‹ Essai de SémantiqueChapitre 17 sur 73 · FAUSSES PERCEPTIONS. G · texte numérisé non relu

FAUSSES PERCEPTIONS. G

Nous venons de voir que la perte d'une désinence peut ajouter à la valeur significative de ce qui survit. Les phénomènes bien connus de YUmlaut et de Y Allant tirent de là la plus grande partie de leur importance.

On sait que la différence de voyelle entre man et men, entre Vater et Vàter n'est nullement primitive, mais que « l'adoucissement » de Va en e ou en à est dû à l'influence d'une syllabe finale autrefois présente, mais plus tard emportée par l'usure du temps. Cette différence de voyelle suffît pour distinguer le pluriel du singulier. Elle a même d'autant plus de valeur qu'elle est seule aujourd'hui à marquer un important rapport grammatical. Cette façon de marquer le pluriel, si elle avait pu être introduite partout, aurait eu le mérite de l'élégance et de la brièveté.

On ne peut penser à la différence entre man et men sans songer aussitôt à la différence qui existe dans la conjugaison entre les divers temps de certains verbes : sing, sang, sung. Là aussi le sentiment présent de la langue n'est point d'accord avec l'histoire. 11 semble que cette variété de voyelles ait été inventée exprès pour marquer la variété des temps. Cependant il n'en est rien : en remontant de quelques siècles en arrière, on constate qu'elle n'est qu'un accompagnement d'autres exposants, lesquels sont les exposants significatifs et véritables. La

diversité des voyelles est produite par des raisons secondaires, raisons d'accentuation ou de contraction. Mais le sentiment suggéré par la langue moderne, c'est que le changement dV en a est destiné à indiquer le prétérit, que le changement de F* en u est fait pour marquer le participe. N'étant pas significatif à l'origine, ce changement de voyelle est devenu significatif. Peut-être même y a-t-il entre cet avènement à la signification et la chute de l'appareil flexionnel une connexion plus intime, car on peut soupçonner que le peuple ne laisse tomber ce qui lui est utile que s'il sent déjà par devers lui qu'il a le moyen de le remplacer.

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