‹ Essai de sémantique: science des significations (volume 2)Chapitre 24 sur 76 · Saiiacrit pat · texte numérisé non relu

Saiiacrit pat

edcl, celle rjue le verbe a reprise dan»

Tiïo ET «OMïo. C. /, t. VI, an-; IX.

'S LES LOIS INTELLECTUELLES DU LANGAIiE.

suffixe, qui ue se Irouve nulle part ailleurs, sérail impossible k expliquer, sans çOQ contraire sepfen- Irio/iaL

Telle locution serait inexplicable, si on ne k rapprochait de son contraire. Ainsi £[i.toS(.iv {en parlant d'une gène, d'un obstiicle) ne s'explique que par JxniSdJv, « hors des pieds ' ».

Les Grecs, qui connaissaient déjà l'analogie par antithèse, l'avaient appelée d'un joli nom : TyvîxSfOjjiTi xït' ÈvavtiûTT|T«, L'image est empruntée i\ quelque pièce de bétail qui se détache de ses com|)agnes et va suivre un autre troupeau.

Nous allons maintenant donner quelques exemples de l'analogie servant h souligner une ressemblance.

Les noms de parenté comme ra-nip, [ti^Tv.p, Ou-j-iTTip, ayant leur datif pluriel en -swi, le grec -jw,-, « fils h, qui n'avait aucune raison pour cela, a fait pareillement liîiTt. M. J. Wackernagel signale un cas tout pareil en sanscrit *. Le mol pâli, qui veut dire à la fois '( maître » et « époux », a deux génitifs, l'un (régulier) — pa/ës — quand il signiiie " maître ", l'autre (irrégulier) — patjus — quand il signifie « époux ». Ce pafjus vient des génitifs comme /îîVhj, « du père »; mdliis , « de la mère ».

1. L'analogie par op[>osiUan 9« relroiivc Ëgalemenl dans ^anliLh^se i.iuU Et ^[l'-iu \uffii cl |uKp&;. Voir aussi {Uém. Suc. li»!)-< K) ce que J'ai dil de l'adverlie aiuici].

L Journal de KuAn, XXV, S8S.

Le grec avait un substaufif oùdap {génitif o36xtoî),

mamelle », dont l'ancienoeté est attestée par le lalin tiher et l'allemand Etcler, ainsi que par le sanscrit ûd/iar. Ces noms en -ap, -«toî se sont multipliés, pour marquer quelque partie du corps. On a yôvxw, « les deux genoux », wa-ce, « les deux oreilles », irpoT^mare," les deux yeux i>,etmêmeKàpri(ip," latête ».

On compte enfin dans toutes les langues quelques mol« qui, rapprochés par le sens, ont aussi été rapprochés par la l'orme. Le grcf, par exemple, a ),iûjv5 et çipuTÎ, ffûpivÇ et ffiXTtiYq; le sanscrit a anymtha, «le pouce »; ostha, <t la lèvre »;kÔ!it/ta, « le ventre >i; upastha, a le giron »; les langues celtiques ont leurs mots en arn et en orn : vagues restes de classiliciition, aux trois quarts effacés, comparables à ces alignements qui attestent encore, sur l'emplacement des villes disparues, que les hommes ont autrefois essayé d'y bitir en ordre leurs demeures '.

C'est surtout dans la syntaxe qu'on a occasion d'observer cette sorte de symétrie. Beaucoup de con- Bt-uctions qui répugnent ii la pure logique trouvent par là leur explication. Si les verbes signifiant n prendre, ravir, enlever » se construisent en latin avec lo datif, c'est que « donner, attribuer, offrir w se construisent avec le datif. Si l'on dit diffidere ali-

I. Voir nii>oni(1p1<l, On nilnplation of luffixrn in congeneric flaiif of â-ibitaalwet. UalUmon;, isal. — Ziuiiiier, American Journal of Phihlogg.

id'jj, [I. tie.

1 DU LANGAGt

ctii, c'est qu'on dit credere alicui. Si l'on dit, avec le génitif, obtiviscitur nostri, c'est qu'on dit, avec le gLMiîlif, meminit nostri '. Enfin si l'on dit, avec l'ablalif, in urbe, qui a l'air d'impliquer une contradiction, ()uisque l'ablatif marque une idée d'éloîgnemenl, c'est qu'on disait ex urbe, ab urbe. C'est ainsi encore qu'en allemand in dem Ilaus, zu dem Haus, où in, zu se conslniisent avec le datif, a conduit à employer le datif dans des locutions comme atis dem Sans, von dem Bans. Comme on dit en anglais agrée with some one, on dit di/fer wiUt somc one.

