Théognis, v
2. Dans les langues modernes, la racine /o/, contenue en To).|iaa), a servi à nommer la patience en allemand (Ge-dul-d). On la retrouve aussi dans le latin tolerare.
3. Le verbe ÏXiztù commençait par un v ou F, comme on le voit par le parfait loXna (pour F£Fo//na).
ques qu'il a fallu des siècles pour débrouiller. La
chose n'est
encore entièrement faîte aiijourd'luii.
ifférence entre senf/'r et penser est aujourd'luii
La di
marquée dans les verbes, mais elle paratl i\ peine dans le substantif sentiment. Aussi l'adjectif sensible, qui en fram^'ais appartient à la partie affective de IMme, a-t-il pu prendre en anglais l'acception d' « intelligent, raisonnable ». On fait qu'en latin sentir appartient plutôt à la pensée, comme on le voit par des composés tels que dissenlin, consentio, et par des dérivés comme xenlenlia.
Par une confusion qui n'a pas encore tout à Fait disparu, les langues anciennes désignent d'un même mot n le méchant » et « le malheureux >i. L'adjectif Ttovf.po,- a les deux acceptions '. Dans l'enfance des sociétés, le pauvre est un objet d'aveisîon autant que de pilié : c'est sur ce ton qu'il est parlé des mendiants dans Homère. Ilovy.po^ a peu il peu renoncé à cette équivoque, pour être exclusivement attribué à l'idée de perversité, tandis que son congénère r-hr,^ s désigné l'indigent.
Plus les mots sont voisins par la forme, plus ils sont une invite à la répartition. Voici une sentence, à première viie assez extraordinaire, qui nous a été conservée par Varron : lieligenleiii esse oporlet, reti-
i. Iloviipi Innàpu, itov/ipbi i'-Jioï, ûîwp. Uon]pâ KfifV-'xtx. Oe la méin HcinE qui a donné lusv^;, • la peine >. nsvb, • tn piiuvret<> ', ■niw^i < £lrc <lane l'iniligence •. — Cf. le doulilc sens <le mtchaal en fran^ai
LOI UC RÉPAKTlTiON. 3T
gtosit/n nefas. Les ilcus mois religens et reUyiosus, Olyinolugiqiieuienl synonymes, sonl opposés entre eux. Le sens du proverbe est que la religion est uuo bonne rtiose, mais non pas la superstition. Il y a une sorte d'élégance, i laquelle le peuple n'est nullement insensible, li diiïérencier ainsi des mots qui sonnent presque de même '.
Les besoins de la pensée sonl le premier agent de lu rcpartilion. C'est ainsi que le grec et l'allemiuid se sont rencontrés en faisant la différence de Mann et Mensch, de ivvîp et âvôîtiiiro,-.
Entre àvr;p el ivO^ww); il n'y avait originairement aucune différence de sens : l'un signifiait « homme >», l'autre « qui a visage d'Iiommc ». Homère, parlant des ÉUiiopiens qui habitent li l'extrémité de la terre, les appelle ËT/atoi àvSpwv. Mais une antithèse dont l'occasion ne pouvait manquer de se présenter a fait que peu à peu ils se sont distingués l'uu de l'autre el qu'ils ont été opposés l'un ù l'autre. Hérodote, parlant de l'armée des Perses, dit qu'aux Thermopyles Xerxès put s'apercevoir &ti toW.o!. jaèv âvOfWTK.!, £ Uv, 'j\i-^\ 5è àvSpsî. La distinction est ensuite devenue familière aux Grecs. Xénophon, traitant de ['[imoar de la gloire qui fait le prix de la vie, ajoulo qu'il cela les hommes se reconnaissent: âvo;:£i;xxvo'j)(i-T', ttv'jpwnoi. [iôvov vûjjiil^iijievoi. Itien, ui dans le sens élymo-
I. .Voua rtvierJrons sur ce puinl au cliapilri: de TAnnlogie.
logique de àv»lp, ni dans celui de âv9pwT:o(, ne les prédestinait à celte opposition '.
Quand l'esprit populaire s'est une fois avisé d'un certain genre de répartition, il a naturellement la tentation d'en compléter les séries. On sait qu'il y a des longues où les dîfTérenls actes de la vie ne sont pas désignés de la même façon s'il est question d'un personnage élevé en dignité ou d'un homme ordinaire. Les Cambodgiens ne désignent pas les membres du corps, ni les opérations journalières de la vie, par les nu^mes termes s'il s'agit du roi ou d'un simple particulier. Pour exprimer qu'un homme mange, on se sert du mol si; en parlant d'un chef, on dira pt'sa; si on parle d'un bonze ou d'un roi, ce sera soi. En parlant à un inférieur, « moi « se dit ar>/i; à un supérieur, knhom; à un bonze, clikan '. Les sectateurs de Zoroaslre, qui considèrent le monde comme partagé entre deux puissances contraires, ont un double vocabulaire, suivant qu'ils parlent d'une créature d'Ormuzd ou d'une créature d'j\hriman. Ces exemples nous montrent la répartition marquant une empreinte plus ou moins profonde, comme on voit telle habitude d'esprit à peine mar-
1. C'est l'ailjectif (SvBpiuitoi ajanl d'nbord été odjectif) qui prend la «r^iiiUcalioD la plus générale. U en est de [n£rne pour .Vnnii et Uensck. Il en esl de mâme aussi en rj'antais, pour Itt homme» et Ivs hamaiiit.
