Prœfectus fabrum, duo milia sestertium, templa deum, etc
Tttaptoç, oèya-zoc;. On sait, en effet, que les nombres ordinaux se forment à l'aide des mêmes suffixes qui servent à marquer les degrés de comparaison. Mais cet exposant toç, trop simple et trop court, pouvait donner lieu à des méprises. En détachant l'a de oixa, le grec obtient un suffixe plus complet, oitoç; de là les superlatifs comme utcxtoç, IV/a-roç, TT^uaToç. Pour surcroît de clarté, au suffixe «to? la langue ajouta encore le t du comparatif râpoç : dès lors on eut le suffixe twuo^ qui permit d'opposer cpO-'/Toç à cpOtfrepoç *.
Le désir de formes explicites fait comprendre comment, en français, aux anciens nombres ordinaux tiers , quart, quint (le tiers parti, un quart voleur survient...) ont été substitués troisième, quatrième.... Des anciens ordinaux lalins il ne reste plus que les deux premiers : mais déjà deuxième, au lieu de second, est familier à nos oreilles.
Dans la conjugaison, certains participes passés menaçaient de devenir étrangers au verbe dont ils sont tirés. Qui sent encore la parenté de poids, qu'il faudrait écrire pois, et de pendre, de toise et de tendre, de route et de rompre 2? Il était utile d'avoir une forme qui accusât mieux les affinités. Ainsi
1. Nous devons ce modèle d'étude historique à M. Ascoli, dans les Studien de Gurtius, IX, 342.
2. Encore au xvie siècle, les fractions, en mathématiques, s'appellent les nombres roupts. La route désigne une voie qu'on a faite en rompant la forêt et le terrain.
s'explique la faveur qu'a rencontrée le participe en têtus .-pendu, tendu, rompu '. Le mouvement est venu de quelques rares avant-coureurs qu'on aperçoit en bas-latin : pendu tus, decernutum, incendutum. Euxmêmes, ils sont un produit de l'imitation (latin solutus, statutus) 2. Grâce à cette svllabe finale, le français a rétabli les lignes de sa conjugaison en désordre.
Au lieu de nous prenmes, nous faismes, qu'aurait dû donner le latin prendimus, facimus, on a dit nous pren-ons, nous fais-ons; au lieu de vous prents , qu'aurait dû donner le latin prenditis, on a dit vous pren-ez. D'où viennent ces désinences plus pleines? La seconde personne du pluriel l'indique suffisamment. Elles ont été empruntées à la première conjugaison 3.
Donnons encore un exemple tiré de la conjugaison grecque.
A la troisième personne du pluriel, les aoristes seconds des verbes comme çltoiju avaient une désinence fort courte : I9sv, e&iv, ëorav, e»xv, e<puv, etc. La langue homérique abonde en formes de ce genre. Mais on en voit l'inconvénient : ces troisièmes
1. Les enfants, en disant j'ai prendu, se conforment aux modèles fournis parla langue. On a, depuis longtemps, reconnu en eux d'actifs auxiliaires de la régularité grammaticale. Au lieu de / came, l caught, on les entend dire en anglais I comed, I catched.
2. Les verbes latins ayant leur parfait en ui, comme habui, tenui, ont été des premiers à prendre un participe en utus.
3. Les seuls survivants qui n'aient pas été remaniés sont : vous dites (dicitis), vous faites (facitis).
personnes du pluriel ressemblaient trop aux premières du singulier. Le moyen employé a été fort simple : grâce à une rallonge empruntée à l'aoriste premier, on a eu eéhrjrav, wrao-sv, e<pxaray, ecpusav, àviOso-av1. Un fait, à première vue surprenant, mais attesté par des preuves nombreuses, c'est que les suffixes les plus usités dans nos langues modernes sont des suffixes empruntés. Ainsi le grec nous a permis de former nos mots en isme, comme optimisme, socialisme', en iste, comme artiste, fleuriste; en iser, comme autoriser, fertiliser. L'allemand nous a fourni le suffixe ard, comme dans vantard, bavard. L'italien, le suffixe esque, comme dans gigantesque, romanesque . A prendre les choses à la rigueur, les mots en al comme national, provincial, en ateur, comme ordonnateur, provocateur, sont formés à l'aide de suffixes latins, puisque ces mêmes suffixes, quand ils sont entrés en français par voie populaire, ont pris un autre aspect. C'est le besoin d'avoir des formes explicites, se détachant nettement aux yeux, qui a procuré ce tour de faveur aux désinences étrangères : les nôtres ayant subi l'usure du temps, s'étant mêlées à la partie antérieure du mot, ne s'étalent pas avec la même évidence.
Le même fait s'observe chez nos voisins. On sait le succès qu'a obtenu en allemand notre désinence