‹ Essai de sémantique: science des significations (volume 2)Chapitre 5 sur 76 · IDÉE DE CE TRAVAIL · texte numérisé non relu

IDÉE DE CE TRAVAIL

ft le livrei" au public. Que de fois, rebulé par les diriictiltés de mon sujet, me suis-je promis de n'y plus revenir!... Et cependant cette longue incubation ne lui aura pas été inutile. Il est certain que je vois plus clair aujourd'hui dans le développement du langage qu'il y a trente ans. Le progrès a consisté pour moi à écarter toutes les causes secondes et à m'adresser directement à la seule cause vraie, qui est l'intelligence et la volonté humaine.

Faire intervenir la volonté dans l'iiisloire du langage, cela ressemble presque à une hérésie, tant on a pris soin depuis cinquante ans de l'en écarter et de l'en bannir. Mais si l'on a eu raison de renoncer aux puérilités de la science d'autrefois, on s'est contenté, en se rejetant à l'extrême opposé, d'une psychologie véritablement trop simple. Entre les actes d'une volonté consciente, réfléchie, et le pur phénomène instinctif, il y a une distance qui laisse place à bien des états intermédiaires, et nos linguistes auraient mat profité des leçons de la philosophie contemporaine s'ils continuaient l'i nous imposer le choix entre les deux branches de ce dilemme. Il faut fermer les yeux à l'évidence pour ne pas voir qu'une volonté obscure, mais persévérante, préside aux changements du langage.

Comment faut-il se représenter cette volonté?

Je crois qu'il faut se la représenter sous la forme de milliers, de millions, de milliards d'essais entre-

8 ES9AI DE ^Èumt\QVB.

pris en làlonaant, le plus souvent mallieurcux, quelquL^rois suivis d*uo quart de succès, d'uu demi* succès, et qui, ainsi guidés, aiusi corrigés, ainsi perfectiouiiês, vinrent à se préciser dans un»; certaine direcUoii. Le but, en malière de laugajii', c'est d'èlre compris. L'ciifaol, pcndaul des mois, exerce sn langue ù proférer deB voyelles, a articuler dc3 consounes : combien d'avortetneuts, uvuut de parvenir à prononcer clairement une syllabel Les innovations grammaticales sont de la même soi'te, avec celte diiïéreuce que tout un peuple y coUuboi'e. Que de constructions maladroites, incorrectes, obscures, avant de trouver celle qui sera l'expression non pas adéquate (il n'en est point), mais du moins suilisaiile de la pensée! En ce long travail, il n'y a rien qui ne vienne de la volonté '.

Telle est l'étude h laquelle je convie tous les lecteurs. Il ne faut pas s'attendre îi y trouver des faits de nature bien compliquée. Comme partout où /esprit populaire est en jeu, on est, au contraire, surpris de la simplicité des moyens, simplicité qui contraste avec l'étendue et l'importance des elFets obtenus.

J'ai pris à dessein mes exemples dans les langues

1. ■ Un «ourno, s'JeriO quelqn* part Herder, devienl I& pcïnturB ilu monde, le Inblcau de nos idées el de nos senliinenla! . C'est préscnler les rhotes en pbit»SDphii épris du mysibrc. tl y it\»H plaa de v*rilû dans le lableau trac par LucrËcc. Il a Failli des siicics cl combien d'effoKi pour que ce sautRe apportât une paaste clairemest fDrmuI6el

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