2. Nous aroua en français quelque chose de aetnblabEe, mnis aeulenieni n l'étal rudîmentairc. Pour inarquer ladilTércnce entre l'Iionimc et les arimaui on a poitrine et poilrail, narinri et Hawoui, de. Il ïtt sans dire ijuc l'élvmologie n'y est pour rien.
LOI DE RÉPARTITION. 3!t
quée chez l'un et gouvernant toute la vie chez un autre.
Rien au fond n'est plus naturel ni plus nécessaire que la répartition, puisque notre intelligence recueille les mots de dilTërents flgcs, de dilTérenls milieux, et qu'elle serait livrée à k plus absolue confusion si elle n'y mettait un certain rangement. Ce que font les recueils de synonymes, nous le faisons tous : quand on examine les termes que l'usage distingue ou subordonne, on constate que l'étymologie justifie rarement les différences que nous y mettons. Si nous prenons, par exemple, les mots de genre et d'espèce, quel motif y avail-il à donner plus de capacité au premier qu'au second? A Vembranehement qu'à la classe? Si uous prenons les mots de division, brigade, rêgimcnl, bataillon, ces termes techniques, si exactement subordonnés les uns aux autres, n'ont cependant rien qui les désignât spécialement fi telle ou telle place. Peut-être ferions-nous une constatation semblable s'il nous élait possible de remonter jusqu'à l'époque où a été constituée la série des noms de nombre.
En passant des idées matérielles aux idées morales, nous verrions encore mieux les effets de la répartition. Entre Veslime, le respect, la vénération , on n'aperçoit nulle gradation imposée par i'étjmologîe. Il a fallu des esprits exacts et précis, une société ordonnée et soucieuse des rangs, pour
élablir certaines distinctions : est-ce une raison pour les mettre en dehors de l'histoire du langage! Nous savons peu de chose sur la cn'ation du langage : mais la répartition en est le véritable démiurge, lîlle a été cette seconde création, cette melior Natura dont parle Ovide en retraçant Ies^«s successifs du monde.
Cependant la répartition, comme toutes les que nous passons en revue, a ses limites.
11 faut d'abord — cela est trop clair ~ qu'elle trouve une matière où se prendre. Comme elle oe crée pas, mais s'attache à ce qui est pour en tirer parti et le perfectionner, il faut que les termes à dilTérencier existent dans la langue. Nous pourrions citer certaines confusions dont, faijte d'un mot, même les idiomes les plus parfaïts n'ont jamais réussi à se débarrasser.
Inversement, l'esprit ne parvient pas toujours à féconder tontes ies riciiessea que le langage vient lui offrir. Le mécanisme graôjmatical, par la combinaison des éléments existants, peut produire une telle quantité de formes que l'intelligence en soit embarrassée. Georges Curtius a compté que le nombre des formes personnelles du verbe grec s'élève à 268, nombre considérable, quoique bien
LOI DE RÉPAntmON.
iiifcriciir encore à celui du verbe sanscrit, qui jusqii'iX 891 . Mais la répartition n'a pu lii'er parti de iclle aboiuiance : c'est beaucoup âéjh que le grec ait su diiréreacier ses quatre prétt5rils (iniparfaït, aoriste, parlait, plus-que-parfail). Entre le futur premier et le futur second, entre le parfait premier et le paerpU second, l'observation la plus attentive n'a pi| constater aucune différence sémantique. Outre cette surprodurtion de temps, nous avons une surproduction de verbes. Si nous prenons, par exemple, la ^ racine y^Y. « fuir », nous avons à côté de ysjyw un verbe ouv-j-ivw, qui a le même sens. A côté de ^'-i'-'on a fÙTxiji. A côté (le ntfX'nÀT'.fx'., on a -Xïîfiuj. Le seul verbe signifiant « étendre " est représenté par teivu, TiTïivi,) et -laiviîiu. Nous avons fiaivw, ÊiSïijjit et fii^xw, qui signilient liius trots " marcher ». L'eUUinclion des foruifs inutiles ' vient heureusement diminuer le poids de cû capital mort.
Une autre limite nu principe de répartition vient du degré plus ou moins avancé de civilisation. Il y a des nuances qui ne sont faites que pour les peuples cultivés. A la synonymie on rcconoait de quels objets la pensée d'une nation s'est surii-ul pnin .npée. Les distinctions sont d'abord ï>i\{>j~. |i.ii <jii. I.jik's intelligences plus lines quo los utilrus : puis elles deviennent le bien commun de tous. L'esprit, comme ou