‹ Essai de SémantiqueChapitre 20 sur 73 · Gurtius, Das Vetbum, I · texte numérisé non relu

Gurtius, Das Vetbum, I

-/<?, qui a donné les substantifs en -ei, comme Bâckerei, Zauberei. Les Anglais ont emprunté à notre seconde conjugaison cette syllabe ish qu'on trouve non seulement dans finish, nourish, où le modèle est fourni par le français, mais dans publish, distinguish, où le suffixe est transporté par imitation.

A toute époque, chez toutes les nations, il s'est trouvé des puristes pour protester contre ces emprunts. Mais ceux qui forment le langage, voulant avant tout être compris, et être compris aux moindres frais, s'inquiètent peu de la provenance des matériaux qu'ils mettent en œuvre.

C. Pour souligner soit une opposition, soit une ressemblance. — Le langage nous révèle ici un fait de psychologie : l'esprit, qui associe volontiers les idées par couples, aime à souder entre eux les contraires, en leur donnant même extérieur. En même temps que cela aide la mémoire, cela donne plus de relief à la parole. « Rien n'est plus naturel, dit le philosophe anglais Bain, quand nous considérons une qualité, que la disposition à retourner à l'autre qualité, qui en fait le contraste. »

Nous commencerons par les exemples les plus simples.

Le jour et la nuit forment une antithèse vieille comme le monde : sur le modèle de diu\ le latin, détournant l'ablatif nocte de sa déclinaison, a fait

noctu. Sur le modèle de cliurnus il a fait nocturnus !.

Une autre opposition non moins vieille est celle de la vie et de la mort. Sur le modèle de vivus, le latin a fait mortuus. Selon les règles de la langue latine, morior devait faire mortus, comme orior, experior font ortus, exportas 2. Mais l'occasion de l'antithèse se trouvant à toute heure 3, la syllabe finale de l'un s'est communiquée à l'autre.

Les expressions « avant » et « après » sont pareillement de nature à s'influencer. A côté de l'adverbe antid, devenu plus tard ante, le latin a formé un adverbe poslid, devenu poste et post. Posticl s'est conservé dans postid-ea, qui est modelé sur antid-ea. A la base se trouve la syllabe pos, après » 4.

On voit que pour déterminer une création par analogie, il n'est pas nécessaire que la langue présente des modèles en grand nombre. Dans les cas que nous venons de citer, un seul mot a suffi : mais c'est que les deux termes étaient directement à l'opposite. L'analogie, pourrait-on dire, fait sentir sa puissance en raison de la situation. C'est ainsi qu'en français nous avons fait l'adjectif méridional, dont le

1. On a soutenu récemment que c'est noctu qui a influencé diu : mais pour établir la vraie filiation, il suffit de rappeler le sanscrit divas ou djus, « jour >• (pûrvè-djus, « hier »).

2. La forme mortus est, en effet, celle que le verbe a reprise dans les langues romanes.

3. Mortuum aut vivum. — vivo et mortvo. C. I, L. VI, 6iG7; IX, 4 816, etc.

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