TRIPTYQUE DE LA VIERGE NOIRE
{Roc- A madour juillet 1919) Nigra sum sed jormosa
Par delà ton désert de pierre et ses voies torses. Tu règnes, bois d'ébène. en Tinfemal rocher Où l'ermite — qui fut Amadour et Zachée — Ne sut que dégrossir l'idole de l'écorce...
Et j'ai longtemps crié — sans comprendre la force De l'idéal qu'un doigt barbare avait touché ! — Au blasphème du bois et du fer, au péché Contre l'esprit de cette chose qui divorce
Avec son âme. et n'est qu'une vierge d'ébène. Evoquant le dieu terme et la bûche païenne. Et telle, qu'à la voir enfumée et si noire,
Souveraine d'une latente déité,
Pour lui refaire un corps de neige et de beauté
Les pèlerins chantants l'habillèrent de moire...
Ainsi, mon cher amour, quand j'ai baisé le lobe De ton oreille chaste et douce aux sons d'argent Que font les irréels chérubins, émergeant De ton sommeil, ou bien de ton silence, à l'aube.
je rêve à l'infini que ce baiser dérobe. Petite part de foi, de lumière et de chant; A l'immobilité de ton être changeant Quand je viens caresser le velours de ta robe...
Et toi-même, o bien trop pcirfait pour ici-bas, Geste d'anciens pe^tels, iimocence des bras. Parfum d'âme, trop pur pour qu'un monde le sente.
Toi-même comme si tu ressemblais à Celle
Que l'on vêtit de moire aux paillons d'étincelles.
Tu n'es que le rei des lumières absentes !
Monterons-nous tous deux les escaliers de pierre A rémerveillement des foules enfantines ? O Pèlerins, la côte est rude et c'est matines. Mais au mur de Roland se dore la Rapière !
... Les touristes critiqueront...
Queuid la Routine Aux fidèles dictait un devoir de lumière; Et quand le peuple, osant sa part de fièvre altière. Trouvait à ces rochers des airs de Palestine,
Les « regardants » aimaient les pèlerins en deuil... — Mais aujourd'hui que vivre est un plaisir d'orgueil. Heureux celui qui peut s'affranchir d*être un bonze
De l'ironie, et va vers Dieu selon la norme!... Tel celui, déprimé sous la montagne énorme. Que j'ai vu suppliant les calvaires de bronze !