Il suffit d'écouter parler les personnes qui savent imparfaitement une langue el observer les fautes qu'elles commettent pour voir que c'est par des associations lie ce genre qu'elles se laissent ordinairement guider.

D. Analogie pour se conformer à une rrtjle ancienne ou nouvelle. — Ces mots ont besoin d'fHre expliqués. II est question ici d'une règle non formulée, que l'homme s'efforce de deviner, que nous voyons les enfants tflcher de découvrir : en la supposant, le peuple la crée. L'idée que le langage obéit à des lois lixes est profondément imprimée dans l'esprit du peuple : rien d'ailleurs n'est plus raisonnable , puisque, sans lois, le langage cesserait d'ôtrc inlelli-

1. OAJnibMrgt^nine liuërslement ■ Tienl d'une ricriiure qui [ijlit. Varron sortis lie l'usage : obUvia verba.

DE L'AhTUOGlE.

gïble et faillirait à son premier et unique objet. Nous voyons que chez riioinine du peuple un manquement h ce qu'il suppose la règle provoque soit le rire, soit le mépris.

Les foruies qui déroutent par un aspect insolite sont donc considérées comme fautives et ramenées BU type supposé régulier. C'est ainsi que les exceptions deviennent de moins en moins nombreuses et finissent par disparaître. Les linguistes, conservateurs par métier, sont ordinairement peu favorables à cette sorte de rangement. Mais l'analogie remplit ici un office nécessaire, sans lequel bientôt il n'y aurait plus qu'obscurité et désordre.

Mais il ne faut pas que le peuple ait k résoudre*]Br des problèmes trop difficiles : s'il se trouve des pièges ' sur sa route, il y tombe. Isidore de Séviile enregistre un verbe de la première conjugaison, usité de son temps, proslrare, » jeter à terre » : c'est pros/ravi qui a produit ce verbe, le chemin ijui conduisait à prosterna él&nl devenu Irop difficile à trouver. Déjà en lutin classique on a delere, << effacer, détruire », tiré du parfait delevi, lequel est un composé de tinere. Il y avait un verbe pnestare, composé de slare, qui faisait au pariail pncstili, « j'ai surpassé "; un autre verbe pnpslare, dérivé de prsslus {prs'Situs), " préparé, prêt », u donc fait également pra.'sliti, « j"ai prépai'é, j'ai fourni ».

Lu mémoire du peuple est courte. Nous voyons

LES LOIS INTELLSCTUâTLES OU LANGAGE, un pluriel comme omncs (pour hommes) s'enrichir d'un neutre omnia et d'un singulier omnis : nous voyons un féminin felix [de fêla, « mamelle »} produire un masculin et un neutre *.

Il est int(;ressanl de voir avec quelle ponctunlilû la r^gle, une fois admise, est obéie et ap|)liquée. Le linguiste qui assiste h ce spectacle, et qui, connaissant les éléments mis en œuvre, voit les matériaux les plus disparates passer par la îîlière, ne 'peut s'empôcher d'en admirer le fonctionnement. On a improprement appelé ceci une contrainte {Syslemzwang). Il n'y a point de contrainte : il n'y a qu'obéissance volontaire à la règle.

En voici quelques spécimens.

Nous sommes habitués à voir les verbes grecs prendre ;\ l'imparfait et à l'aoriste l'augment syllabique ou temporel. Mais nous ne sommes pas préparés il voir l'augment modifier un adverbe ou un pronom. C'est pourtant ce qui se passe quand des mots composés comme ôit'.ffOoîsù),aÇ, « arrière-garde», aÙTO[JLo).Oî, (1 déserteur », donnent naissance chez Xénoplion à des Imparfaits comme iÙTtiT6oyu),àxEi et h des aoristes comme ti'jto[aô),t,te. Personne ne s'en étonne, sauf le philologue, qui y voit un exemple de la logique populaire. En grec moderne, où l'augment subsiste, on le place sans hésiter devant les préposi-

L'ANAIiOGlE.

lions : on Jii'fi |iiir exemple ÈitpoTtjiLwv, « j'aimais mieux 'i; ï|Voy>.^trï, » j'ai dérangé ». Le grec ancien avait déjà commencé, en disant ÈxàOsuSE.

Que ie lalin ait pris un participe passif ou moyen comme amamini, laudainini, et qu'il en ait fait une seconde personne de la conjugaison, en sous-entendant estiSy cela n'a rien de bien surprenant ; c'est comme si en grec on avait BiXoyfxevoC ïtzz, T'-iJiwjjiEvot ÈoTî, Mais où l'analogie commence son œuvre, c'est quand nous trouvons amabamini, amemîni, amaremini, formes hétéroclites, quoique parfaitement intelligibles.

