IDÉE DE CE TBAVAIL
que tant de linguistes ne se lassent pas de construire et de reconstruire : ainsi Taisaient les Grecs quand ils imaginaient, pour rendre compte des dlfTiirentes races, les ancêtres .-Eolux, Dorus , Ion et Acfltpus, fils ou petil-fils A'Bellen '.
11 y a peu de livres qui, sous un mince volume, contiennent autant de paradoxes que le i)etil livre où Sclileiclier donne ses idées sur l'origine et le développement des langues. Cet esprit habiluellemenl si clair et si méthodique, ce botaniste, ce darwinien, y trahit des habitudes de pensée qu'on aurait plutôt attendues chez quelque disciple de l'école mystique. Ainsi l'époque de perfecUoQ des langues serait située bien loin dans le passé, antérieurement fi toute histoire ; aussitôt qu'un peuple entre dans l'histoire, commence à avoir une littérature. la décadence, une décadence irréparable se déclare. Le langage se développe en sens contraire des progrès de l'esprit. Exemple remarquable du pouvoir que les impressions premières, les idées reçues daus l'enfance peuvent exercer'!
Laissant de côté les changements de phonétique, qui sont du ressort de la gi-animaire physiologique, j'étudie les causes ioleUecluelles qui ont présidé is,
1. Ceet le csb de rappeler celle pensée de Gathe : Der Menieh begreifl n'iemaU me anthrofiomorphUrh er ht. — Voir aussi le tétenl ' travail de U. Viclor Uenry : Anlinamm linguitlviuu.
i. ScUleiclier avait il'abord é\.b desliaè à l'Ël&li:i:dé3iaslii|uc. Il avait ensulle tU hAuélieii.
G ESSAI DB SËMA.\T[Ql'E.
la transformation de nos langues. Pour mellrc de l'ordre dans celte recherche, j'ai rangé les toits sous un certain nombre de /ois : on ïerra plus loin ce que jVntends par foi, expression qu'il ne faut pas prendre au sens impératif. Ce ne sonl pas non plus de ces lois sans exception, de ces lois aveugles, comme sont, s'il faut en croire quelques-uns île nos confrères, les lois de la phonétique. J'ai pris soin, au contraire, de marquer pour chaque loi les limites où elle s'arrôte. J'ai montré que l'histoire du langage, à côté de changements poursuivis avec une rare conséquence, présente aussi quantité de tentatives ébauchées, et restées à mi-chemin.
Ce serait la première fois, dans les choses humaines, qu'on trouverait une marche en ligue droite, sans fluctuation ni détour. Les œuvres humaines, au contraire, se montrent à nous comme chose laborieuse, sans cesse traversée, soit par les survivances d'un passé qu'il est impossible d'annuler, soit par des entreprises collatérales conçues dans un autre sens, soit même par les elîets inattendus des propres tentatives présentes.
... Ce livre, commencé el laissé bien des fois, et dont, & litre d'essai, j'ai fait paraître à diverses reprises quelques extraits ', je me décide aujourd'hui
1. Dana mes Mélangti de mythologie et de tingvhlique, dans l'Annuaire de rAstotialûm dea éludes grecques, li.ins les Mimoiri:s de la S^iéle de iiiiguùlique, dans le Journal des savanli, elc