‹ Essai de sémantique (science des significations)Chapitre 32 sur 87 · Voir ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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chez les générations qui nous ont immédiait précédés. Il y faut voir l'effet du mélange des s, de la lutte des intérêts et des opinions, de îrre des partis, de la diversité des aspirations 5 goûts. Qu'on veuille seulement songer à I nuance de dédain arrive chez nous le terme bis respecté de bourgeois : à tel point que la ture de nos voisins de l'Est, pour donner la

note de dépréciation, emprunte le mot franm laissant à Biirger sa valeur primitive.

) autre cause d'accélération vient delà producndustrielle : les penseurs et les philosophes ) privilège de créer des mots nouveaux qui mt par leur ampleur, par Taspect savant de :ontexture. Ces mêmes mots passent ensuite le vocabulaire de la critique, et trouvent de 'açon leur entrée chez les artistes : mais une 5ÇUS dans l'atelier du peintre ou du sculpteur,

tardent pas à se répandre dans le monde de strie et du commerce, qui en fait usage sans e ni scrupule. C'est ainsi qu'en un temps rela- 3nt court le vocabulaire de la métaphysique nenter le langage de la réclame, langue, comme on le voit, subit en bien des res les fluctuations du dehors. Mais outre ces 5 extrinsèques, il y a des changements qui Iquent par la nature même du langage : nous

essayer de les faire connaître.

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rinstrument. Mais tegmen convenait aussi et à été également employé pour marquer Tabri fourni par un arbre, une cuirasse ou toute espèce de couverture ou d'enveloppe. Si, au lieu de tegmen, j'ai recours à tectum, je trouve un mot déjà plus restreint par l'usage, mais offrant à peu près la même combinaison du verbe et d'un suffixe. Tec-tum, c'est tout ce qui est couvert, par conséquent le plafond d'une chambre, la voûte d'une caverne, le baldaquin d'un lit aussi bien que le toit d'une maison. Il faut descendre jusqu'au français toit pour trouver le mot enfin assez resserré par l'usage et (ce qu'il faut ajouter) assez méconnaissable par la forme, pour convenir uniquement et spécialement à la couverture d'une maison.

On doit déjà, par ce premier exemple, entrevoir quelle est la cause de la disproportion entre le nom et la chose.

Elle vient de ce que le verbe est la partie essentielle et capitale de nos langues, celle qui sert à faire des substantifs et des adjectifs. Or, le verbe, par nature, a une signification générale, puisqu'il marque une action prise en elle-même, sans autre détermination d'aucune sorte. En combinant ce verbe avec un suffixe, on peut bien attacher l'idée verbale à un être agissant, ou à un objet qui subit l'action, ou à un objet qui est le produit ou l'instrument de l'action, mais cette action gardant sa signification générale, le substantif ou l'adjectif ainsi formé sera lui-même de sens général. Il faudra que par l'usage on le limite *.

1. Pour les anciens mots, il serait plus juste de dire racine verbale au lieu de verbe.

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De cette condition fondamentale de nos langues vient rénorme quantité de mots à signification générale qui, avec le temps, ont pris un sens spécial. A mesure qu'un mot se restreint, le langage se trouve obligé de recourir une seconde fois, une troisième fois, une quatrième fois au même verbe. C'est ainsi qu'à côté de tegmen nous avons tegmentum^ lectura^ tegumenluruy tectoriurriy tegeSy toga, tous mots à sens général pour commencer, et ensuite réduits à une certaine catégorie d'objets.

Linteolum désignait en latin un morceau de toile, quel qu'en fût l'emploi. Encore au xvu' siècle, linceul avait même signification. Mais il s'est restreint aujourd'hui à signifier la toile dont on enveloppe les morts.

Drapeau^ diminutif de drap, pouvait se dire des langes pour emmailloter un enfant, comme des débris d'étoffe que le chiffonnier ramasse. Il a pris place dans la langue militaire pour marquer spécialement le drap de l'étendard.