L'analogie est surtout curieuse à observer quand elle se trouve aux prises avec quelque dirGcuUé imprévue.

Le redoublement de la syllabe initiale des verbes, obligatoire au parfait, devenait à peu près impossible avec les groupes (m, az, <rx, ou avec les lettres Ç, Ç. On sait de quelle façon le grec a tourné la difficulté, bans ce cas, au Heu du redoublement, il se contente de l'augmenl. On croirait être témoin de quelque compromis comme en présente l'Iiisloire des insiitulions et des lois. Ou si cette comparaison fait une trop giande place & la raison consciente d'etle-mème, il semble qu'oQ assiste au travail de quelque bête ingénieuse se bâtisi^ant sa demeure avec des matériaux inégalement propres à cet usage.

Ce qu'il importe surtout d'observer, c'est le but

obscurément poursuivi. A qui étudie le verbe grec, ii est impossible de méconDailre une iatention de compléter les cadres : à coté de l'aoriste indicatif cXusz l'on trouve un aoriste impératif XuïiTu, un aoriste optatif ).iM«iai, un aoriste participe XiIm;. LV qui se retrouve dans ces diverses formes en est comme la signature. L'intelligence des masses se montre ici par un de ses côLés les plus intéressants : elle vient à bout, par les moyens les plus simples, des diUicultés qu'en toute espèce de métier ou d'art la matière oppose h. l'ouvrier.

Par ce qui précède, on voit ce qu'il faut penser de l'Analogie. A considérer l'usage qui en est l'ait dans quelques livres récents, on la prendrait pour une grande épOnge se promenant au hasard sur la grammaire, pour en brouiller et en mêler les formes, pour effacer saus motif les distinctions les plus légitimes et les phis utiles. Tel n'est pas son caractère : elle est, au contraire, au service de la raison, raison un peu courte, un peu dénuée de mémoire, mais qui n'en est pas moins le vrai et nécessaire moteur du langage.

Lîne question souvent discutée a été de savoir si n dans la jeunesse de nos langues " l'analogie avait autant de pouvoir qu'aujourd'hui. « Peut-on

adineltre, liil Curliiis, des formations analogiques pour des lemps si reculés?... Les formations analogiques ne me paraissent très vraisemblables que

pour les périodes récentes Ce n'est cerlaînemenl

pas un hasard que l'attention ait été d'abord appelée sur ces faits à l'occasion des langues modernes, particulièrement des langues romanes. »

Nous ne pouvons pas, sur ce point, être de l'avis du savant helléniste. Si l'attention a été d'abord appelée de ce côté à l'occasion des langues romanes, la raison en est que les langues romanes laissent voir il découvert leurs origines, avantage qui manque pour les époques anciennes. Mais les causes qui amènent les changements étantdes causes inhérentes k l'esprit et imposées par les condilions de tout langage, il n'y a aucun motif pour croire qu'elles aient agi moins puissamment dans le passé.

Est-il vrai, comme on l'a dit encore, que l'analogie soit une force aveugle, allant jusqu'au Lout sans se laisser arrêter par rien?

Il est dinicile de le croire quand, quittant la Ihéorie, l'on se met en présence des faits. L'expérience prouve au contraire que l'analogie a des limites, lesquelles sont au moins aussi intéressantes à étudier que le phénomène lui-même. Des raisons de clarté ou d'harmonie suffisent pour la tenir en échec.

Une dernière question serait de savoir si l'ana-

logîe mérite celte sorte de mésestime que certains linguistes semblent lui aToir Touée.

Poussée trop loin, Tanalogie rendrait les langues trop uniformes et. par suite, monotones et pauvres. Le philologue. Técrivain. seront toujours, par goût comme par profession, du côté des vaincus, c'est-àdire des formes que l'analogie menace d'absorber. Mais c'est grâce à l'analogie que Tenfant, sans apprendre Tun après Tautre tous les mots de la langue, sans être obliâ:é de les essayer un à un, s'en rend maitre dans un temps relativement court. C*est grâce à elle que nous sommes sûrs d^ëtre entendus, sûrs d'être compris même sll nous arrive de créer un mot nouveau. Il faut donc regarder l'analogie comme une condition primordiale de tout langiige : si elle a été une source de clarté et de fécondité, ou si elle a élé une cause d^uniformité stérile, c'est ce que I histoire individuelle de chaque langue peut seulement nous apprendre.

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