‹ Essai de sémantique: (science des significations) (volume 3)Chapitre 42 sur 87 · Mémoire* de la Société de linguistique, V. 3i · texte numérisé non relu

Mémoire* de la Société de linguistique, V. 3i

2. Nain gemmare viles, luxuricm esse in herbis, lalas osse sepetes eliam rustici dicunt {De Or., III, 38). Lelus, que Cicéron considère comme une métaphore, est également le mot propre (- de grasses moissons •).

3. Le vocable est probablement bien antérieur à la langue latine. On a chez Hésychius celte glose : Tepîtôç- Cliver,;.

liO COMMENT S'EST FIXÉ LE SENS DES MOTS.

Le mot orc/o, avec la longue série de ses significations si variées et si importantes — eu politique, à la guerre, dans l'administration, dans les arts — est lui-même un présent de l'humble métier du tisseur ! .

Les auspices avaient une telle importance qu'on ne peut être surpris d'en retrouver le souvenir dans la langue commune : l'adjectif propitius, qui marquait le vol en avant*; l'adjectif sinister, qui marquait les présages funestes; les verbes aucitpari, « épier »; fft/f/ttr/fre, « conjecturer » ; autumarc, « affirmer », qui contiennent tous les trois le substantif am; l'adverbe ertomplo, employé d'abord pour les présages surgissant à l'intérieur du femptum céleste; le verbe rontanpluri, emprunté à l'occupation ordinaire des augures, en sont d'unanimes témoignages.

La langue du droit n'a pas été moins fertile. J'en citerai seulement ce curieux mot ricalis, qui désignait des propriétaires voisins se servant d'un même cours d'eau, et qui est devenu le nom de toute espèce de rivalité \

Le génie différent des nations perce déjà dans quelques vieilles métaphores. Ainsi les Grecs, pour exprimer l'idée de « ressource, d'expédient », emploient -o k oo;. « Quel remède à mes maux? » s'écrie

1. Or., II. 33. — Il e»t curieux de constater que le verbe ordiri a survécu on français précisément en son sons primitif: ourdir. Le tisserand l'avait fourni : le tisserand l'a conservé.

2. D'une racine pet qui se retrouve dans le proo rcsxopLat, « voler •.

3. Il > avait à Home une Lex invalida (Festus, p. 340), qui réglait les rapports entre rivales.

LA MKTAPH011E. 141

un personnage d'Euripide. T»l; 5v tâzq; xaxwv yivovro ! ; Le mot nopo;, qui désigne proprement un passage, particulièrement sur mer *, est bien d'un peuple qui, de bonne heure, a connu les Oypx x&rjGx. Une affaire impossible, c'est à-opov -oiy.jLa. Les moyens financiers d'un Etat s'appellent «ôpot. Encore aujourd'hui, chez les Grecs, « pouvoir » se dit su-oséo.

Quelquefois toute une perspective historique se découvre à nous dans une métaphore. Le romancier grec Longus, dans l'histoire de Daphnis et Chloé, parle d'un piège à loup, d'une chausse-lrape pratiquée dans la terre. Mais le loup ne s'y laisse pas

prendre : aiTOàvsTai yxp yf è ; TSTOçtTjJLiV/i;. Ce cros'l^to

suppose Prolagoras, Socrate, Platon, et tout un long passé de discussions philosophiques.

Le mot d'influence, dont il est fait si grand usage aujourd'hui, nous reporte aux anciennes superstitions astrologiques. On supposait qu'il s'échappait des astres un certain fluide qui agissait sur les hommes et sur les choses. Boileau emploie encore le mot en son sens primitif, quand il parle dans son Art poétique de l'influence secrète exercée par le ciel sur le poète à sa naissance. Le mot italien cVin/Iuenza fait allusion à quelque croyance analogue.

Toutes les langues pourraient ainsi constituer leur musée des métaphores. En allemand, le verbe

Page 1