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ÉLARGISSEMENT DU SENS. 119

soit son équivalent en terre ou en bétail. En vieux gallois, scribl {IsLiinscrupiilum) est une monnaie ; chez les Gallois du xii® siècle, ysgrubl a le sens de bétail, bête de labour. Dans la Bretagne armoricaine, le latin solidus est devenu saout^ qui désigne le bétail en général *. Chez les Anglo-Saxons , au contraire, Tancien feoh^ « bétail », est venu à désigner une somme d'argent ^. Des alternatives de richesse et d'appauvrissement expliquent ces faits, dont les contemporains n'ont pas conscience.

Ces sortes de transformations du sens sont importantes à observer pour l'historien : car elles constituent pour lui des indications d'autant plus sûres qu'elles sont involontaires. Il ne faudrait pas rapporter ces faits au chapitre de la métaphore. La métaphore est l'aperception instantanée d'une ressemblance entre deux objets. Ici, au contraire, nous avons affaire à un lent déplacement du sens : le peuple continuait, sans y penser, à employer le mot pecunia^ alors que déjà la fortune du citoyen romain ne consistait plus uniquement en troupeaux.

Les idées générales que l'humanité a acquises dans le cours des siècles n'auraient pu recevoir de nom sans cet élargissement du sens. Comment aurait-on pu désigner le temps et l'espace? Le temps, c'était à l'origine « la température, la chaleur ». Le mot est de même origine que tepor *. Puis on a désigné de

1. J. Loth, Revue de Vhistoire des religions^ 1896, article sur le droit celtique.

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