Il y avait en latin un substantif felis ou fêles qui signifiait « la femelle ». Ce nom convenait à la femelle de tous les animaux, au moins de tous les animaux mammifères*. Mais il en est venu peu à peu à désigner seulement la femelle du chat, et c'est au sens de « chatte » qu'il nous est parvenu. Comment s'explique cette restriction du sens? Les anciens, à qui les faits de ce genre n'avaient pas

1. De felOy «mamelle*. Ce même mot fêla a donné filius, «le fils », proprement « le nourrisson »,

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ppé, voulaient y voir reffet d*un choix, d'une îrence (xaV iloyr^^). Mais les choses, en réalité, plus simples. Il n'y a pas eu de choix, ou du is le choix s'est fait tout seul. Quand les Grecs ourd'hui appellent le cheval àXoYov, cela ne veut lire, comme on l'a interprété, que le cheval est nal par excellence, encore moins, « qu'il ne lui jue que la parole », mais que lé cavalier, parlant

monture, s'est habitué à dire « la bête ».

aque métier, chaque état, chaque genre de vie •ibue à ce resserrement des mots, qui est l'un îôtés les plus instructifs de la sémantique. A B, le foin s'appelait du terme le plus général : rz, a le produit ». Pour le paysan grec les bes-

s'appelaient xi xTiiixara, « les biens ». En grec, itrepreneur s'appelait Treiparr^ç, du verbe Tueipaw, ayer, entreprendre » : mais si nous consultons je de la langue, nous voyons qu'il s'agit d'une

espèce d'entreprise, le brigandage sur mer, la îrie.

5 sortes de restrictions du sens sont d'autant variées qu'une nation possède une civilisation ivancée : chaque classe de population est tentée )loyer à son usage les termes généraux de la e ; elle les lui restitue ensuite portant la marque 5 idées, de ses occupations particulières. C'est que le mot species^ qui désigne de la façon la générale l'espèce, a été employé par les droîs du moyen âge pour les quatre espèces d'in- 5nts dont ils faisaient commerce (safran, girofle, lie, muscade), en sorte que quand le mot est rné à la langue commune, il était devenu nos

Il serait facile de multiplier ces exemples. On connaît les coupures au moyen desquelles les dictionnaires séparent les différents sens d'un même mot. La plupart du temps il s'agit d'un mot général dont le sens a été diversifié par restriction.

En, employant ces mots, personne ne songe au manque de proportion. Ils sont, sur le moment, bien réellement adéquats à l'objet. Si, pour une cause quelconque, le mot vieillit en toutes ses acceptions, sauf une seule, il s'en va aux âges futurs avec la valeur unique qui lui est restée, pour le plus grand étonnement de l'étymologiste. Le mot allemand Getreidé (en moyen haut-allemand getregede) est un dérivé du verbe tragen^ « porter », et pouvait se dire anciennement de tout ce qui se porte, comme le costume, les bagages : il se disait aussi de ce que porte la terre, surtout du blé, et c'est en cette seule acception qu'il a survécu.

Plus le verbe est de signification générale, mieux il s'adapte aux diverses professions. Ainsi facio, dans la langue des temples, signifie apporter une offrande, offrir une victime. De là des locutions comme facere catulo^ faceve ture^ sacrifier un chien, offrir de Tencens. — Ce même verbe facio^ dans la langue politique, s'applique à l'action combinée d'un parti en vue d'un but à atteindre *. On a trouvé sur

1. Gicéron écrit que tous les hommes perdus de réputation se groupent autour de César : omnes damna tos^ omnes ignominia affeclos illac facere. — Rapprocher aussi la locution : Tecum fado (je fais cause commune avec vous).

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les murs de Pompéi, qui, comme on sait, fut engloutie en pleine période électorale, quantité d^inscriptions avec cet impératif: Caupones^ facile,., Pomari, facile,,, Lignari^ facile,,, Unguentari^ facile,,. Ce qui veut dire en langage moderne : « Pas de division! Pas d'abstention ! » On comprend dès lors le sens du mot faclio. Ce qui caractérise la faction, c'est le lien, c'est le pacte qui rattache entre eux tous les adhérents *.

