PREMIER TRIPTYQUE DE LOURDES
Je suis belle, ô Mortels, comme un Rêve de Pierre.
(Ch. Baudelaire.)
(Comme les damoiseaux vers Lise ou vers Hélène Qui ne sont plus que des silences effeuillés. Riche d'un seul amour en détresse à vos pieds Je vais vers vous, Dame des cieux, en ma neuvaine...)
Demain, avant l'oubli de l'ultime verveine, Le parfum de la rive, et ses roseaux noyés M'apporteront l'été dont je n'ose oublier Que la lumière tarde aux ravins de la haine...
Eté de mon réveil physique, essentiel... Renouveau du cerveau sous l'orage du ciel Lacérateur d'effroi, d'ire et d'inquiétude;
Mais, été de douceur et de vigueur aussi, Qui fait vibrer au clair des regrets endurcis L' Angélus- Action sur la Foi-Solitude.
Que si la plante naine aux roches se marie, Et le marbre Péu-os aux marbres Pyrénées, La vie, au gai grelot d'un gave est égrenée, En ceuillon qui tinte un cantique à Mai'ie...
Oh ! l'épuration des heures trop tôt nées
En nos passés, tyrans d'incertaine latrie,
Par cette voix qui dit : « Je suis jeune ! et je prie !
« Sainte! malgré vos lois d'Affre ou de Destinée! ».
— Rien n'existe, hormis le sincère envol bleu Du cau-illon point grave à la mère de Dieu, Afin que Pénitence et Douleur soient plus belles.
Et que soit, d'un tissu de rêves, notre joie. Sous l'églantier de la très pure, et sous la soie Des bannières d'un peuple aux flancs de sa chapelle !
Et vous serez la même, ô Dame, en vous penchant, Que celle, toute pâle et bleue à la ceinture, Dont ma jeunesse, errant sous les ciels des tentures D' Eglises-Fête-Dieu, frissonnait aux plainchants...
Sous mon regard — un peu plus triste, ou plus méchant La même pureté dans la même nature, La même éternité dans la même peinture; Dame, et la même rose en un pareil couchant...
Faites que, sublimée au souvenir des vierges.
Mon âme comme hier ait la paix de leurs cierges.
Humble et falote, mais virée au même espoir;
Et que, logicien des grâces qu'on vénère,
J'oublie l'orgueil des conférences doctrinaires
Pour sentir votre front de neige — et pour le voir !