‹ Essai de sémantique: (science des significations) (volume 3)Chapitre 61 sur 87 · LES GROUPES ARTICULÉS · texte numérisé non relu

LES GROUPES ARTICULÉS

La plupart des hommes en font usage sans y avoir jamais arrêté leur attention. Ils s'incrustent si bien dans noire esprit qu'ils déterminent les mouvements de notre pensée. On ne les reconnaît bien que quand on rapproche la langue maternelle d'une langue étrangère. Partout où deux populations différentes sont en contact, les fautes et les erreurs qui se commettent de part et d'autre en révèlent la présence *.

Si les classes lettrées ^Mtenl à disparaître, les groupes articulés formeraient bloc, et c'est le bloc, non les parties, qui survivrait pour fournir les éléments de la langue de l'avenir. Tout le monde sait que le mot, à l'état isolé, n'existe pas très clairement dans la conscience populaire, et qu'il est exposé à s'y souder avec ce qui précède ou ce qui suit. Nos bureaux télégraphiques, où les mots sont comptés un à un, doivent avoir à ce sujet une ample récolte d'observations. Nous nous servons pour interroger du groupe est-ce que, pour marquer le doute du groupe peut-être que, pour expliquer le motif d'une action du groupe c'est que, autant de locutions qui semblent aujourd'hui d'une seule venue. En grec moderne, le futur se marque au moyen de la particule 6* suivie du subjonctif^ : Oa )i^ 4 , « il dira ». Cette

1. M. Hugo Schuchardt a étudié à ce point de vue le langage parlé par les Slaves et par les Allemands d'Autriche. Il essaie de réduire en tableaux et en chiffres les fautes causées des deux côtés par un souvenir intempestif de la langue maternelle. Ce sont, au fond, les mêmes fautes qu'on fait au collège, et que nos professeurs estiment au jugé.

particule 9a n'est pas autre chose que l'amalgame du groupe Osas», iva, « il veut que » \ Ces faits doivent nous rendre prudents sur le compte des particules anciennes, si courtes, mais souvent si chargées de sens, que Pott comparait aux substances légères dont une pincée suffit pour changer le goût et la saveur d'un mets * .

. Non seulement ces groupes articulés gardent entière la signification des éléments dont ils sont composés, mais ils bénéficient en outre d'une valeur qui ne leur appartient pas en propre, mais qui résulte de la position qu'ils occupent habituellement dans la phrase. Je prends comme exemple le mot cependant, où nous croyons sentir aujourd'hui une opposition. Rien dans ce mot ne marque l'opposition. Mais comme il arrive souvent qu'on énumère deux faits concomitants pour les opposer entre eux, l'idée adversative y est peu à peu entrée. Nous croyons de même sentir une valeur d'opposition dans les conjonctions latines quamvis, qua?iquam y etsi, ettamsi, licet, etc. Tous ces mots sont simplement affirmatifs; quelques-uns même exagèrent l'affirmation, permettant de l'étendre aussi loin qu'on voudra, pour faire ressortir d'autant plus le fait tenu en réserve, qui viendra limiter ou contredire la première propo-

t. Dans le dialecte épirote, au lieu de 0a, on trouve encore OeXâ.

2. Voir, par exemple, la fine analyse de la particule laUne an, par James Darmesteter, dans les hfémoh-es de la Société de linguistique, t. V.

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