Adullerare est un composé de allerare : il avait à peu près le même sens. On disait adullerare colores, « changer les couleurs », adullerare nummoSy « falsifier les monnaies », adullerare jus ^ « fausser le droit ». Mais comme on a dit aussi adullerare malrimonium, il en est sorti un sens spécial qui a passé aux dérivés adullerium et aduller.

On doit voir combien il est nécessaire que notre connaissance d'une langue soit étayée sur l'histoire. L'histoire peut seule donner aux mots le degré de précision dont nous avons besoin pour les bien comprendre. Supposons, par exemple, que pour connaître les magistratures romaines nous n'ayons d'autre secours que l'étymologie. Nous aurons : ceux qui siègent ensemble [consules), celui qui marche en avant {prœlor), l'homme de la tribu [Iribunus), et ainsi de suite. Ces mots ne s'éclairent, ne

1. Entendu en ce sens, le contraire de facio est deficio. Ce qu'une faction ou un parti est le moins disposé à pardonnor, c'est la défection de l'un des siens.

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lU ESSAI DE SÉMANTIQUE.

dans des composés comme Riitersmuih, Mannesmulh^ que le mot s'est restreint au sens de bravoure, La signification générale s'est maintenue dans l'anglais mood^ « humeur, disposition » ^

De même Witz ne se prend plus guère aujourd'hui qu'au sens très particulier d'esprit de saillie. Mais ce terme avait autrefois une signification très relevée : il marquait le savoir ou la sagesse (du verbe wissen). Il n'est pas besoin d'aller bien loin pour retrouver les traces de cette ancienne acception : on la voit transparaître dans Aberwitz, Vorwitz^ Wahnwitz^ et dans le verbe witzigen^ « rendre sage ». Ici encore l'anglais est resté plus archaïque : wit^ « l'intelligence ».

La cause de ces restrictions peut chaque fois fournir la matière d'une recherche intéressante. C'est quelquefois un synonyme qui prend de l'extension et qui resserre d'autant le domaine de son collègue. D'autres fois c'est un événement historique qui vient modifier et renouveler le vocabulaire. Ainsi le mot Busse^ qui voulait dire « réparation » (soit au propre, soit au figuré), a pris, avec le christianisme, le sens de « pénitence » : une fois le sceau religieux imprimé, les autres emplois tombèrent en désuétude ^,

C'est grâce à la restriction des sens que se maintiennent indéfiniment des mots qui survivent au

1. Il faut remarquer le changement de genre qui s*est opéré pour quelques-uns de ces composés allemands : die Sanflmuth, die Wehmuth, A l'origine, Muth était du neutre.

2. On dit cependant Lûckenbùsser, « bouche-trou «». U existe à Breslau une Altbûsserstrasfie^ « rue des savetiers ». Cauer, Programme du gymnase de Hamm, 1870.

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système dont ils faisaient partie, et qui leur origine, produisent Teffet de vérit nants. La façon dont les Romains co; partir du matin les divisions du jour, depuis des siècles. Cependant la sixi existe encore sous la forme de la sieste neuvième a fourni à la langue anglaise son après-midi {noon, latin nona)^ et 1 (octava) mène encore une existence obsct campagnes du Rouergue, sous le nom qui désigne Theure où l'on met le bétail chaleurs du jour *.

Outre les restrictions de sens dont la h Té vident et permanent témoignage, il s le parler de chacun, de perpétuelles app] même principe, mais qui ne laissent p durable, parce qu'elles varient selon le lieu. « Aller à la ville » est une phrase tous les campagnards, mais qui, tout er même, doit se traduire, selon la région, différent. Il peut arriver que les évér rhistoire enlèvent une de ces expressions borné où elle avait sa place pour la je circulation générale. Urbs était le nom de Rome pour les paysans du Latiui Sabine. Mais les légions romaines, en ei mot avec elles, ont si bien fait qu'il familier à tout le monde antique : pour

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