, les pots renversés !
La noce nous hantant au clair de la veilleuse. L'aïeule ouvrait ses doigts glacés...
La chambre conservait sa fleur en cette orgie,
Ne riez pas, gosses : l'encens !
Puis je vins à tes pieds suivre la léthargie,
O bienfaisante, dont je sens
La douceur de statue, et l'âme et la lumière
Calmer aux soirs mes appétits Comme une onde s'étend, comme un jardin de père
Apaise d'ombre les petits.
La famille pleurait... dehors c'était la gigue
— Et le traversin froid portait Avec sa tête, tout le poids de sa fatigue :
Cet idéal qui la hantait!...
De ce lent cinéma qu'en moi rien ne vacille !
Son corps soulevant le surtout Les mains jointes, devant la mort, de la famille,
Des yeux ronds et rouges partout...
L'église, avec le violet de son étole;
La médecine, en l'air tiédi...
— Dehors les cris d'un gueux découvrant le pactole I
D'un patriote au décadi
Cette partition a deux voix: l'une, oh! grave;
L'autre, montant d'un caniveau...
L'une, s'écouléuit des bouteilles comme on bave,
Et l'autre bercement dévot.
Ascension vers ma jeunesse, feiscinante,
Malgré tant et tant de sanglots !
— L'une, hurlant en bas : « C'est sur le pont de Nante !
Ou bien : « Oh ! gué ! les matelots ! »
Duo fait par la vie et peu- la quiétude,
Plana vers nous, jusqu'au moment
Ou la meilleure vint, de son gros pouce rude Etouffer ton râle, maman !
L'ADTEUR
Nos cris ne sont que des rééditions
L'auteur neuf, l'auteur prime, révulsant les rouleaux
[des papyrus poncés C'est le doux orateur plus beau que Platon puisqu'il a
[les yeux moins glacés ; Point aveugles, et brillants de cette flamme des para-
[boles.
Qui est comme l'exemple de poésie à notre rhétorique
[de pauvres.
L'auteur prime c'est l'orateur qu'ont précédé les Psau-
[mes, Et que suivent clopin-clopant tous les versets, tous les
[dadaïstes,
Depuis les contes galants jusqu'aux poncifs, pavés de
[l'ours, Maladroits prud'hommes qui brisent leur idole à coups
[de discours.
Donc riez bonnes gens de bonne volonté De la crise du papier, et des livres reu-es à méu-ges; Le seul but nécessaire est de parler face à la Cité, Et de convaincre l'homme que le ciel est Wge...
La littérature est trop littéraire pour ceux-là Qui se sentent du feu dans la poitrine. Et je préfère Saint-François d'Assise, Ou bien Sainte-Thérèse d'Avila...
Car, monocle, musqué, l'oeil blanc et blanc de linge. Tu coupe en quatre les cheveux du rêve en prose; Ou bien tu bois aux sources de ce Gange Qu'est la Révolte-Fleuve au pays de Névrose...
Tu prends la vie et tu la presse, et tu l'épuisés, Eponge de plaisir, et de bave, dégoût... Et parce que l'éponge est vide et la nuit grise Tu hurle à Dieu...
— Nous préférons François d'Assise Qui brisé de douleur, rit au soleil, debout !
Et puis les ciels de Nice et les ciels de Venise... (Oh ! ne blasphémons pas les beaux soirs assoupis, Mais leur mélancolie est trop lente et trop fine. Pour qu'y règne la paix des rosaces d'église, Et la débauche d'or des courageux épis !)
Stérile ! — Aridité de l'esthétique songe :
— Les vitraux servent à mieux prier, et les ors
Des blés sur la jeunesse, en boucles se prolongent,
Mais quel pain d'infamie est le pain que tu manges, Remâcheur d'ironie, et Zoïle des morts !