‹ Essai de sémantique: (science des significations) (volume 3)Chapitre 16 sur 87 · LA SURVIVANCE DES FLEXIONS · texte numérisé non relu

LA SURVIVANCE DES FLEXIONS

Ce que c'est. — Exemples tirés <le la grammaire française.

De l'archaïsme.

Quand une flexion, soit sous l'action des lois phoniques, soit par quelque autre cause, vient à disparaître, il ne s'ensuit pas qu'elle va cesser d'exister pour l'esprit. Elle se maintient pour celui-ci encore longtemps, grâce à la tradition, grâce à la place que le mot occupe dans la phrase, grâce aussi à certaines comparaisons que fait instinctivement notre mémoire avec des constructions analogues. Celte survivance de la flexion n'est pas une chose indifférente, ni sans influence sur la syntaxe.

Ceci va devenir plus clair par quelques exemples.

Nous avons dans nos grammaires françaises une règle qui peut, au premier abord, paraître arbitraire, mais qui n'en repose pas moins sur un juste sentiment de la langue. 11 est défendu d'employer un mot en qualité de complément de deux verbes, si ceux-

ri exigent des cas différents. Alors même que le mot en question reste extérieurement identique, la défense subsiste. Il n'est point permis de dire, par exemple : « Vous savez que je vous ai toujours respecté et porté une vive affection ».

D'où vient cette défense? — Elle vient de la survivance, au fond de noire esprit, d'une déclinaison matériellement abolie. L'idée du datif, qui continue d'exister chez nous, ne permet pas le mélange avec l'accusatif, quoique, dans l'exemple présent, celui-ci soit le même. La règle, je le répète, n'est point artificielle : nous le sentons tous, en lisant la phrase fautive. C'est qu'il y a une réminiscence qui nous sert de guide. Il faudrait, en transportant la phrase à la troisième personne, dire : « Vous savez que je le respecte et //// porte une vive affection ». Le souvenir h moitié présent de le et lui empêche les deux vous de se confondre.

Pour la même raison il faut dire, en répétant le pronom, quoique le pronom ne change point : « Je l<> remercie el le serre la main ' ».

Nous voyons ici une flexion détruite continuant de s'imposer a l'esprit grâce à l'association avec une forme similaire.

I. Dans se> Reuifin/ues sur la Iftiiyar /'ranrttisr, Vaille In s fniL mention de rrth' rr.}»lr : « OHc rè^Ie, dit-il, est fort I §«• 1 1 1 ■ et très conforme à 1.1 puiclc cl à ];i nHlelé il u langage ». C'est ce que (juillaiimc de Iluin- Imlill exprime île >on cote en ces terme* : « E-s sinUen die Forme n, nielit aher ilie Fnrm, «lie vielmelir ihren alleu (ieisl iiher die iicuen l'mgesLiUungni au>j:oss -.

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